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Cognac a la niaque pour l’emploi Santé et sécurité en agriculture (3/7)

Restitution de l’étude Aract sur la fidélisation des salariés en viticulture le 24 avril 2018. © MSA des Charentes

Quand la prévention en santé-sécurité au travail aide à améliorer le recrutement d’une filière…La MSA des Charentes a intégré ses actions dans un projet global de territoire pour promouvoir l’embauche en viticulture.

Depuis 2011, la MSA propose un parcours de santé pour faciliter la réinsertion au travail de personnes en situation de précarité. Les services de la MSA des Charentes ont développé cet outil dans les chantiers d’insertion du territoire et lors des formations ouvriers polyvalents. Les buts ? Faciliter l’accès aux droits, aux soins et à la prévention, notamment grâce aux rendez-vous prestations MSA. Plus de 250 personnes ont été accompagnées en 2017 ; 50 d’entre elles ont choisi un médecin traitant. Les ateliers cuisine ou budget alimentation côtoient ainsi les formations métiers et de prévention des risques professionnels pour un suivi global.

Cédric, 30 ans, est entré en chantier d’insertion en 2015 à la maison familiale rurale des Charentes, à Cherves-Richemont, à côté de Cognac. Pendant un an et demi, il a suivi tout le parcours de santé et de formations de la MSA et travaille aujourd’hui chez un viticulteur.

Cédric, salarié viticole, interrogé par Bruno Farthouat, conseiller en prévention. © MSA des Charentes

« Avant, la vigne, ça ne me plaisait pas du tout. J’ai appris le métier, à tailler, à faire les relevages, on a rencontré des salariés et des viticulteurs lors de chantiers dans des exploitations…, et mon point de vue a changé. Après les formations, Karine Didelon [accompagnatrice socio-professionnelle du chantier d’insertion] m’a aidé à travailler mon CV et m’a aussi motivé pour aller postuler. Je suis en CDI depuis un an et demi maintenant. J’évolue au sein de l’entreprise, je conduis des tracteurs, mon employeur me fait confiance quand je suis tout seul dans les vignes. Pendant le chantier d’insertion, j’ai aussi été formé en espaces verts, ce qui me sert aujourd’hui pour la taille notamment. La prochaine étape est de passer la formation Certiphyto. »

Recruter et fidéliser

La filière viticole fait face à de nombreuses difficultés de recrutement. C’est pourtant le premier secteur d’activité de ce territoire où se trouve l’AOC (appellation d’origine contrôlée) Cognac. La Direccte (1) et la communauté d’agglomération grand Cognac décident de réunir les partenaires et lancent en 2015 l’action Défi Cognac pour favoriser l’emploi. En partenariat avec Pôle emploi, les syndicats professionnels, les chambres consulaires, l’Aract (2) et les organismes de formation, les acteurs du secteur travaillent pendant trois ans avec six groupements d’employeurs en Charente et Charente-Maritime pour mieux cibler les besoins et valoriser les métiers.

Fin 2016, les délégués MSA de l’Ouest Charentes décident également de travailler sur cette thématique. La caisse lance alors son action Recruter et fidéliser les salariés en viticulture, avant de rejoindre Défi Cognac en 2017. « Nous avons pu associer les chantiers d’insertion à notre action, explique Pascale Aubert, animatrice de territoire Ouest Charente et Haute-Saintonge, et chargée de mission du parcours santé. Ce sont des partenaires essentiels qui contribuent à la formation des futurs salariés agricoles et donc un bon moyen de recruter. Nous avons ainsi pu mobiliser des viticulteurs pour participer aux groupes de travail et communiquer. »

Une étude a dans le même temps été lancée avec l’Aract pour établir un diagnostic des pratiques en matière de fidélisation des salariés viticoles. Les résultats ont été annoncés le 24 avril en présence de tous les participants et partenaires. Ce partage d’expériences positives avec des témoignages valorise les bonnes pratiques. Cinq groupes de travail ont alors été constitués, pilotés par la MSA via Pascale Aubert et Bruno Farthouat, conseiller en prévention, pour poursuivre le travail. Deux axes ont été définis : favoriser le recrutement et fidéliser les salariés (par les compléments de salaire, par l’accueil et l’amélioration des conditions de travail).

Se retrouvent ainsi autour de la table tous les représentants de la viticulture charentaise : syndicat interprofessionnel, syndicat de salariés, viticulteurs, structures d’insertion, groupements d’employeurs. « Cette expérience en réseau est nouvelle pour nous, précise Bruno Farthouat. Cela permet de travailler avec d’autres acteurs et faire connaître et légitimer le travail de la MSA sur l’emploi, ainsi que sa connaissance du terrain, des salariés et des employeurs. » Une expérience réussie qui va se poursuivre en 2019.

 

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Marie Molinario

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