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Halte à la douleur ! Mal de dos (2/7)

Femme souffrant du dos

© Téo Lannie/ CCMSA Image(s)


Le 23 novembre 2012, la MSA de Maine-et-Loire a organisé une réunion d’information, à Angers, sur le mal de dos. 150 personnes ont répondu à son invitation.

Tout un chacun peut se plaindre ou se plaindra d’avoir mal au dos. C’est pourquoi la MSA de Maine-et-Loire s’est penchée sur cette problématique dont l’une des causes peut provenir des conditions de travail. Le 23 novembre 2012, à Angers, elle a réuni des élus MSA, des médecins du travail, des conseillers en prévention, des membres de Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), des animateurs sécurité en entreprise et des partenaires, pour en débattre. 150 personnes ont répondu à son invitation.

Prévenir la pénibilité au travail

« Cette année, les administrateurs ont choisi pour thème « Dos et travail : comment prévenir la pénibilité ? », en raison de la fréquence des affections touchant le dos, a justifié Roselyne Besnard, présidente de la MSA. En France, les lombalgies entraînent 6 millions de consultations par an et sont la cause de 12 millions de journées de travail perdues ». Le milieu agricole n’est pas épargné : « Les activités agricoles sont contraignantes. Les salariés travaillent dans des conditions pénibles qui, sur la durée, peuvent provoquer une réelle incapacité professionnelle. C’est pourquoi la MSA œuvre pour la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles. » Les manutentions manuelles, les chutes, les vibrations, les postures pénibles, les contraintes, le travail physique dur, les traumatismes, l’insatisfaction au travail, le stress… sont les facteurs de risques les plus couramment évoqués.

Huit personnes sur dix souffrent ou souffriront du dos

« Huit personnes sur dix souffrent ou souffriront du dos (douleurs dans la bas du dos, lumbago, sciatique, hernie discale, tassement discal). Plus d’un Français sur trois déclare avoir eu mal au dos dans l’année. Celui-ci est responsable de 110 000 arrêts de travail par an et leur durée moyenne est de 33 jours », déplore Pascal Bouguer, médecin du travail à la MSA. C’est pourquoi il conseille d’en « prendre soin et d’apprendre à l’économiser ». Quelques gestes simples permettent de le soulager : changer régulièrement de position, se lever, marcher et s’étirer. Il faut aussi « apprendre à mieux utiliser son corps, à se lever, à travailler debout, en hauteur ou près du sol, à porter des charges et à manipuler des outils ». Il recommande de « remplacer les efforts humains par des moyens mécaniques, d’utiliser les aides à la manutention, de s’organiser pour limiter les déplacements, de réaménager si nécessaire son espace de vie et son poste de travail, et de se former aux gestes et postures ».

La pratique d’exercices simples est conseillée

« Le dos est fait pour le mouvement : il doit bouger et travailler pour être en forme. Le plus souvent, c’est parce qu’il est trop peu ou mal sollicité qu’il est douloureux. Pour prévenir ce mal, il est donc primordial de maintenir une bonne condition physique générale en faisant de l’exercice. » Que la personne ait mal ou non, il recommande de « pratiquer des exercices simples pour étirer, tonifier et relaxer son dos, en demandant à un kinésithérapeute comment les effectuer ; et de pratiquer une activité physique régulière, douce et adaptée à ses possibilités, comme la marche, la natation, l’aquagym ou le vélo. Le sport, ça fait du bien, mais pas à haute dose. »

Conseils que donne également Jean-Pierre Meyer, chef du laboratoire de physiologie du travail à l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) de Nancy et spécialiste des lombalgies « qui représentent la moitié des affections touchant l’appareil locomoteur. » Depuis 1950, le nombre des lésions aux yeux, aux mains et aux pieds a diminué, tandis que celui des lésions au dos a augmenté. « Après une lombalgie, il ne faut pas avoir peur de bouger : ceux qui le font s’en sortent le mieux. Il faut bouger progressivement, sans attendre, et en douceur. Reprendre le travail avec un aménagement de poste. Rester actif pour éviter que la maladie ne devienne chronique. Il est important d’entretenir son système locomoteur, parce que marcher, c’est vivre. Bouger, c’est remettre en confiance, gérer sa douleur et sortir du cercle vicieux : douleur, inaptitude, immobilité. »

Réduire les contraintes liées à la manutention

Le risque de la manutention manuelle pour la santé se traduit essentiellement par des pathologies dégénératives du rachis ou des membres supérieurs, notamment des épaules. Emmanuelle Spiesser-Rohr, médecin du travail à la MSA de Maine-et-Loire, rappelle qu’il existe des normes en matière de manutention, notamment celles de l’Agence française de normalisation (Afnor), qui « classe la manutention manuelle en quatre zones de pénibilité : très forte (il est urgent de réduire les contraintes) ; accrue (une analyse ergonomique est nécessaire) ; acceptable pour la majorité des opérateurs ; acceptable pour tous les opérateurs ».

Les normes Afnor n’ont pas d’obligation légale, mais elles sont beaucoup plus pertinentes, car « elles prennent en compte le tonnage, les conditions de la manutention, sa fréquence, si la charge est portée, poussée ou tirée, si le port est occasionnel ou répétitif, sa durée, la distance parcourue, la hauteur de pose et de dépose, les caractéristiques de la charge (absence de prises, encombrement, charge non rigide…), les contraintes environnementales (température, bruit, éclairage, sol glissant, escalier…) et les contraintes d’organisation du travail (urgence, sans pauses, sans alternance de postes, en sous-effectifs, de nuit…) ». Ainsi, les recommandations de l’Afnor, prenant en compte l’ensemble des conditions de la manutention manuelle, sont un outil satisfaisant pour délimiter et analyser la pénibilité liée à ce risque.

La reconnaissance en tant que  maladie professionnelle

Deux autres aspects ont été abordés au cours de cette journée : la reconnaissance des maladies professionnelles et le renforcement de la prévention de la pénibilité.

Marie-Christine Migne, médecin du travail à la MSA de Maine-et-Loire, a expliqué la procédure de déclaration en maladie professionnelle et rappelé que dans le régime agricole, deux tableaux de maladies professionnelles concernant le rachis lombaires ont été créés en mars 1999. Ils concernent les affections chroniques provoquées par des vibrations de basses et moyennes fréquences transmises au corps entier (tableau n° 57) et celles provoquées par la manutention manuelle habituelle de charges lourdes (tableau n° 57 bis). Dans le Maine-et-Loire, depuis la création de ces tableaux, 99 exploitants ont fait une demande de reconnaissance de maladie professionnelle (70 au titre des vibrations et 29 au titre des charges lourdes) : 84 % ont été accordées et 16 % refusées. Les salariés ont déposé 133 demandes (79 dues aux vibrations et 54 dues aux charges lourdes) : 58 % ont été accordées et 42 % refusées.

Gabrielle Maradan-Cottez, inspectrice du travail, responsable de la section agricole à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), a présenté la loi du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites. Celle-ci a formalisé l’obligation de la prévention de la pénibilité au travail, en complétant les principes généraux de prévention et en précisant les compétences du CHSCT. Trois dispositifs sont prévus : assurer la traçabilité des expositions, en établissant les fiches individuelles de suivi des expositions aux risques ; permettre un départ à la retraite à 60 ans à taux plein sous certaines conditions ; négocier un accord ou établir un plan d’action d’entreprise ou de groupe, dont le but est de soustraire les salariés aux postes exposés à des facteurs de pénibilité ou de réduire leur exposition et ses conséquences. Le CHSCT est consulté sur l’exposition des salariés aux facteurs de pénibilité. Un accord se négocie avec les organisations syndicales. L’avis du comité d’entreprise est demandé sur le plan d’action.

Lire aussi :

Mal de dos en agriculture (1/7)

Deux entrteprises témoignent (3/7)

Les paysagistes font face (4/7))

Des gestes simples (5/7)

Attention aux vibrations (6/7)

Formation : le mouton file un bon coton (7/7)

 

Anne Pichot de la Marandais

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