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Jardins de cocagne : de la solidarité plein le panier

© Franck Rozé

Dans le cadre de l’opération nationale « 30 000 paniers solidaires », la MSA s’associe aux Jardins de Cocagne pour permettre aux personnes qui perçoivent de faibles ressources de bénéficier de légumes bio à moindre coût. Dans le Gers, la MSA Midi-Pyrénées Sud prolonge son partenariat en proposant des ateliers nutrition.

Sous l’une des serres, Bernadette compte méticuleusement les graines de persil géant d’Italie, avant de les répartir dans les mottes. Sous une autre, trois jardiniers accroupis récoltent la mâche, couteau en main. Un peu plus loin, dans les champs en contrebas, une petite troupe s’affaire à la récolte des feuilles d’épinards. Pendant ce temps-là, les abeilles bourdonnent entre les baies de Goji et les poivriers du Sichuan.

Les travaux des champs sont physiques, certes, mais ils réclament aussi de la minutie : deux jardinières comptent les graines de persil géant d’Italie, parfois à l’aide d’une pince à épiler, afin de placer dans les mottes de terre le juste nombre.

Leurs ruches écologiques surplombent les eaux de la Save, face au verger-maraîcher planté en agroforesterie. Ici Castillon-Savès, dans le Gers, à une petite cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Toulouse ; ici « Terra ferma », l’un des 108 jardins du réseau national des Jardins de Cocagne ; ici sur la terre ferme, un havre de verdure dédié au maraîchage bio et à l’insertion par l’activité économique.

Ce petit paradis est certifié par Ecocert. Il s’étend sur huit hectares, dont trois en maraîchage. En tant que participant de l’opération nationale des paniers solidaires lancé par le réseau Cocagne, il permet non seulement à des familles à faibles revenus de bénéficier régulièrement d’un assortiment local de légumes bio à moindre prix — en moyenne trois euros au lieu de dix — mais il accompagne également cette action par des ateliers nutrition.

Depuis le lancement du programme en 2010, plus de 3 500 familles françaises aux revenus modestes ont ainsi acheté près de 125 000 paniers solidaires. « En 2016, sur nos 200 adhérents, dix pouvaient prétendre bénéficier de cette aide : elle a été attribuée aux salariés du jardin », indique Philémon Daubard, président de « Terra ferma ».

La récolte de la mâche se fait sous serre. L’été, c’est l’étuve : les jardiniers travaillent de 7 h à 13 h et adaptent leur emploi du temps en conséquence. Par ailleurs, la traction animale asinienne devrait bientôt être introduite sur l’exploitation.

Dans le Gers, ce programme est soutenu par la MSA Midi-Pyrénées Sud. Le petit panier à dix euros, par exemple, reçoit quatre euros d’aide sur des fonds du réseau Cocagne et autant de la part de la MSA. Reste deux euros à payer pour le bénéficiaire. Des conventions de partenariat entre les Jardins de Cocagne et les caisses de MSA fixent les engagements.

Les prises en charge financières peuvent également porter sur le coût de la première adhésion, tout en maintenant un montant minimum d’un euro. Le prix du panier solidaire doit être compris entre 10 et 30 % de son prix de vente, sans jamais excéder quatre euros. Par ailleurs, les MSA sont invitées à proposer, au-delà des actions visant à faciliter l’accès au bien-être alimentaire dans le cadre de l’opération nationale, des actions collectives : ateliers de conseils en diététique, ateliers d’échanges de savoirs culinaires, sessions « Parcours confiance », actions de prévention santé, etc.

« J’accompagne le jardin “Terra ferma” depuis le début de son activité en juillet 2013, confie Marjorie Ortega, assistante sociale à la MSA Midi-Pyrénées Sud. Tous ses salariés sont affiliés au régime agricole. Nous avons toujours mis en place des actions dans le cadre de notre partenariat, notamment des sessions pour présenter la MSA, son service social, les droits et les devoirs en matière de protection sociale. Elles se déroulent sur une demi-journée et s’adressent à l’équipe encadrante et dès que de nouveaux jardiniers sont embauchés. »

La création du jardin « Terra ferma » s’est faite à Castillon-Savès, dans le cadre du pack bio départemental, facilitant l’accès au foncier pour les agriculteurs désirant s’installer en dehors du cadre familial en maraîchage ou en arboriculture, en partenariat avec la Safer.

La MSA a saisi l’opportunité de l’opération nationale des paniers solidaires pour proposer, en outre, des ateliers nutrition « Alimentation et petits budgets », animés par l’association de santé, d’éducation et de prévention sur les territoires Midi-Pyrénées Sud (Asept MPS). En présence d’une diététicienne, ces huit séances se sont tenues entre octobre et décembre 2016. Elles ont permis aux bénéficiaires des paniers solidaires de préparer un repas complet de saison, de s’organiser pour mieux gérer leurs dépenses, de découvrir certains légumes ou de décrypter les étiquettes alimentaires.

« Désormais, je cuisine l’aubergine et la courgette, déclare, satisfait, Christian, salarié du Jardin de Cocagne gersois. Je réussis particulièrement la végétarienne au curry. Je suis content de retrouver la qualité des légumes que je mangeais il y a trente ans. » Parmi les objectifs médico-sociaux de l’opération des paniers solidaires, il faut citer la prévention des carences alimentaires. Mais le renforcement des liens sociaux est également visé. « Les participants des ateliers nutrition partageaient leurs repas et déjeunaient avec les encadrants une fois par mois, précise Marjorie Ortega. L’idée, pour 2017, serait de proposer à quelques participants de l’année dernière de transmettre à leur tour leurs savoirs à de nouveaux adhérents, avec l’appui de l’Asept MPS. »

De gauche à droite : Marjorie Ortega, Philémon Daubard et Florence Royère.

L’assistante sociale envisage de cibler particulièrement les femmes bénéficiaires de minimas sociaux dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour du jardin. Regardons bien dans le panier, il y a encore de la place pour la solidarité.

Franck Rozé

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