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À cheval sur la sécurité

Un cheval dans son box

© CCMSA Image(s)

Il n’est pas évident de faire passer les consignes de sécurité. Dans la filière équine reconnue comme accidentogène, entre autres. La MSA Lorraine n’a pas renâclé devant l’obstacle. Elle a proposé deux journées de formation en MFR au printemps dernier avec le concours d’une éthologue. Pied à l’étrier.

S’il est communément admis que l’homme a commencé à domestiquer le cheval il y a environ 6.000 ans, il aurait tort de se targuer d’une totale maîtrise de l’animal. Avec 2.258 accidents suivis à 80% par un arrêt de travail chez les salariés (chiffres 2009), la filière équine (centres équestres, activités sportives, élevages) arrive à la deuxième place du tiercé de tête des filières dites accidentogènes en terme de taux de fréquence, talonnant l’exploitation forestière et coiffant au poteau, si l’on peut dire, le secteur du traitement de la viande (abattoir et transformation). Pour les non salariés, le risque d’avoir un accident avec arrêt est plus élevé chez les éleveurs que dans les autres productions. Arrivent en tête les éleveurs de chevaux, suivis par les éleveurs de bovins laitiers ou mixtes et par les éleveurs de porcs.

Éviter les situations à risque

La MFR « Les 4 Vents » de Ramonchamp (88), qui propose des formations en alternance dans les domaines agricole et équin, a enregistré 130 accidents de travail environ sur une durée de quatre ans. Pour un tiers d’entre eux, les blessures sont sérieuses : entorses, foulures, fractures, luxations… Près de 60% des accidents sont liés aux animaux. « Des chiffres qui ont attiré notre attention », explique Dominique Oliot, responsable du secteur santé sécurité au travail en charge des AT/MP (accidents du travail/maladies professionnelles) de la MSA Lorraine.

Avec l’aide du département PRP (prévention des risques professionnels) de la caisse centrale, qui fournit au réseau des MSA conseil et appui méthodologique lors des journées de transfert notamment (lire ci-contre), le conseiller en prévention de la MSA Lorraine Pierre Basile a mis sur pied deux journées de formation à la sécurité inédites à l’attention des élèves de la filière équine de Ramonchamp. Le premier moment fort de cette action est mené par l’éthologue Hélène Roche (1). Son propos : amener les futurs professionnels à observer le comportement de l’animal afin de prévoir ses réactions et à s’adapter pour éviter les situations à risque.

L'atelier manipulation animé par Hélène Roche, éthologue (à droite sur la photo), lors de la journée de formation à la sécurité, à destination des élèves de la MFR de Ramonchamp, dans les Vosges

L'atelier manipulation animé par Hélène Roche, éthologue (à droite sur la photo), lors de la journée de formation à la sécurité, à destination des élèves de la MFR de Ramonchamp, dans les Vosges © Franck Rozé.

La séance débute par un partage d’expériences. Ce matin-là, les élèves de seconde professionnelle et de première bac pro conduite et gestion d’une exploitation agricole option élevage et valorisation du cheval de la MFR sont nombreux à rapporter des témoignages d’accidents vus ou vécus. Hélène Roche, titulaire d’un DESS (master aujourd’hui) d’éthologie appliquée, s’en sert pour établir un premier lien entre ses recherches et le terrain. Et ça tombe à pic ! « Juste avant le départ en stage dans un élevage pour les seconde et avant le module de débourrage pour les première », indique Florence Frangne, formatrice à la MFR.

Gare aux coups de membres antérieurs !

Même si la littérature scientifique n’est pas pléthore dans la filière équine, le bilan des risques révèle notamment que les accidents ne semblent pas liés à la race et que les chevaux ne sont pas nécessairement nerveux au moment de l’accident. Cependant, une mâchoire crispée ou des oreilles couchées sur la nuque sont de mauvais présages. « Il faut savoir décrypter des signaux », recommande Hélène Roche. Ce qui, admettons-le, n’est pas aussi clair que de l’eau de roche.

C’est le moment opportun pour balayer quelques évidences. « Le monde du cheval n’est pas le nôtre », poursuit la scientifique. Elle passe en revue les cinq sens. Parmi les particularités équines, citons : une bonne vision à la fois binoculaire (devant selon un angle de 60-70°) et monoculaire (sur les côtés jusqu’à 215°) mais complétée parfois par l’odorat quand le cheval doit franchir une surface inconnue, ce qui le pousse à baisser la tête de façon inattendue ; un angle mort de son champ de vision sur la longueur de son dos derrière les oreilles ; une adaptation plus longue à la lumière, ce qui peut entraîner arrêt, refus, faute à l’obstacle, problème d’embarquement dus aux ombres ; une exploration sensorielle avec les naseaux ou les lèvres etc. Comme nos amis canins, les chevaux flairent les odeurs des humains et se flairent entre eux. Gare aux coups de membres antérieurs quand la fragrance déplaît !

Point trop de caresses

Alors que les cavalières en herbe s’accordent à faire des câlins à leurs montures, Hélène Roche explique que les rapprochements tactiles sont peu fréquents chez cette espèce. « Le contact physique n’est pas forcément apprécié, tout dépend de ce que vous faites ». Apparemment, les caresses sur le chanfrein ou l’encolure font surtout plaisir à ceux qui les prodiguent. Les gratouilles avec les ongles seraient particulièrement du goût des poulains, en revanche. Le cheval est rosse en affaire. Morsures, coups de pied et bousculades sont utilisés pour des motifs antagonistes. « C’est soit un jeu social, soit une agression pour éloigner le congénère ». C’est parfois valable envers l’humain. On imagine ! L’estomac dans l’étalon.

Sur l'atelier de manipulation

Sur l'atelier manipulation © Franck Rozé.

Mais le rire n’est pas le propre du cheval. Outre les signaux de communication, Hélène Roche recommande une bonne connaissance des besoins de l’animal. L’alimentation devrait occuper 60% de son temps et il ne devrait jamais rester plus de 3 h 30 mn sans manger. La scientifique insiste, en outre, sur une bonne préparation aux situations et propose des ateliers dont la manipulation de chevaux sur des gestes courants (abord au box, mise du licol, marche en main, prise des pieds). Elle revient, entre autres, sur l’importance d’un environnement et d’un matériel adaptés. Elle rappelle enfin les principes d’économie dans l’effort physique pour préserver le corps du cavalier.

L’après-midi, la formation fait d’ailleurs la part belle aux ateliers pratiques sur la structure équestre de la MFR : apprendre à chuter comme au judo ; analyser en autonomie les conditions de vie des chevaux in situ et leurs conséquences sur leur comportement ; identifier des postures et des sons en lien avec la sécurité pour en reconnaître les significations et les informations à en tirer (2) ; passer en revue les équipements de protection individuelle et les postures de travail…Ce dernier atelier animé par Pierre Basile, conseiller en prévention de la MSA Lorraine. « On préfère informer les jeunes dans les établissements de formation plutôt que d’aller investir les clubs », souligne-t-il.

De gauche à droite : Pierre Basile, conseiller en prévention de la MSA Lorraine ; Michel Caput, chargé de communication ; Hélène Roche, éthologue ; Dominique Oliot, responsable du secteur santé-sécurité au travail en charge des AT/MP ; Jean-Michel Mineur, assistant de prévention ; et Jacky Daval, conseiller en prévention

De gauche à droite : Pierre Basile, conseiller en prévention de la MSA Lorraine ; Michel Caput, chargé de communication ; Hélène Roche, éthologue ; Dominique Oliot, responsable du secteur SST en charge des AT/MP ; Jean-Michel Mineur, assistant de prévention ; et Jacky Daval, conseiller en prévention © Franck Rozé.

Là où le bât blesse

Oui, car c’est là que le bât blesse, finalement. Un petit tour de table des élèves participants à la journée de formation révèle qu’il est difficile d’appliquer toutes ces bonnes consignes. « La sécurité on y pense, certes, mais à 5/10 %, reconnaît sans contourner l’obstacle l’un d’entre eux. Au quotidien, on n’a pas le temps ! » Le terrain impose d’autres règles. « Aujourd’hui, on nous apprend à lâcher les rênes et à faire une roulade quand on chute. Mais dans les centres équestres, on nous demande de surtout veiller à ne pas laisser le cheval s’échapper ! », constate un autre élève. Des remarques qui confirment l’idée qu’il ne faut pas mettre la bride sur le cou dans ce domaine. Une sensibilisation des maîtres de stage serait également fort appropriée.

En septembre pourquoi pas, où une nouvelle journée de formation est prévue à la MFR ? Là, un cascadeur équestre est attendu. Il viendra se livrer à quelques démonstrations de chute sur simulateur. Olé !

(1)    Voir son site www.ethologie-cheval.fr

(2)    Exemple : le couinement (ou « squeal ») sert à définir les relations dominant/dominé et est à différencier du hennissement. Là aussi, gare aux coups de membres antérieurs !

Franck Rozé

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