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Des petits clics, un grand déclic Mécénat de compétences (1/2)

Régis Hochart, président de Moissac Solidarité, et Laurence Carles, directrice, entourés d’Hervé, Laurence et Sébastien, salariés d’Agora. © GIE Agora

Régis Hochart, président de Moissac Solidarité, et Laurence Carles, directrice, entourés d’Hervé, Laurence et Sébastien, salariés d’Agora. © GIE Agora

Du personnel mis à disposition par une entreprise, sur le temps de travail, pour partager des savoir-faire. Des organismes d’intérêt général accueillant ces salariés, afin d’être aidés sur différents projets pour consolider leurs activités. Voilà le principe du mécénat de compétences, dans lequel le GIE Agora, entreprise informatique de la MSA, s’est engagé depuis un an et demi sur son site de Montauban (Tarn-et-Garonne). Témoignages et premier bilan.

En proposant, début 2017, de se lancer dans le mécénat de compétences, le groupement d’intérêt économique (GIE) Agora veut apporter sa pierre pour contribuer à un monde plus solidaire. L’entreprise compte 480 salariés répartis sur trois sites géographiques, dont 330 à Montauban.

Implication dans la vie locale

« Nous avons fait de la responsabilité sociale et sociétale des entreprises (RSSE) un élément central de notre politique de développement et d’animation des ressources humaines », explique Didier Laporte, directeur du GIE, en ouverture d’une rencontre organisée le 14 juin avec les partenaires et les acteurs du département pour présenter un bilan des actions de mécénat du groupement et fournir ainsi des leviers pour l’essaimage de la démarche.

« Aux valeurs de solidarité, de responsabilité et de démocratie sociale qui sont au cœur de l’action de la MSA, Agora a décidé d’en ajouter deux : la confiance et l’enthousiasme. Des valeurs que nous souhaitons voir se décliner tant au sein de nos processus internes de travail qu’au travers de nos multiples actions en direction du handicap, du développement durable ou de notre implication dans la vie locale. »

Cet investissement dans la vie locale, Agora, après consultation de son collectif managérial, a notamment voulu le concrétiser par des actions de dons de matériels ou de mécénat de compétences. Ces actions, sous proposition du nouveau responsable RH Agora, Patrick Von Dahle, ont été engagées en faveur des structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) du Tarn-et-Garonne.

Huit structures d’insertion par l’activité économique

« Qui peut être mieux placé qu’une entreprise œuvrant pour la digitalisation de la protection sociale de par son activité, pour apporter un soutien en faveur d’actions destinées à limiter la fracture sociale et la fracture numérique ? », souligne Thierry Hamelin, directeur adjoint et responsable de la politique RSSE du GIE. Une implication de l’entreprise sur son territoire rendue possible par la participation de salariés volontaires, d’accompagnants externes – services de l’État et de la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), élus et services du conseil départemental, qui ont soutenu Agora dans son projet et l’ont mis en relation avec des SIAE : « Elles ont su nous accueillir et ont œuvré avec nous pour que ce mécénat puisse être une réalité. »

L’apport de compétences s’est exprimé dans différents domaines : informatique bien sûr – aide à l’installation de matériel, développement de petits logiciels facilitateurs de la gestion des structures, mise en réseau, formation à l’usage des outils bureautique et Internet… – mais aussi ressources humaines ou communication.

Huit SIAE du Tarn‐et‐Garonne en ont bénéficié ou en bénéficient avec, en ligne de mire, une autonomie à terme des structures sur les actions accompagnées, grâce à l’acquisition de nouveaux savoir-faire et outils.

Parmi elles, Moissac Solidarité, association qui assure différentes activités, dont l’accueil et l’hébergement, l’accompagnement social et professionnel des plus démunis, et anime un chantier d’insertion pour que des personnes éloignées du marché de l’emploi puissent acquérir ou renforcer des compétences professionnelles et retrouvent le chemin de l’emploi. Au sein de ce chantier : un atelier de réparation et de location de vélos – qui peuvent notamment être mis à disposition des personnes hébergées pour faciliter leur mobilité.

« Une démarche citoyenne intéressante »

Dans certains des locaux de l’association, il était difficile d’accéder au réseau Internet. Les mécènes qui sont intervenus ont permis l’arrivée du wifi. « Maintenant, grâce à Sébastien et Hervé, nous avons enfin une ouverture sur le monde dont nous avions besoin, souligne avec humour Laurence Carles, directrice de Moissac Solidarité. Laurence a quant à elle créé un logiciel de facturation et de gestion de location pour notre atelier vélo. Nous n’avons pas le temps ni la compétence pour nous pencher sur ce genre d’activités. Je m’attendais à voir arriver des ingénieurs, des techniciens informatiques qui parlent en 0 et en 1, propos auxquels je n’aurais absolument rien compris. Mais nous avons vu que nous n’étions pas différents et que notre objectif ultime était d’apporter une aide – pour nous chantier d’insertion, mais aussi pour la population. C’est une démarche citoyenne intéressante et je remercie l’équipe pour cette envie qu’elle a montrée et le travail fait. »

Du côté des salariés qui sont intervenus, l’initiative a également été marquante à plus d’un titre. Pour Sébastien, « de notre point de vue, nous avons fait des choses simples, mais je me souviens du sourire de Laurent, qui gère l’atelier vélo, lorsqu’il a constaté qu’il pouvait disposer d’une connexion Internet dans son atelier, ce qui lui permettait de trouver des pièces pour ses vélos, d’aller chercher quelques informations… » « Sur un an et demi, nous sommes intervenus trois fois, précise Hervé. En venant juste aider, avec notre compétence et notre vécu – des actions simples et évidentes pour nous – on arrive à de belles réalisations. » Un retour d’expérience tout aussi positif pour Laurence : « Pour le côté relationnel, humain avec une première rencontre très émouvante par l’accueil, l’humilité et la découverte des actions que les gens de l’association mettent en place pour aider. Pour la confiance accordée par l’entreprise. Le mécénat de compétences met en valeur ce que nous faisons tous les jours. Ce n‘est pas négligeable en termes de reconnaissance personnelle, même si ce n’est pas dit avec des mots. Ce n’est pas nous qui avons donné du temps, mais l’entreprise – sur nos heures de travail. »

Rénovation du site web

Ce sentiment d’utilité pour la société est partagé par d’autres salariés d’Agora intervenus chez Inservest sur les outils de communication. « Inservest emploie 14 femmes en CDD d’insertion. Nous les aidons à se réinsérer professionnellement en les formant sur les postes de travail de la structure et, en parallèle, à trouver des formations ou un emploi durable », explique Katia Hu, accompagnatrice socioprofessionnelle et technique au sein de l’association. Support de ses activités : recyclage de vêtements d’occasion, issus de dons de particuliers (tri en amont, stockage, mise en rayon), atelier de repassage, atelier de couture…

Lise Gautier, autre accompagnatrice au sein de l’association, précise que cette intervention extérieure a permis à Inservest de « retravailler sur les outils de communication. Nous sommes très pris par l’accompagnement et l’encadrement des personnes – et la communication n’est pas notre but premier. Nous faisons avec les moyens du bord. »

Mise en adéquation des supports avec le nouveau logo dont s’était dotée l’association, installation et prise en main d’un logiciel gratuit de mise en page, rénovation du site web ont ponctué les rencontres organisées entre la SIAE et Agora. « Mes collègues et moi avons cherché à comprendre les valeurs de l’association, à identifier les activités les plus importantes qu’elle voulait mettre en avant, pour savoir comment organiser le site Internet, explique Olivier. Pour moi, il était très important d’intégrer ces valeurs fortes, tout comme le sont les activités, et je suis fier d’avoir pu y participer. »

Formations en bureautique

Même écho de la part de Stéphanie qui a « pu apporter [sa] pierre à cet édifice solidaire. Je trouvais intéressant de travailler dans un autre environnement, sur un projet en toute autonomie, et de pouvoir partager mes compétences. Une expérience très enrichissante qui m’a permis de découvrir le fonctionnement des SIAE et tout le travail que celles-ci et les services de l’État réalisent ». Cerise sur le gâteau, Agora a en outre donné du matériel informatique amorti et vient d’organiser une collecte de vêtements, dont Inservest sera l’un des bénéficiaires.

Parmi les autres structures épaulées, Iddees présentée par Bruno Pegas, agit pour l’insertion des personnes en difficultés sociales, par le biais d’activités en lien avec l’environnement (entretien d’espaces verts, recyclerie).

Les personnes accompagnées par Agora ont pu suivre des formations en bureautique, afin de bénéficier d’un « coup de pouce pour repartir, prendre un nouveau départ dans la vie, témoigne Marie-Ange. L’outil informatique est très présent partout ; nous leur avons donné quelques moyens supplémentaires pour entreprendre leurs démarches, leurs recherches d’emploi. »

Au travers des échanges avec les participants, « j’ai découvert aussi une autre réalité sociale, ajoute Véronique. Ce qui m’incite à poursuivre personnellement d’autres projets. Nous sommes solidaires et, comme les personnes bénéficiaires et les intervenants sont dans le même mouvement, tout le monde est gagnant ».

Simulation d’entretiens d’embauche

Autre apport fourni à Iddees par Éric : la simulation d’entretiens d’embauche, « avec, à la clé, une liste de tuyaux pour se préparer à ces entretiens dans de meilleures conditions ». Une occasion pour lui de mettre en pratique une des valeurs de l’entreprise – la solidarité « avec des fondamentaux : partager les savoir-faire, être attentif aux difficultés rencontrées par autrui et développer l’entraide. Celle-ci participe à la justice sociale en accompagnant des personnes plutôt issues de milieux défavorisés. Elle enrichit ceux qui s’impliquent dans ce mécénat, favorise le développement personnel des salariés d’Agora et accroît la motivation au travail. Quand l’entreprise confie ce genre d’action, c’est une reconnaissance de la valeur du salarié. À ce stade de ma vie professionnelle, l’expérience n’a fait que renforcer mon idée de concrétiser, pour ma future vie de retraité, la poursuite d’activités d’entraide ».

 

Lire aussi

Ce qu’ils en disent. Extraits de certaines interventions lors de la rencontre du 14 juin 2018 au GIE Agora.

Gildas Bellet

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