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Alcool : éviter les coups de théâtre

Les trois membres de la compagnie Am’en scène et un élève du lycée agricole de Contamine-sur-Arve réinterprètent une scène.

Dans le cadre d’une action de territoire en prévention santé, la MSA Alpes du Nord a proposé au lycée agricole de Contamine-sur-Arve un débat théâtral sur la consommation excessive d’alcool chez les jeunes, le 16 mars 2018. Une pièce appelée à tourner sur les établissements scolaires du périmètre.

En matière de consommation d’alcool, il est toujours possible de dire « non » ou de trouver des alternatives. Et comme dans toute éducation la bienveillance est de mise, chacun peut se trouver en mesure de fournir ses propres solutions. C’est le même principe qui préside au développement du théâtre-forum, dont la compagnie locale  « Am’en scène » d’Amancy livre un aperçu, le 16 mars, au lycée professionnel agricole de Contamine-sur-Arve, en Haute-Savoie.

Prévention des addictions : s’abstenir de moraliser

Devant un parterre de jeunes gosiers, trois comédiens, Soizic et ses parents, Catherine et Joseph Dufour — ce dernier par ailleurs délégué de la MSA Alpes du Nord — donnent la première d’un spectacle écrit à six mains en famille. Sur scène, ils interprètent différents épisodes d’une soirée alcoolisée entre amis. Tout en déroulant l’histoire, ils invitent le public à réagir et à modifier le scénario pour améliorer les choses. Les lycéens sont alors conviés à venir rejoindre la troupe pour donner corps à leurs propositions.

En France, tabac, alcool et cannabis restent largement diffusés à la fin de l’adolescence. Toutefois, comme l’indique l’enquête Escapad de l’observatoire français des drogues et des toxicomanies, et de la direction du service national et de la jeunesse du ministère des Armées, les niveaux d’usage mesurés en 2017 sont parmi les plus bas observés depuis 2000. « La part des adolescents déclarant n’avoir jamais consommé aucun de ces trois produits continue de progresser. Ainsi, au cours de la dernière décennie, celle des abstinents à 17 ans a plus que doublé, passant de 5,1 % en 2008 à 11,7 % en 2017. Cette tendance est notamment liée au recul ininterrompu de l’expérimentation des boissons alcoolisées. ».

Cela dit, la prévention n’est pas remisée au placard pour autant. Bien au contraire : aujourd’hui, le discours ambiant des professionnels accorde une large prépondérance à la réduction des risques, non à l’interdiction formelle. « Dans nos messages en milieu scolaire, nous nous abstenons de moraliser. Nous encourageons chacun à poser un regard critique sur la manière dont il fonctionne : est-ce que l’on boit pour faire plaisir aux autres et en a-t-on vraiment envie ?

© Franck Rozé

 « L’idée est de faire réfléchir sur l’utilité de la consommation d’alcool, ses effets positifs et négatifs, puis d’amener les uns et les autres à trouver leurs propres solutions : faire de la marche, aller voir un copain plutôt que de boire un coup, par exemple, souligne Maryline Lacorbière, conseillère en économie sociale et familiale au sein de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. Le but est de reprendre le contrôle de sa vie, de revaloriser ses compétences pour en retirer de la fierté. Et puis, une soirée, ça s’organise : on peut prévoir de la nourriture, des boissons alcoolisées et des boissons non alcoolisées ! »

Pour la jeune Manon, l’un des personnages de la pièce, la soirée s’annonce particulièrement agitée. Elle commence par un jeu de cartes où, en fonction de la couleur tirée, il faut boire ! « Tu as voulu venir, tu ne fais pas ta chochotte », lui assène l’une de ses amies. Comment faire pour refuser de picoler sans perdre la face ?

Hop, Manon a un gage : montrer ses fesses

Des solutions émanent de l’audience : prétexter qu’on est Sam, celui qui conduit et qui ne boit pas d’alcool, et continuer à jouer avec du jus d’orange, par exemple. Un peu plus tard dans la soirée : autre jeu, parler sans utiliser de voyelles. Impossible ! Hop, Manon a un gage : montrer ses fesses. Si elle se plie aux exigences de ses camarades, elle risque aussi de retrouver la photo de son postérieur postée sur les réseaux sociaux.

Selon une récente étude de Médiamétrie, plus de 40 % des internautes français de 15 à 25 ans auraient un compte sur Snapchat, l’application de messagerie éphémère (textes, photos et vidéos). La commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) recommande, entre autres, de n’autoriser que ses amis à consulter ses stories, car ces dernières peuvent être vues et partagées autant de fois que possible pendant 24 heures, ce qui est largement suffisant pour causer un tort moral difficilement réversible (sur Snapchat, rendez-vous dans les paramètres généraux puis sélectionner « qui peut voir ma story ») (1).   

Pour Manon, le chemin est semé d’embûches. L’alcool désinhibe l’esprit et fait perdre les repères : cette fois-ci, la jeune fille est carrément « bourrée », limite malade. Cela n’a pas échappé à l’un des garçons présents. Il propose de la ramener chez elle, non sans cacher qu’il en profiterait bien pour abuser d’elle. « Si elle ne s’en rend pas compte sur le moment, son corps s’en souviendra », souligne Maryline Lacorbière. « Quand on organise une soirée, on essaie dans la mesure du possible de choisir ses amis », complète Martine d’Ambrosio, infirmière scolaire.

 

Manon n’aura pas le temps, heureusement, de connaître cet épisode traumatisant : elle finit par s’évanouir dans la cuisine. Ses amis la retrouvent baignant dans son vomi. Une seule chose reste à accomplir : la mettre en position latérale de sécurité — pour éviter l’étouffement — et appeler rapidement les pompiers qui lui sauveront la vie, quitte à subir une belle engueulade !

Comme il est rappelé sur le site www.alcool-info-service.fr, « des études récentes confirment la plus grande vulnérabilité à l’addiction à l’alcool des sujets adultes qui ont été exposés à des alcoolisations ponctuelles importantes lorsqu’ils étaient jeunes. Autrement dit : plus une personne est sensibilisée jeune à l’alcool, plus elle a de risque de devenir dépendante à l’âge adulte ».

(1) Source : www.cnil.fr

 

Franck Rozé

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