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« Conforter les ressources de la personne » En Marpa, une vie comme à domicile (3/7)

Franck Beloncle/ CCMSA Image

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190 Marpa sont en fonctionnement en 2015. Créées il y a environ 25 ans pour répondre aux enjeux du moment, elles ont progressivement évolué. Le point avec Bruno Lachesnaie, directeur du développement sanitaire et social à la CCMSA.

Quelle est l’origine des Marpa ?

Bruno Lachesnaie : En milieu rural, certains retraités étaient confrontés à des conditions de vie marquées par l’isolement et des conditions d’habitat caractérisées par l’inconfort et le mauvais équipement. La Marpa a été imaginée dans une logique d’accueil et d’hébergement de proximité, afin de prolonger le mode de vie à domicile dans un environnement familier – en préservant l’ensemble des liens sociaux, familiaux, le contact avec le médecin de famille… Le concept est né dans une période où le maillage des services à domicile était très inférieur à celui qu’il est devenu aujourd’hui (services à la personne, services de soins infirmiers, maisons de santé…). La Marpa s’appuyait sur des convictions, sur un concept – le prolongement du domicile – et représentait une solution pour pallier les carences en matière de services. Elle constituait une alternative entre la maison de retraite, lieu à l’époque très stigmatisé par les aînés – car refermé sur lui-même – et assez peu professionnalisé, et le domicile qui n’était pas organisé comme il l’est de nos jours.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus du tout dans ce contexte-là. Le maillage a beaucoup progressé, avec une montée en charge et une diversification des services à la personne (aide à la personne, téléassistance, transport à la demande, portage de repas…). Les services de soins infirmiers à domicile se sont fortement développés dans les années 2000-2005 et sont présents partout.  Côté établissements, la maison de retraite a elle aussi évolué. L’offre d’hébergement s’est maintenant spécialisée pour des publics de plus en plus dépendants – atteints de maladies de la désorientation, d’accidents cardio-vasculaires… – et très fortement médicalisée. Elle reste cependant relativement stigmatisée : on ne va pas dans un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) par choix, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement.

premier chiffre Outre le maillage et la spécialisation, un troisième élément, plus récent, est apparu avec des initiatives très diversifiées sur l’offre alternative entre le domicile et l’Ehpad. Sans que ces initiatives s’inscrivent dans une politique concertée, nationale en la matière. On observe une prolifération de solutions d’hébergement à partir d’initiatives locales avec, notamment, la mise en œuvre d’habitat social (habitat regroupé, béguinage, résidences séniors…). Elles apportent un peu de services mais pas d’accompagnement. C’est de l’habitat avant tout.

 

Où se situent les Marpa dans tout cela et comment évoluent-elles ?

Désormais, les personnes âgées peuvent bénéficier d’un bon accompagnement à domicile. En cas de grande dépendance, elles peuvent aller en Ehpad. Si elles sont un peu fragiles, elles peuvent, de plus en plus, choisir un habitat adapté et conçu pour faciliter la vie avec l’extérieur.

Les Marpa quant à elles ont pour mission, maintenant et demain, de répondre au défi du grand âge, aujourd’hui plus marqué par tout un ensemble de fragilités, de vulnérabilités plutôt que par la dépendance. Pour les Marpa, je vois six enjeux à relever.

Le premier est de l’ordre des politiques publiques. Longtemps, celles-ci ont été structurées autour d’une vision binaire de l’avancée en âge : autonomie et domicile, dépendance et établissement. Depuis 2011, le spectre s’est très fortement élargi. L’avancée en âge est également un phénomène sociétal – avec un ensemble de ressources et de fragilités, et une place sociale à se construire dans la société. Pour la bâtir, on va prendre appui sur les ressorts de santé et d’autonomie des personnes, sur leur capacité à se mettre en mouvement et d’absorber les fragilités, les stress… S’ouvre pour les politiques publiques – la future loi d’adaptation de la société au vieillissement en est bien l’illustration – un champ plus large, plus transversal, plus sociétal d’une intervention jusqu’alors principalement axée sur les deux schémas autonomie-domicile / dépendance-établissement. Aujourd’hui, les scénarios d’avancée en âge sont plus diversifiés et personnalisés. Rien n’est inéluctable et chacun a son destin en main ; les voies ne sont plus tracées. À partir des années 1970, est apparue une volonté de recherche de réalisation de soi plutôt que l’obéissance à un destin. On n’a pas encore pris la mesure de l’évolution des générations à venir, de leurs appétences. Ce que l’on sait, c’est qu’il y aura une remise en cause du fonctionnement de la société dans son ensemble : urbanisme, relations sociales, modes d’accompagnement, offre médico-sociale, sanitaire… Les Marpa sont au cœur de ces nouvelles politiques publiques.

« Il est essentiel que la personne est le sentiment de garder son intégrité »

 

Deuxième enjeu, le maintien et la restauration de la vie sociale et locale. Le domicile peut être source de repli, de solitude, d’enfermement et la Marpa, à l’inverse, peut permettre le maintien dans la cité. C’est son point fort. Dans son projet, la Marpa doit se demander quelle est sa place dans la commune, comment elle va être une composante du territoire, comment elle va s’intégrer dans l’environnement architectural, dans un espace de vie, de rencontre, avec une circulation et un brassage des populations… En fonction de chacun des territoires – la situation est très différente selon que le projet s’inscrit dans le rural isolé ou sur un territoire très maillé –, la Marpa doit s’imprégner des besoins.

Troisième point : la préservation de l’autonomie. Quand on vieillit, on est confronté la perte d’autonomie mais on peut, en même temps, être en capacité de s’adapter à cette avancée en âge. Ce que permet la dimension d’accompagnement – personnalisé et assorti d’actions collectives – proposée par la Marpa. Pour l’autonomie, il est essentiel que la personne ait le sentiment de rester elle-même, de garder son intégrité, d’être en capacité de s’adapter. Pour ce faire, elle peut bénéficier d’un accompagnement, afin de garder le fil de sa trajectoire de vie. C’est ce qui fait le cœur du projet des Marpa.

Le quatrième enjeu concerne la santé publique : l’avancée dans le grand âge met en jeu la participation à la vie sociale. Les activités de prévention et de préservation de l’autonomie menées au sein de la Marpa – prévention du déclin fonctionnel, préservation des capacités cognitives, santé bucco-dentaire, alimentation… – permettent de conforter les ressources de la personne. Comme la structure n’est pas médicalisée, la prévention est de fait plus importante. Et si elle n’est pas médicalisée, la Marpa n’en est pas moins un établissement de santé.

Deuxieme chiffre Cinquième enjeu : celui du territoire. La Marpa garantit à ses résidents l’accès à différents services pour leur santé, leur sécurité, leur participation à la vie locale et génère de ce fait de l’activité. Elle peut aussi apporter des services à la population. Certaines reçoivent les enfants pour les cantines scolaires, les personnes âgées de la commune pour qu’elles puissent y prendre leur repas ; d’autres font de l’accueil de jour ou de l’hébergement temporaire… Mais elles pourraient le faire mieux.

Dernier enjeu, celui d’efficience, d’efficacité, de professionnalisme. Comme ce sont des petites structures, elle ont des handicaps. Elles gèrent le quotidien, au jour le jour. Pour cela, elles doivent se professionnaliser, anticiper la réglementation, mutualiser – entre elles, si c’est possible, ou avec d’autres acteurs si le réseau des Marpa n’est pas assez dense sur le territoire concerné.

 

De quels moyens disposent-elles pour relever ces défis ?

Pour cela, nous nous inscrivons délibérément dans la perspective offerte par la loi d’adaptation de la société au vieillissement, au travers des futures « résidences autonomie ». C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous avons choisi une nouvelle appellation – maison d’accueil et de résidence pour l’autonomie – et un nouveau logo.

En 2015, nous réactualisons le label Marpa, en réaffirmant d’abord un positionnement historique : en termes d’effectifs, d’ouverture sur l’extérieur, d’accompagnement pour que la personne âgée vive mieux à la Marpa qu’elle ne vivrait chez elle. Nous renforçons par ailleurs la professionnalisation ainsi que le pilotage de la Marpa via une gouvernance clarifiée. Les liens avec les territoires sont encouragés, tout comme les fonctions de coopération et de mutualisation. Ce nouveau label sera mis à la disposition du réseau début 2016, concomitamment à l’entrée en vigueur de la loi. Il positionnera bien la Marpa dans le cadre du futur statut des « résidences autonomie » et constituera une nouvelle impulsion dans l’accompagnement – politique et administratif – par les MSA. De sorte que les caisses soient la ressource privilégiée pour entrer pleinement, au plan départemental, dans le programme coordonné de préservation de l’autonomie.

troisieme chiffre Celui-ci s’appuie sur des aides techniques, des aides à l’habitat à domicile, des actions de prévention et sur les « résidences autonomie ». Ces dernières seront l’une des composantes du programme. C’est dans ce cadre que seront distribués les forfaits autonomie qui permettront de financer les actions d’animation et de prévention au sein des résidences. Les MSA doivent être le lien entre les Marpa et la conférence des financeurs qui aura en charge de définir et de mettre en œuvre ce programme coordonné de préservation de l’autonomie.

Les Marpa, demain plus qu’hier, pourront être l’un des maillons des politiques locales. Le professionnalisme, l’innovation, l’accompagnement seront déterminants pour leur attractivité. Elles doivent démontrer leur plus-value sur la dimension de l’accompagnement qui constitue une posture difficile pour un professionnel, plus que celle de la prise en charge.

 

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Sommaire de ce dossier. En Marpa, une vie comme à domicile.

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Ne faire qu’Ain. Zoom sur le partenariat entre la MSA Ain-Rhône et le conseil départemental de l’Ain qui conduit un programme d’envergure de création de Marpa et de petites unités de vie.

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Services innovants. Ouverture sur l’extérieur, liens intergénérationnels, services rendus au territoire, démarche de développement durable… les Marpa vont de l’avant. Exemples.

 

 

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Les Marpa se font mousser. Elles s’engagent dans la maîtrise des dépenses d’énergie et lancent l’opération « Économisons l’eau ! » Présentation officielle à la résidence des cyprès le 2 juin 2015 à Varennes-sur-Seine, en Seine-et-Marne.

Gildas Bellet

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