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Des espaces ruraux qui évoluent Journée nationale MSA à Marseille (3/7)

François Purseigle, professeur des universités en sociologie à l’Institut national polytechnique de Toulouse, intervenant lors de la journée nationale MSA, fin octobre 2017 à Marseille. © Thierry Borredon/CCMSA Image

François Purseigle, professeur des universités en sociologie à l’Institut national polytechnique de Toulouse, intervenant lors de la journée nationale MSA, fin octobre 2017 à Marseille. © Thierry Borredon/CCMSA Image

Les territoires ruraux sont touchés par des mutations sans précédent. Y coexistent aujourd’hui des populations qui en font des utilisations très différentes. Le regard de François Purseigle, professeur des universités en sociologie à l’Institut national polytechnique de Toulouse.

“Depuis vingt ans, c’est dans certaines campagnes qu’on enregistre les plus forts taux de croissance démographique. Mais quand on regarde derrière les habits neufs de celles-ci, que se passe-t-il ?”, interroge François Purseigle, à l’occasion de son intervention lors la journée nationale MSA, à Marseille.

“Une France rurale diverse, éclatée et de plus en plus diversifiée pour des raisons très différentes d’hier. La mise en œuvre des politiques publiques de développement rural et les transformations des modes de vie ont conduit à un renversement des tendances séculaires de l’exode rural.”

Des espaces de résidence

Un mouvement de repeuplement des espaces ruraux s’est ainsi fait jour. “Aujourd’hui, la population agricole est définitivement entrée en minorité au sein même des campagnes : les agriculteurs sont moins de 3 %.” Autre trait marquant des évolutions en cours : les territoires ruraux sont de plus en plus considérés comme des espaces de résidence et se révèlent moins investis pour leurs fonctions de production.

De plus, François Purseigle y pointe la montée des mobilités : “Ils ne sont plus caractérisés par la sédentarité d’antan mais par la délocalisation, la mobilité des populations et des activités, y compris agricoles.”

Des territoires en pleine mutation

“Les gens n’investissent plus les campagnes françaises pour les mêmes raisons. Et c’est ce qui contribue aujourd’hui à construire le cadre d’un nouveau rapport de force, de controverses socio-techniques et environnementales.” Incompréhensions, tensions, conflits d’usage, relations difficiles entre agriculteurs et non-agriculteurs de plus en plus nombreux sur des territoires en pleine mutation, “marqués par la pluripolarité, la multi-appartenance”.

Brossant un tableau historique de ces territoires ruraux, le sociologue précise que “la France s’est construite autour de la figure du paysan, autour de l’idée que la richesse était partagée à l’échelle des territoires, entre activités industrielles et agricoles. Elle avait fait le choix d’y maintenir une population en nombre”, contrairement aux pays du Nord, centrés sur les villes et laissant les campagnes telles un no man’s land, ou à l’Angleterre qui avait opté pour des campagnes récréatives.

“Dans notre pays, on a fait en sorte que le développement économique se construise à l’intérieur d’un dispositif très singulier – celui du village. Il correspond tout à la fois au lieu du pouvoir paysan, souvent à la tête d’une mairie, à qui on confie les rênes du pouvoir.”

Diversité d’agricultures

Aujourd’hui, la situation a beaucoup changé et l’approche de l’agriculture n’est plus nécessairement centrée sur le territoire. Pour François Purseigle, “il n’y a pas une mais des agricultures. Nous avons à la fois besoin d’un secteur fort et performant économiquement – qui pourrait déboucher sur un nombre d’actifs autour de 120 000 (alors qu’il y a 400 000 chefs d’exploitation aujourd’hui). Mais nous avons aussi besoin d’une autre agriculture, peut-être plus performante sur le plan social et territorial, et plus tournée vers d’autres formes de circuits.

Il y a, selon le chercheur, un avenir autour de cette recomposition. Il faudra inventer de nouveaux dispositifs pour accompagner cette diversité d’agricultures qui ne peuvent pas toutes relever de dispositifs économiques mais aussi de politiques sociales ou territoriales.”

 

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Nouvelles dynamiques territoriales.Sommaire de notre dossier.

Construire l’avenir. Sur fond d’un environnement très évolutif et d’une recomposition à l’œuvre des territoires, la MSA a souhaité, lors de cette journée nationale, réfléchir à son positionnement pour l’avenir.

Double casquette. De nombreux délégués MSA sont aussi élus de collectivités territoriales. Complémentarité des engagements, avis sur la réforme territoriale… Le point de vue de quelques-uns d’entre eux.

La réforme territoriale. Elle s’est incarnée dans trois lois récentes – loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (Maptam) ; loi portant délimitation des régions ; loi portant nouvelle organisation territoriale de la République.

Une aide à la décision. Pour légitimer une démarche globale sur un territoire, offrir les bons services au bon endroit, la MSA recourt à des diagnostics, recueils de données quantitatives et objectives (cartographie) et qualitatives (entretiens en groupe ou individuels). Illustrations.

Nouveaux besoins, nouveaux services. Afin de répondre à des besoins peu ou mal couverts sur certains territoires, chaque caisse développe une offre de services ouverte à l’ensemble de la population. Le groupe MSA doit adapter cette offre aux besoins émergents, continuer à être pionnier et adopter un positionnement offensif pour innover et rester dans la course.

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