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Face au handicap : ouvrir de nouvelles perspectives

Illustration de Clod

Rencontres individuelles, réunions d’information et d’échanges, ateliers « prendre soin de soi pendant la maladie », « cellule emploi-santé » de concertation pluridisciplinaire, formation des intervenants, la MSA d’Alsace fait feu de tous bois pour accompagner au mieux les personnes fragilisées par la maladie, invalides ou en situation de handicap. Suivez le guide.

À la MSA d’Alsace, le maintien dans l’emploi des personnes handicapées ou malades relève d’une longue histoire, écrite à plusieurs mains

par les services de santé au travail, de contrôle médical et d’action sanitaire et sociale, où l’accompagnement des adhérents en butte à des difficultés d’ordre familial, social ou professionnel fait partie des missions prioritaires. Le repérage passe souvent d’ailleurs par eux, les travailleurs sociaux, avant même tout arrêt de travail, quand ils pressentent qu’avec l’évolution d’une maladie ou d’un handicap, se profile un problème de maintien dans l’emploi. De l’avis des médecins du travail, les travailleurs sociaux seraient même « la principale porte d’entrée » chez les personnes en difficulté, avec qui il est important de se mettre en relation le plus rapidement possible, dès que l’arrêt de travail survient, voire avant. Ainsi vont-elles se sentir reconnues, entendues, accompagnées et déjà moralement mieux. Une lettre de mise à disposition leur est d’ailleurs systématiquement adressée (au départ pour des arrêts de plus de six mois, aujourd’hui ramenés à trois).

S’assurer de la plénitude des droits et de l’accès aux soins

Cet accompagnement, à base d’entretiens individuels, s’inscrit dans une démarche d’adhésion volontaire : le travailleur social soutenant la personne dans ses démarches, dans l’élaboration des dossiers et jouant un rôle d’information sur les dispositifs de maintien dans l’emploi ou de reconversion. Car une fois prodigué l’avis d’inaptitude, accomplir les formalités d’usage représente un véritable Everest. Alors, comme le souligne Virginie Ramin, elle-même travailleur social à la MSA : « En précisant, en expliquant que rien n’est définitif, et qu’en fonction de l’évolution de l’état de santé, les choses peuvent s’améliorer, nous dédramatisons beaucoup. » Vertu du guichet unique, le travailleur social peut également faire intervenir tous les services techniques de la caisse pour s’assurer de la plénitude des droits et de l’accès aux soins. À lui également la liaison entre les différents acteurs, médecins du travail, médecins conseil, mais aussi, extérieurs à la MSA, caisse d’assurance-accidents agricoles et services d’aide et d’appui au maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés (Agefiph, Sameth et Cap Emploi notamment (1)).

Pour Marie-Irène Glé, adjointe à la responsable de l’action sociale à la MSA: « Le but vise à ré-inscrire la personne dans une perspective de vie. Pour qu’elle remette en cohérence des informations éparses sinon contradictoires, posées devant elle en une mosaïque (“mes médecins ne sont pas tous du même avis, alors comment voulez-vous que je comprenne ce que j’ai à faire ?”). » D’autant plus qu’en raison du jargon médical, technique ou administratif employé,  les personnes peuvent ne retenir que quelques mots, souvent ceux qui font le plus peur. Et puis on ne dira jamais assez combien est pesante l’image du fauteuil roulant ! 

Victime de regards vécus comme inquisiteurs

« Il faut dire que l’arrêt de travail provoque un tel dégât, reprend Virginie Ramin, cette inactivité qui survient, les journées devant la télé, sous le regard des autres – ses collègues de travail, mais aussi sa famille, sa conjointe, ses enfants – sans projet. Et pour peu que l’arrêt se prolonge, des préjugés se font jour (“il ne veut plus retravailler ou quoi !”). Ainsi la personne se replie toujours plus et n’ose plus sortir, victime de regards vécus comme inquisiteurs (“mais que pouvait-elle donc bien faire dans un magasin en plein milieu d’après-midi”). »

D’où l’idée de rompre le cercle infernal de la solitude à travers des réunions d’information et d’échanges collectives, organisées deux fois par an, à raison de deux réunions par département, dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. S’adressant aux personnes en arrêt de travail de plus de quatre mois, elles ont concerné en 2010 près de 100 personnes – un vrai succès – et ont donc logiquement repris au mois de mai dernier. « Notre objectif est de réunir des personnes par petits groupes de quinze environ, ajoute Virginie Ramin, pour à tout prix faciliter les échanges. Car si, au départ, ces réunions, organisées en deux temps (le pendant et l’après arrêt de travail), visent à communiquer et à donner des informations à partir des questions repérées lors des entretiens individuels – à combien va s’élever l’indemnisation ? Sa durée ? La reprise du travail ou la reconversion ? Qu’est ce qu’une ALD (affection longue durée) ? – très vite, les échanges s’instaurent tandis que l’expérience de l’un enrichit l’autre et lui permet de sortir de son isolement. Les supports de communication que nous utilisons invitent d’ailleurs les participants à témoigner de leur vécu, à la fois administratif ou médical. En conclusion d’une des réunions, se réjouit d’ailleurs Virginie Ramin, des participants ont rapporté qu’ils auraient aimé qu’on leur explique tout ça plus tôt dans leur parcours d’arrêt de travail, tandis que d’autres ironisaient : “vous pourriez même faire ces réunions pour ceux qui ne sont pas en arrêt car après, tout est si compliqué”. »

Redonner confiance en soi

« Anticiper, mobiliser les capacités psychiques des personnes », les mots sont lâchés, d’où l’idée d’une action collective expérimentale, « Prendre soin de soi pendant la maladie », mise en place dans le Haut-Rhin, en 2010, pour redonner confiance en soi à la suite d’une période de rupture professionnelle. Un groupe de six personnes a pu être constitué pour suivre le cycle entier de dix ateliers. Deux d’entre eux, intitulés « groupe de paroles » et « confiance en soi », animés par une psychologue, visaient à positiver, apprendre à lâcher prise et à se faire du bien. « Le retournement a été spectaculaire, souligne Marie-Irène Glé : durant la première séance, les participants versaient dans le négatif : “aujourd’hui je ne peux plus”, “avant je faisais ça”… Tandis qu’à la seconde rencontre, on se racontait la découverte de la cuisine et des bons petits plats qu’on prend le temps de mitonner, le fils que l’on accompagne aux entraînements de foot et que l’on regarde jouer, les randonnées qu’on redécouvre, tout ces petits riens positifs qui, mis bout à bout, participent à la reconstruction. » D’autres ateliers, animés certains par un sophrologue, d’autres par une socio-esthéticienne ou encore un psychothérapeute, visaient à leur faire découvrir la relaxation, l’envie de prendre soin de soi et toutes les capacités qui, malgré la maladie, sont en eux (2). Il s’agit en fait de ne pas rester englué dans son passé, de fermer la porte sur la vie d’avant pour ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles fenêtres, prendre un nouveau départ. Des expériences positives, corroborées par ce qui est apparu à tous comme un indicateur fort : comme si ces ateliers d’une demi-journée chacun rythmaient leur vie, les personnes avaient réservé de longue date ces plages horaires pour placer leurs séances de kiné en fonction…

Ne pas s’enfermer dans la routine

On l’a bien compris, quelle que soit l’approche, le but vise à mettre les personnes en souffrance au cœur du dispositif, en les entourant et les accompagnant pleinement. « Mais ceci dit, nous, salariés de la MSA mais aussi des organismes extérieurs, reprend Marie-Irène Glé, dans un contexte de plus en plus complexe au fil des ans, étions-nous toujours à la hauteur des enjeux ? N’étions-nous pas enfermés dans une certaine forme de routine ? Ne nous fallait-il pas franchir un pas supplémentaire dans notre culture commune pour mieux se reconnaître, se situer les uns par rapport aux autres, et davantage intensifier, optimiser nos articulations ? » Une formation commune à tous les acteurs intervenant dans le champ du maintien dans l’emploi, suivie par tous et collectivement, en mai 2011 à Sélestat (Bas-Rhin), a pu fournir la réponse à toutes ces questions.

« Après des années de fonctionnement empirique, nous avions besoin d’entendre un point de vue extérieur, de prendre du recul sans forcément tout révolutionner. Mais aussi de conforter – ou préciser – une méthodologie acquise au fil du temps pour se mettre à la disposition des personnes le plus tôt possible, anticiper également les inaptitudes et les situations de handicap au travail avec les entreprises, maîtriser enfin davantage les aides et les réseaux permettant de répondre aux situations des salariés en restriction médicale d’aptitude ou handicapés. »

Aux dires de Jean-Pierre Paray, sociologue, et Alain Jabès, médecin du travail ergonome (du cabinet ALJP Conseil et formation), qui ont animé les deux journées de formation, « cette session, bâtie autour de cas concrets, s’est révélée constructive et a été l’occasion, grande première, de réunir lors d’une formation tous les secteurs du maintien dans l’emploi : le social, le médical et le professionnel ! »

Bernard Gazé

(1) Agefiph : Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées ; Sameth : Service d’appui au maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés (information, mobilisation des dispositifs et des aides, conseil, ingénierie) ; Cap Emploi : réseau national dédié à l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

(2) Un atelier concernait également « Les droits pendant l’arrêt de travail ».

Un chiffre

Une personne sur deux sera confrontée à une situation de handicap dans sa vie active

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