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Acheter, pas « ajeter » !

Salle comble au colloque d'Agrica : gaspillage alimentaire, le temps des solutions. © Eve Dusaussoy

Salle comble au colloque « Gaspillage alimentaire, le temps des solutions ». © Eve Dusaussoy

Un tiers de la nourriture produite chaque année dans le monde est gaspillée, soit 1,3 milliard de tonnes selon la FAO (Food and agriculture organisation). À l’occasion de l’année européenne de la lutte contre le gaspillage alimentaire, Agrica organisait, le 5 novembre, un colloque intitulé : gaspillage alimentaire, le temps des solutions. Sous le slogan « Acheter, pas “ajeter” ! », experts et acteurs de la lutte contre le gaspillage alimentaire ont échangé sur la problématique. De multiples initiatives participent à la prévention dans le domaine de la nutrition et du gaspillage. Florilège.

La Tente des glaneurs à Caen

© Lionel Cerdan

Les bénévoles glanent sur le marché Saint-Pierre de Caen. © Lionel Cerdan

Inspirées par les Glaneurs du marché de Wazemmes à Lille, deux équipes de bénévoles montent la tente sur le marché Saint-Pierre de Caen. Chaque dimanche, entre 12h et 15h, ils glanent, auprès des commerçants, du pain, des fruits, des légumes et même des fleurs. « Le dimanche est le dernier des marchés de la semaine donc les commerçants se retrouvent à jeter des produits soit sur place, soit chez eux. On récupère les marchandises destinées à être jetées pour les redistribuer aux personnes qui en font la demande. Cette marchandise n’est plus commercialisable mais elle est encore consommable », explique Florence Delacampagne, co-fondatrice de la tente des Glaneurs de Caen. Quand ils ont commencé à démarcher les commerçants, une vingtaine de maraîchers ont accepté de jouer le jeu. Dix autres les ont rejoints quelque temps après. « Maintenant ce sont les commerçants eux-mêmes qui nous interpellent dans les allées du marché pour nous proposer leurs produits à donner. Cela leur rend service : ils n’ont plus à recharger les légumes invendus. Et pour certains, cela leur évite de payer les taxes pour leurs déchets. » Chaque dimanche, les bénévoles collectent environ 500 kilos de nourriture, qu’ils distribuent à une population très diversifiée : étudiants, travailleurs pauvres, retraités, étrangers, SDF… Une initiative qui gagne les marchés : aujourd’hui une trentaine de tentes des Glaneurs existent en France.

Solaal, entre donateur et associations

Gérard Lapie, agriculteur et Patricia Le Corvic, présidente du Secours populaire de Reims et relais de Solaal en Champagne-Ardenne lors d'une récupération de pommes de terre © Solaal

Gérard Lapie, agriculteur, et Patricia Le Corvic, présidente du Secours populaire de Reims et relais de Solaal en Champagne-Ardenne, lors d’une récupération de pommes de terre. © Solaal

Lancée en 2013, Solaal, association « solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires », collecte les surplus ou les invendus alimentaires pour organiser des dons en direction des plus démunis via les associations et les banques alimentaires. « Nous sommes partis de plusieurs constats, précise Dorothée Briaumont, directrice de Solaal. Il y a des gisements inexploités : les fruits et légumes tordus ou hors calibre, la saturation du marché, les rejets de palettes (lorsqu’un légume est un peu trop taché, le producteur est contraint de repartir avec l’intégralité de la palette)… Autre constat : les associations d’aides alimentaires manquent de produits frais. Et enfin, nous nous sommes rendu compte que le don pose des problèmes logistiques : il faut l’organiser en prenant compte du conditionnement des produits, du transport, du stockage, etc. » Solaal facilite donc le don en faisant l’interface entre le donateur et les associations. Depuis la création de l’association en mai 2013, 830 tonnes de produits ont été collectées et redistribuées : rôtis, pâtes, semoules, œufs, jus de fruits, fruits et légumes.

Ça presse à Douai

Déguster un jus de pomme frais avec les pommes du jardin ? Possible ! « Nous avons constaté que beaucoup de gens possédant un ou des pommiers ne savaient pas quoi faire de leurs pommes et les laissaient pourrir », explique Hervé Noter, animateur environnement de l’Association des jardins familiaux et ouvriers de Douai. Inspirée par une commune Belge, l’association a organisé une journée de la pomme originale : « Nous avons mis à disposition des habitants un pressoir à pommes. Chacun est venu faire son jus avec ses propres fruits. » Ce projet d’animation local a visé plusieurs objectifs : faire participer les habitants de la ville, faire découvrir le processus de fabrication du jus de pommes, utiliser les ressources locales, sensibiliser à l’alimentation saine et lutter contre le gaspillage.

Pas de gâchis à l’hôpital

Les bénévoles de « L’ordre de malte » distribuent les repas © Lucie Drouin

Les bénévoles de L’ordre de Malte avec leurs convives. © Lucie Drouin

À l’hôpital du Mans, environ 5 000 repas sont produits chaque jour, pour les patients et les professionnels. Un chiffre qui varie inévitablement ; impossible donc de calculer les besoins au repas près. Dans une ville où 12 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, Didier Girard, responsable du service de restauration du centre hospitalier du Mans, ne supportait plus d’envoyer les surplus de repas à l’usine d’incinération ou au compost : « Tous les jours, les surplus permettaient de nourrir entre trente et quarante personnes. » Didier Girard a cherché à qui donner ces repas et a trouvé preneur. Les bénévoles de l’association « L’ordre de Malte » acheminent désormais les petits conteneurs dans un restaurant accueillant des personnes en grande difficulté. En tout, ce sont plus de 7 000 repas sauvés de l’incinérateur. Une formule qui commence à faire des petits.

La récup’, un sport de haut niveau

Le 30 mai à Roland Garros, les associations ont pu redistribuer à leurs bénéficiaires plus de 600 baguettes viennoises et 200 sandwiches © Association Le chainon manquant

Le 30 mai à Roland Garros, les associations ont redistribué plus de 600 baguettes viennoises et 200 sandwiches. © Association Le chaînon manquant

L’association Le chaînon manquant récupère chaque jour les surplus de nourriture disponibles suite à des événements ou des manifestations sportives et les redistribue aux plus démunis. Elle passe par des associations comme les Restos du cœur ou d’autres, moins connues. « Il y a beaucoup de gens en France qui ne mangent pas à leur faim. Dans une société de consommation qui produit beaucoup, qui appelle à consommer plus et qui pousse à gaspiller, il faut utiliser les surplus qui sont disponibles et les mettre au profit des gens qui en ont vraiment besoin », souligne  Julien Meimon, directeur de l’association Le chaînon manquant. Cette année, le tournoi de Roland Garros a permis à l’association de distribuer, en quinze jours, 14 000 repas à partir de ce qui aurait dû partir à la poubelle.

 

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Eve Dusaussoy

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