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    Habitat regroupé : l’esprit village

    © Franck Rozé

    © Franck Rozé

    Contreforts des Pyrénées dans l’Ariège. Un petit village fait parler de lui : Le Sautel. C’est là que la municipalité, avec le concours de la MSA Midi-Pyrénées Sud, la CCMSA et d’autres partenaires, a eu l’idée de mettre sur pied puis de gérer un ensemble de logements sociaux en habitat regroupé à destination des seniors et des personnes à mobilité réduite. C’est vite dit mais c’est tout un art.

    « Ici, c’est un paradis ». Pour Solange Vidal qui, à 82 printemps, vient tout juste d’emménager dans l’un des trois logements à loyer modéré en habitat regroupé, le jardin d’Éden s’appelle Le Sautel : une commune d’environ 125 âmes sise dans l’Ariège, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Foix. « Je suis venue ici pour trouver la tranquillité, poursuit-elle. Je me sens libre de tout. » Et si Solange, qui s’adonne à la peinture, posait son chevalet dans la verte campagne environnante avec Le Sautel comme toile de fond, elle livrerait peut-être quelques scènes pittoresques de l’histoire de son paradis, aussi vives et peuplées que certains des tableaux de Bruegel l’Ancien.

    On y verrait tout d’abord le maire, Richard Moretto, ancien agriculteur animé par « l’esprit village », parcourant les rues et ruelles de son patelin pour informer sur l’ordre du jour et convier ses administrés comme il a coutume de le faire avant chaque réunion du conseil municipal. C’est ainsi qu’il procéda en 2009 – avec le soutien de Lucien Constans, délégué de la MSA Midi-Pyrénées Sud et président de l’association départementale des retraités agricoles (Adra) – pour porter sur les fonts baptismaux l’idée de la construction à visée sociale de logements adaptés aux seniors et aux personnes à mobilité réduite avec salle commune attenante. « C’est ainsi que le projet est devenu celui de tout le village », affirme-t-il.

    « Nous ne partions pas sur les mêmes bases politiques mais nous partagions les mêmes idées philosophiques, soutiennent les deux hommes. L’honnêteté intellectuelle et l’envie de faire bouger les choses ont fait le reste. » Philippe Clarac, élu MSA, président du comité départemental, ajouterait même « la pugnacité », car il leur en aura fallu ! Le « pitch » est le suivant : au regard de l’état parfois délabré des bâtiments de ferme (habitation et dépendances), du coût de leur entretien, du montant peu élevé de certaines retraites agricoles, de la précarité liée à l’isolement et au vieillissement des personnes, des difficultés rencontrées pour aménager les logements… l’édile et son équipe, soutenus par la population locale, prennent le taureau par les cornes.

    Richard Moretto et Luciens Constans © Franck Rozé

    Richard Moretto et Luciens Constans © Franck Rozé

    Après une première proposition sous la forme d’un bail emphytéotique émanant d’un organisme d’HLM (habitation à loyer modéré) – déclinée – la mairie choisit de s’emparer de la gestion du projet. « Ça n’a pas été simple, reconnaît aujourd’hui le premier magistrat du Sautel. J’y ai passé un temps fou. Surtout pour constituer un plan de financement. Il a fallu s’y remettre à 6 ou 7 reprises ! » C’est là que figurerait un autre personnage dans le tableau de Solange Vidal : voyez-vous cette femme, ex-travailleur social à la MSA Midi-Pyrénées Sud, à qui Richard Moretto et Lucien Constans adressent des « remerciements appuyés » ? C’est Martine Chibarie. Son accompagnement technique a justement porté sur le financement et la mobilisation des partenaires (1). Mais elle a également contribué à initier le projet social aujourd’hui repris en main par celle qui lui succède, l’assistante sociale Marie Costanzo.

    En août 2014, les trois logements situés au centre du village sortent de terre et sont occupés par les premiers locataires. Des appartements lumineux de type 3 de plain-pied, au rez-de-chaussée, équipés d’une cuisine ouverte sur une salle de séjour de 30 m2, d’une terrasse, d’un jardin, d’un garage, entre autres, pour une superficie totale de 86 m2 et un loyer de 480 € mensuel charges comprises. Conçus par le cabinet d’architectes ACR de Cintegabelle (Haute-Garonne), ils répondent aux normes de construction imposées pour l’accueil des personnes à mobilité réduite, avec de larges portes notamment. « Nous souhaitons que les résidents puissent rester dans les lieux même si leur état de santé évolue », indique le maire. De plus, cet espace honorable permet de recevoir et d’héberger amis et famille.

    Le projet est prioritairement dédié aux seniors du canton à faibles ressources, dans un souci de préservation du cadre de vie. Là, quelques traits de peintures un peu plus chatoyantes de Solange Vidal brosseraient l’animation qui s’installe autour de ces logements. La boulangère, qui passe deux fois par semaine, est venue garer sa camionnette juste devant le champ où paissent des limousines. L’une des résidentes, Odette Ilhat, 76 ans, est venue prendre livraison de son pain. « J’avais entendu dire que la MSA faisait des choses pour les agriculteurs », glisse cette ancienne éleveuse de Carla-de-Roquefort, petite commune située à 4 km du Sautel, l’œil gentiment malicieux. « Pourquoi ? C’est la MSA qui a fait ça ? », s’étonne soudain Christian Séguélas, un autre résident.

    Christian Séguélas, sa femme Nadine et Florentine sont des résidents de l’habitat regroupé du Sautel. En arrière-plan, la salle commune, dans laquelle Nadine verrait d’un bon œil l’organisation de tournois de tarot ou de belote © Franck Rozé

    Christian Séguélas, sa femme Nadine et Florentine sont des résidents de l’habitat regroupé du Sautel. En arrière-plan, la salle commune, dans laquelle Nadine verrait d’un bon œil l’organisation de tournois de tarot ou de belote © Franck Rozé

    Avec sa femme Nadine et sa fille adoptive, Florentine, ils sont arrivés au Sautel en novembre. « À Pamiers, j’occupais au 1er étage d’un immeuble un appartement pas très fonctionnel avec un escalier étroit à la c…, explique Christian. De son côté, Nadine habitait dans une HLM mais elle faisait l’objet de harcèlement. Aujourd’hui, nous nous sommes retrouvés ici et nous prenons nos repas tous les jours dehors. » Il y a peu, Christian a été victime d’un accident vasculaire cérébral. Il se déplace désormais difficilement ou en fauteuil. L’appartement s’avère bien adapté, si ce n’étaient quelques réserves concernant la barre de seuil de la porte d’entrée et la douche qu’on aurait souhaité « à l’italienne ». Choses aisément modifiables. « Mais on a gagné le calme et la sérénité, renchérit Nadine. Je fais la conversation avec les vaches et les mésanges. » On croirait les entendre.

    De même, si Solange devait croquer Marie Costanzo, elle placerait certainement l’assistante sociale à l’entrée de la salle commune. Au quidam qui se pose encore des questions sur le projet social développé par la MSA Midi-Pyrénées Sud, elle expliquerait ceci : « Contrairement au projet de douze logements développé actuellement sur Bérat [Haute-Garonne], où nous avons mené un diagnostic avant le début des travaux, nous n’avons pas pu faire de même ici. Il y a six mois, nous nous sommes engagés dans une démarche de développement social local pour essayer de voir comment on peut améliorer le service. »

    Mobilisation de la population autochtone ; vérification de l’adéquation entre les idées des habitants et les besoins ; repérage des partenaires d’une part (Clic, visiteurs bénévoles…), et des services existants dans le canton pour veiller à ne pas créer de concurrence, d’autre part… Deux commissions « mobilité » et « activités sociales » ont été créées. Des propositions de transport à la demande (covoiturage, taxi collectif…), d’initiation à Internet, de sorties collectives au cinéma, d’expositions ont été formulées. « Il s’agit autant d’apporter des services aux habitants que de les encourager à s’ouvrir à l’extérieur », suggère Marie Costanzo. Tout en sachant que la salle commune a déjà accueilli les ateliers mémoire et équilibre de la MSA, une expo d’outils ménagers, des projections de film avec débat comme le documentaire Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau. Une programmation de circonstance.

    Marie Costanzo, assistante sociale, présente, en salle commune, les possibilités d’aide à l’amélioration de l’habitat par la MSA Midi-Pyrénées Sud, avant les interventions de la Maison de l’habitat de l’Ariège et de l’Agence locale de l’énergie du département (www.aleda09.fr) © Franck Rozé

    Marie Costanzo, assistante sociale, présente, en salle commune, les possibilités d’aide à l’amélioration de l’habitat par la MSA Midi-Pyrénées Sud, avant les interventions de la Maison de l’habitat de l’Ariège et de l’Agence locale de l’énergie du département (www.aleda09.fr) © Franck Rozé

    Enfin, pour parfaire son œuvre, Solange Vidal n’oublierait pas de peindre la bibliothèque créée dans la foulée (120 adhérents). On verrait même, en regardant attentivement, Nadine Séguélas traverser la route pour porter son pain dur aux chevaux de la voisine. Sur le pas de sa porte, un autoportrait de Solange dans son autre activité fétiche, la couture, devisant avec Odette. Sans oublier la petite fontaine sur la place du village, dont le glouglou bucolique attend l’aménagement de deux nouveaux logements sociaux dans un ancien bâti rénové par la mairie. Voyez un peu le tableau !

    (1) La Carsat a consenti un prêt de 200 000 € au taux de 0 % sur 20 ans ; la MSA (25 000 €) ; la CCMSA (20 000 €) ; le Département (35 000 €) ; l’État (35 000 €) ; la Région (16 000 €) ; les fonds européens Leader (10 000 €) ; la mairie (78 000 €).

    Franck Rozé

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