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Familles, je vous aide

© Téo Lannié/CCMSA Image(s)

Le 30 mai, 170 agents de direction, responsables de l’action sanitaire et sociale (ASS), administrateurs centraux et élus ont participé à la journée nationale d’ASS sur le thème de « l’action de la MSA auprès des familles dans le domaine de l’ASS et de l’offre de services ». La famille, une cible dont il faut réviser les représentations pour mieux la soutenir.
 

Conditionnalité des allocations, réforme des rythmes scolaires, mariage pour tous… La famille est l’une des préoccupations du gouvernement. Un sujet de société qui fait débat. Une réalité durable, instable et complexe dont le modèle se transforme et se diversifie. Les relations familiales se réinventent sous des formes nouvelles, plus aléatoires dans leurs compositions, leurs statuts juridiques, leurs ressources…

Venu sensibiliser les professionnels de l’aide sociale à la nécessité de prendre en compte non pas la famille mais les familles, Michel Billé, sociologue, bouscule quelques certitudes et bons vieux principes. Rebattre les cartes du jeu des sept familles pour améliorer la pertinence de l’offre de prestations et de services de la MSA.

Trois évolutions qui (dé)font la famille

Pour comprendre la transformation des structures familiales, il faut la relier au changement des modes de production.

« Lorsque l’activité agricole est artisanale, fermière, paysanne, à dominante manuelle, il faut des bras pour produire. Sous l’autorité du patriarche, le plus grand nombre possible de membres de la famille est une ressource. » À partir des années 60, la mécanisation met la main d’œuvre au second plan. « La logique s’inverse, il ne faut plus être nombreux, il faut faire tourner les machines. Parallèlement, les vieux se retirent et les collatéraux partent en ville (exode rural). » On passe d’une famille-clan, indivise, à des unités familiales plus petites – la famille nucléaire – composées d’un couple et de ses enfants uniquement.

Avec l’industrialisation puis la crise, la pression sociale grandit. Et la cohésion familiale est de moins en moins régie par la morale ou la religion. On divorce de plus en plus. « Le couple éclate, la famille telle qu’on la concevait vole en morceaux et l’on invente cette formule : la famille monoparentale. » Trois millions d’enfants ne vivent pas avec leurs deux parents. Tension entre deux foyers, deux couples parentaux, deux fratries. Famille incertaine ? Recomposée en tout cas.

Un constat sans tabou de la famille par Michel Billé, sociologue. © Christophe Gatschiné

Si l’incertitude plane, elle est néanmoins apprivoisée ou du moins intégrée jusqu’à devenir « banale ». « Au point qu’une ultime forme semble émerger : la famille virtuelle, construite autour d’un vaste réseau auquel chacun se sent plus ou moins connecté de façon  réversible.  »

Et ce n’est pas fini. « Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, ce qui structurait l’unité familiale a changé et continue de changer. » Les organisations familiales ne se fondent plus sur « le toit, le sang, le nom et le droit ». Ce qui fait famille est devenu « le choix » de se relier ou non aux personnes. « Une famille tendanciellement élective, à provenances multiples, potentiellement indéfinie et non pas forcément réduite. »

Un choix fondamental de société

« Comment apprendre à nos enfants et petits-enfants à se relier aux autres, avec les plus faibles, les plus vieux ? » L’auteur de « La chance de vieillir, essai de gérontologie sociale » prévient : « les questions d’éducation sont immenses » à tout âge. Apprendre à être parent (parfois du même sexe) et grand-parent quand le ciment conjugal a laissé la place au ciment filial, c’est apprendre aussi la beau-parentalité. Tisser des rapports sur quatre ou cinq générations entre lesquelles il n’y a pas de lien (au sens où on l’entendait jusqu’à présent) est loin d’être évident…

Au-delà du soutien qui peut être apporté dans ces apprentissages, via la médiation notamment, « certaines situations doivent retenir plus que d’autres l’attention : difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle (jeunes mères de famille), précarité ou précarisation, origines culturelles différentes, handicap (jeune couple qui accueille un enfant porteur d’une déficience), très grand âge ».

Un constat sans tabou de la famille 2.0, réaliste plutôt qu’alarmiste, qui montre combien la tâche est importante et passionnante. Le défi à relever est « superbe ». Que chaque foyer reste un lieu de socialisation, de solidarité et d’épanouissement dans le cadre d’une « citoyenneté fraternelle ».

 

Christophe Gatschiné

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