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Bien dérouler le film de sa vieillesse

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Chantal et Jean sont deux octogénaires en pleine forme. Ils sont dans le documentaire de Ludovic Virot, Le sens de l'âge, projeté au cinéma l'Utopia de Bordeaux, le 18 mars dernier © DR

Promouvoir les actions de prévention santé des seniors en invitant le public à une projection-débat autour d’un film intitulé Le sens de l’âge, voilà qui ne manque pas de bon sens. La MSA Gironde ne s’y est pas trompée. Avec d’autres partenaires, elle soutient l’Asept Gironde sur le concept du « vieillissement réussi ».

Une église devenue un garage devenu un cinéma : l’Utopia. C’est dans ce lieu mythique et mystique bien connu des amateurs éclairés du 7e art indépendant que se tenait, le 18 mars dernier à Bordeaux, une soirée dédiée à la santé des seniors.

Dans la salle, des invités de tous âges et de tous poils dont une ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’autonomie, Michèle Delaunay. Sur la toile, un documentaire qui fait réagir, Le sens de l’âge, de Ludovic Virot (2011)(1). Ou qui « divise » − comme on dit souvent des opus les moins consensuels − parce que le réalisateur affiche le parti pris de montrer des octogénaires en forme. Vivants jusqu’à la mort, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Paul Ricœur.

Parce qu’on nous rebat les oreilles avec la dépendance − grandissante à ce qu’on dit − on oublie qu’une majorité de la population des seniors vieillit bien, voire de mieux en mieux. L’arbre qui cache la forêt. On ne diagnostique pas la non maladie ou la non dépendance. Du coup, on illustre la chose par des chiffres en creux, comme celui qu’avance Ludovic Virot, présent pour en débattre avec la salle à l’issue de la projection : « Seulement 15 % des plus de 80 ans sont en situation de perte d’autonomie ». Une assertion sur laquelle on peut gloser à l’infini. La salle ne s’en privera pas, d’emblée.

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Le réalisateur Ludovic Virot, la ministre Michèle Delaunay, et Jean-Jacques Amyot, directeur de l'Oareil (office aquitain de recherches, d'études, d'information et de liaison sur les problèmes des personnes âgées), lors d'une table ronde à l'issue de la projection du Sens de l'âge © Franck Rozé

Pour couper court, on citera l’entretien que le réalisateur a eu avec Gaëtan Kondzot, comédien et metteur en scène, et qui figure dans le dossier de presse. À la question de savoir pourquoi il n’a pas cherché à être représentatif de la situation de toutes les personnes âgées, Ludovic Virot répond : « Je ne voulais pas intégrer la dimension sociologique ou démographique du grand âge. Ce qui m’intéressait, c’était la dimension humaine : suivre au plus près ce que ressentent ces personnes ».
 

Réussir son vieillissement

Soit libérer la parole pour faire éclore l’intime. C’est réussi ! Car si la maladie est absente, la dégradation physique, la disparition du désir, la perte des proches ou la mort, eux, sont omniprésents. Pas de jeunisme non plus, donc, mais une autre réalité. Certes, si Ludovic Virot devait réaliser le même film dans dix ans, avec des nonagénaires cette fois-ci, le rendu ne serait pas tout à fait le même, concède la ministre.

Si un lien peut s’établir entre le documentaire et l’Asept Gironde − association de santé, d’éducation et de prévention sur les territoires − c’est celui du « bien vieillir ». Ce concept, apparu dans les années 80, repose sur l’accroissement de l’espérance de vie sans incapacité. Le programme de l’association est plus précisément centré autour de la notion de « vieillissement réussi ». Celui-ci s’illustre chez des personnes qui gardent des fonctions physiologiques très satisfaisantes jusqu’à un âge avancé malgré l’existence de pathologies, ou bien des personnes qui disposent de fonctions physiologiques moins bonnes mais qui vont les améliorer au cours de l’avancée en âge, voire des personnes qui s’adaptent à ce qu’elles peuvent faire physiologiquement et à ce qu’elles ont envie de faire (plan national « bien vieillir » 2007-2009).

Si les concepts de « bien vieillir » et de « vieillissement réussi » soulèvent quelques critiques car ils sous-entendent des pendants qui seraient le « mal vieillir » ou le « vieillissement raté », l’Asept Gironde défend l’idée qu’en modifiant certaines habitudes (sédentarité, tabagisme, régime alimentaire…), on augmente ses chances de « bien vieillir ». Outre la préservation physique de ce capital santé, elle repère d’autres facteurs favorisants comme le maintien des relations sociales et la qualité de vie (le bien-être mental, l’image de soi, le sentiment d’être utile, la poursuite d’un apprentissage…).

Je m’amuse à vieillir

L’Asept Gironde œuvre dans ce sens depuis sa création en 2007 par la MSA Gironde, en portant des actions telles que le PAC Eurêka − programme d’activation cérébrale, aujourd’hui Peps Eurêka − puis les ateliers du Bien vieillir (ABV) et les conférences-débats « Seniors, soyez acteurs de votre santé ! ».

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En 2010, un Programme régional interinstitutionnel de prévention gérontologique (Prip) est signé. Il regroupe, autour de l’association et de la MSA Gironde, la Carsat Aquitaine (caisse d’assurance retraite et de la santé au travail), le RSI Aquitaine (régime social des indépendants), la Mutualité française Aquitaine, la CNRACL (caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales) et l’ARS Aquitaine (agence régionale de santé). L’association renforce son champ d’action et devient l’unique opérateur des programmes de prévention à destination des seniors pour l’inter-régimes (2).

Aujourd’hui, on retrouve l’Asept sur l’information (conférences-débats et réunions de sensibilisation) ainsi que sur l’aide à la modification des comportements : ateliers du Bien vieillir, Équilibre (prévention des chutes), Mémoire, Nutrition santé seniors.

En 2012, les 400 actions de prévention menées auprès de 5 000 retraités sur l’Aquitaine, par les intervenants de l’Asept, n’ont pas eu pour simple vocation de préserver l’autonomie des participants. Elles ont contribué à entretenir le lien social des populations rurales et urbaines et à vérifier ensemble la pertinence de la formule de l’écrivain Paul Léautaud : « Qu’est ce que vous faites ? − Je m’amuse à vieillir. C’est une occupation de tous les instants ».

 

(1) Le DVD du film est disponible à l’achat (www.lesensdelage.com)

(2) En 2012, le Prip a reçu une labellisation du ministère des Affaires sociales et de la Santé et du ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, dans le cadre de l’année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle.

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La santé des seniors revisitée : une présentation des « Instants santé », bilans de prévention de la MSA.

Franck Rozé

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