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    Femmes et travail en agriculture

     

    Échos du symposium de l’INMA (Institut national de médecine agricole) sur ce thème, qui s’est déroulé, à Tours, le 14 septembre.

    Femme travaillant dans une vigne

    © T Lannie/ CCMSA Image(s)

    On peut estimer qu’environ 700 000 femmes sont en relation avec l’agriculture selon les données MSA (1), soit qu’elles exercent leur activité professionnelle dans ce secteur, soit qu’elles vivent sur une exploitation agricole, a précisé Alain Pelc, directeur des Études, des répertoires et des statistiques à la CCMSA lors du symposium de l’INMA. Celles qui sont actives dans la production sont identifiées sous trois statuts sociaux différents, a-t-il rappelé : ce sont des chefs d’exploitation ou d’entreprise agricole, des collaboratrices de chefs d’exploitation et des salariées (voir encadré). Comparativement aux hommes, quelles sont leurs activités ? Leur position sociale ? Leurs conditions de vie et de travail ?  Celles-ci ont-elles un impact sur leur santé ? C’est autour de toutes ces questions que différents experts sont intervenus tout au long de la journée du 14 septembre.

    Les dimensions sociales et sociétales du travail

    Les travaux se sont ouverts par l’exposé d’une psychologue du travail, Virginie Sadock (Paris) qui a essayé de faire comprendre comment, du point de vue de la psychologie, le travail se conjugue au masculin et au féminin. Elle s’est arrêtée tout particulièrement sur ses dimensions sociales et sociétales montrant combien « l’organisation de la société et la division du travail contribuent grandement à façonner les identités ». Sur sa division sexuelle, elle a rapporté les propos de Danièle Kergoat, sociologue, qui a mis en évidence « l’assignation prioritaire des hommes à la sphère productive et des femmes à la sphère reproductive, et simultanément la captation par les hommes des fonctions à forte valeur sociale ajoutée ». Elle considère que cette division repose sur deux principes : celui de la séparation – il existe des travaux d’hommes et des travaux de femmes – et celui de la hiérarchisation : les travaux d’hommes valent plus que ceux des femmes, tant au plan monétaire que symbolique. Qu’en est-il en agriculture ? Sur ce plan, Virginie Sadock a fait référence aux travaux en anthropologie du milieu rural de Michèle Salmona qui relève que « le travail des femmes dans ce secteur est largement sous estimé. Elle observe que dans l’élevage, elles sont fréquemment affectées à des tâches répétitives, en particulier à la traite, aux soins et à l’alimentation des bêtes, travail qui n’est pas sans présenter de ressemblances avec le travail maternel ». Par contre, celles qui sont éleveuses « à part entière », réalisent les « tâches traditionnellement réservées aux hommes : organisation, réflexion, prise de décision et de responsabilité économique dans la production, commercialisation ».

    Du fait de cette division sexuelle du travail, hommes et femmes ne développent pas les mêmes savoir-faire et compétences, ni les mêmes dimensions subjectives : « Travailler va façonner et élargir le rapport au monde de chacun ». Si les activités des femmes sont souvent essentielles pour la civilisation – notamment quand elles sont liées aux soins des autres – elles souffrent d’un manque de visibilité et n’en retrouvent souvent que « quand elles ne sont pas faites », quand un problème survient. « Les représentations sociales dominantes attribuent aux femmes les qualités de disponibilité, de compassion, d’écoute en oubliant et le plus souvent en déniant le fait que ces savoir-faire sont construits, sont le fruit d’efforts importants, ils réclament et relèvent du travail. Ce ne sont pas des qualités qui seraient naturellement féminines. (…) Comprendre le travail des femmes suppose de chercher à dépasser l’apparence pour s’intéresser au travail invisible et indicible, compte tenu de la complexité des rapports avec les hommes», a conclu Virginie Sadock.

    Femme avec un chien

    © T Lannie/ CCMSA Image(s)

    L’accès à la formation professionnelle

    « L’inégalité entre les femmes et les hommes, une maladie professionnelle ? – le cas de l’accès à la formation des femmes en agriculture » C’était le titre – un peu provocateur – de l’intervention de Florence Bras, chargée de mission à Vivea (Paris). « En réalisant un diagnostic de situation comparée entre les femmes et les hommes à partir des statistiques de Vivea, nous constatons que les femmes chefs d’entreprise et les conjointes collaboratrices se forment moins que les hommes : leur taux d’accès à la formation est de 13,4 % contre 24,9 % pour les hommes », a-t-elle déclaré. Comment expliquer ce moindre accès alors que l’offre est ouverte à tous ? Florence Bras avance qu’une étude demandée par Vivea, a démontré que « la façon dont les femmes entrent dans le métier et la place qu’elles prennent dans les entreprises sont déterminantes ». Elle cite trois types de femmes. Les premières affirment leur projet professionnel d’installation en agriculture, ont choisi leur métier, se battent pour l’exercer. Pour elles, « l’égalité va de soi et la formation est une obligation qu’elles se donnent régulièrement pour accompagner les décisions stratégiques prises pour l’entreprise ». Les secondes assument leur choix d’être devenues agricultrices, « d’être venues travailler sur l’exploitation. Elles prennent la plupart du temps la responsabilité d’un atelier (par exemple de transformation laitière) dont elles ont en totalité la charge. Elles développent alors, via la formation, les savoir-faire professionnels liés à l’activité qu’elles ont choisi ». Le troisième profil correspond à celles qui « n’ont pas choisi le métier et le subissent. C’est celui de leur époux. Elles n’ont pas su prendre leur place et assistent leur mari ou les autres membres de l’entreprise. Elles sont sans agenda. Pour elles, l’apprentissage sur le tas suffit ». À ces spécificités, s’ajoutent les difficultés rencontrées par les femmes en général, qui peuvent être accentuées par le caractère familial de certaines entreprises agricoles, et qui sont liées au sexe. « Au sein des familles, deux rôles sont majoritairement assignés aux femmes : les enfants et les tâches domestiques. Cette assignation sociale n’est pas sans conséquence sur le départ en formation, à concilier avec la présence d’enfants, surtout en bas âge », observe-t-elle. Mais partir en formation, c’est important : « C’est apprendre sur soi-même et échanger avec d’autres. Y accéder moins, c’est amoindrir sa capacité de développer ses compétences professionnelles, de les adapter et d’anticiper les mutations à venir. C’est aussi rendre plus difficile, la prise de responsabilité, l’estime et la confiance en soi, la reconnaissance professionnelle ». Si ce constat n’est pas très positif, Florence Bras se veut rassurante : ce n’est pas une situation incurable : « Vivea a mis en place un plan d’action national relatif à l’égalité d’accès à la formation entre les femmes et les hommes ».

    Les six agricultrices, de la Fédération nationale des groupes d’études et de développement agricole (FNGEDA) qui se sont exprimées, en clôture du symposium, ont montré que les femmes apportaient à l’agriculture une véritable « dynamique ». « Souvent, plus que les hommes, elles sont sensibles à ce qui se joue dans le cadre du travail : les conditions de travail, la place de chacun, les relations humaines ente les différents acteurs de l’exploitation, la sécurité, le stress… et les situations de détresse… Le groupe leur procure l’espace nécessaire pour en parler, échanger… parfois à l’abri des hommes, d’autres fois avec le regret que les hommes ne s’y intéressent pas davantage. Parce qu’elle est potentiellement mère, l’agricultrice sera naturellement sensible à la sécurité de personnes, à leur confort de travail, à leur santé ». Une dimension très utile dans une entreprise. Elles en ont témoigné.

    Marie-Luce Gazé Desjardins

     

    (1)     La MSA dispose de bases statistiques qui permettent de mieux connaître les populations actives agricoles :

    • qu’elles soient sous statut de non salariées agricoles ou de salariées agricoles
    • qu’elles soient employées à temps plein ou temps partiel
    • qu’elles exercent leur activité agricole de façon permanente ou de façon épisodique ou saisonnière

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