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Changer le regard sur la vieillesse

 Au forum "anticiper et accompagner le vieillissement", à Sézanne. © Anne Pichot de la Marandais/ Le Bimsa

Au forum « anticiper et accompagner le vieillissement », à Sézanne. © Anne Pichot de la Marandais/ Le Bimsa

Rencontre avec Françoise Fromageau, gériatre, à l’occasion du forum pour mieux anticiper et accompagner le vieillissement, à Sézanne, en mars 2015.

Comment bien vivre ce grand pan de vie qu’est la vieillesse ?

Avec l’allongement de l’espérance de vie, la vieillesse est une partie importante de la vie. Partir à la retraite, c’est être ouvert à 20-25 ans de vie. Les jeunes retraités font plein de choses. Ils s’engagent dans des associations, voyagent… Puis, quand la mobilité se réduit, on passe un autre cap.

Il y a aussi, en troisième position, la grande dépendance, avec la perte d’autonomie physique et/ou psychologique, et la perte des fonctions cognitives. Il faut respecter la dignité de ces personnes vieillissantes confinées au lit.

Les personnes âgées sont-elles heureuses ?

Oui, d’après une enquête de l’observatoire de la révolution de l’âge menée en 2013 pour Le Monde, France 2 et Harmonie mutuelle, auprès de 1 000 personnes de plus de 70 ans. 89 % se déclarent heureuses. 93 % veulent rester à domicile, même isolées. Cette volonté de rester chez soi est un véritable enjeu qui a des conséquences sur les politiques sociales à mettre en place sur les territoires. 93 % se sentent intégrées dans le tissu social.

Françoise Fromageau © Anne Pichot de la Marandais/ Le Bimsa

Françoise Fromageau © Anne Pichot de la Marandais/ Le Bimsa

Les résidents des Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont très demandeurs de liens intergénérationnels et très contents de côtoyer des jeunes. 80 % des personnes interrogées se sentent utiles à la société, ceci par rapport à leurs enfants et petits-enfants : beaucoup de grands-parents aident financièrement leurs petits-enfants.

Les personnes âgées de plus de 70 ans ont encore des choses à faire dans ce temps qui leur reste à vivre : c’est porteur d’espoir. Elles ont besoin de liberté, de mobilité, de rencontres, de lien social, de culture et de loisir (théâtre, concert, cinéma…). Elles ont besoin de sortir de chez elles et d’avoir des contacts à l’extérieur. Aujourd’hui, on doit prendre conscience, de façon collective, que chacun puisse satisfaire ces besoins.

Comment va s’appliquer la future loi d’adaptation de la société au vieillissement ?

Cette loi va permettre de porter un regard positif sur les personnes âgées. Elle repose sur trois piliers : l’anticipation (la vieillesse, ça s’anticipe. Ça se construit quand on est jeune. C’est une prise de conscience collective) ; le renforcement du soutien aux aidants familiaux (avec des lieux de répit) et l’accompagnement en cas de perte d’autonomie (des services d’aide à domicile) ; l’adaptation de la société au vieillissement (ce qui nécessite de mettre en place des politiques publiques concernant le transport, le logement, les services…).

Qui seront les personnes âgées de demain ?

Actuellement, une personne sur cinq a plus de 60 ans. En 2050, ce sera une sur trois. C’est le signe que la population vieillit. L’espérance de vie des femmes est de 85,5 ans et celle des hommes de 78,5 ans. En 2050, elle sera de 89 ans pour les femmes et de 84 ans pour les hommes.

L’écart ne cesse de se réduire entre les femmes et les hommes.
D’après une autre étude, en 2030, il n’y aura pas plus de personnes âgées dépendantes. La dépendance recule. Beaucoup plus de couples vont vieillir ensemble. En revanche, le nombre d’hommes aidants familiaux pour leur épouse augmente. Ils s’épuisent et ne disent rien.

Quels sont les enjeux d’un vieillissement réussi ?

L’enjeu d’un vieillissement réussi se situe autour de l’offre de soins, du bien-être, au fait d’être bien dans sa tête. Il est aussi lié à l’environnement. On est très dépendant de l’endroit où l’on vit : y a-t-il un hôpital, des urgences, un cardiologue à proximité ?

Les personnes âgées sont assez exigeantes par rapport à l’offre de soins. Il y a une vraie demande de services médicaux ou de proximité qu’il n’y avait pas avant. Il faut en tenir compte. Un vieillissement réussi nécessite une prise en charge médicale coordonnée, cohérente et efficace des personnes âgées. La question du suivi médical est donc importante pour la qualité de vie. La prévention secondaire est également indispensable pour bien vieillir.

L’offre de soins doit être visible sur les territoires. Les personnes doivent savoir où s’adresser – au centre local d’information et de coordination (Clic) –, être orientées vers le bon service.

On a beaucoup de travail à faire qui va dans ce sens. Au niveau médical, il faut décloisonner nos dispositifs pour travailler ensemble. C’est aussi aux citoyens de dire ce qu’ils veulent.

Quels sont les enjeux du maintien à domicile ?

Le maintien à domicile repose sur trois éléments : la personne âgée, la famille et les services sociaux et médicaux. Le médecin traitant est essentiel dans ce dispositif. Dans l’alliance thérapeutique, la famille a son rôle à jouer. Il faut impliquer les aidants familiaux, ne pas les mettre de côté et aider les aidants masculins.

Il faut inciter les aidants à utiliser les lieux de répit. Par exemple, dans la Marne, la Croix-Rouge a créé une halte répit détente Alzheimer. L’aidant y « dépose » son parent atteint de cette maladie, ce qui lui permet d’avoir du temps pour lui.

Plus elle vieillit, plus la personne âgée est isolée. C’est pourquoi a été créée la Mobilisation nationale de lutte contre l’isolement social des personnes âgées (Monalisa), avec la mise place d’équipes citoyennes au niveau local. Il faut prendre conscience que de nombreuses personnes âgées souffrent de solitude.

Anne Pichot de la Marandais

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