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Handicap et accueil du jeune enfant : soutenir la créativité

Bébé pour appel à projets innovation/essaimage

© Thomas Vogel/iStock

En mars, à Bagnolet, un groupe de travail se réunissait sur le thème de l’accueil en milieu ordinaire du jeune enfant en situation de handicap. Il s’agissait, entre autres, d’échanger sur les différentes solutions soutenues par la MSA, de les valoriser et d’étudier les possibilités d’essaimage, dans le cadre de l’appel à projets innovation/essaimage 2e vague de la caisse centrale. Tour d’horizon.

La convention d’objectif et de gestion (COG) signée entre l’État et la CCMSA décline plusieurs objectifs dont le développement de l’offre d’accueil en direction des enfants de 0 à 6 ans. Cette offre doit être développée en priorité sur les territoires dépourvus et en prenant en compte les spécificités des ressortissants agricoles, qui cumulent parfois horaires atypiques et situation précaire. Afin d’inciter les porteurs de projets à faire preuve de créativité, une première vague d’un appel à projets a été lancée en janvier 2012, une deuxième vague en février 2014.

L’accueil des enfants en situation de handicap concerne également les ressortissants agricoles et revêt pour eux des difficultés d’accès accrues (isolement, éloignement des structures adaptées, horaires décalés…). Il a donc été admis que les projets qui prendraient en compte cette dimension et permettraient de rendre effectives ou d’augmenter les places dédiées aux enfants en situation de handicap et de favoriser leur accueil en milieu ordinaire, seraient recevables dans l’appel à projet dès lors qu’ils seraient accompagnés par une MSA.

L’enjeu est bien de favoriser l’accès effectif des enfants en situation de handicap à un mode d’accueil (individuel ou collectif) en milieu ordinaire partout sur le territoire comme y engage la loi de 2005. Un autre enjeu, et non des moindres, est aussi de ré interroger la qualité de l’accueil au sein des EAJE pour une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des enfants et de leurs familles, au-delà de la spécificité du « handicap ».

Landes (MSA Sud Aquitaine)

« Tralalère » joue la mixité

« Tralalère » ne fait pas de chichis. Depuis son ouverture en limite de zone forestière à Saint-Paul-lès-Dax en 2010, cette micro-crèche « mixte » a déjà accueilli dix enfants en situation de handicap. À savoir, à côté de petits issus du milieu ordinaire, des bambins présentant des traits autistiques, des déficiences sensorielles ou un retard mental, certains installés dans une coque ou en fauteuil roulant… Sur les neuf places ouvertes pour les 0/6 ans, trois sont réservées à l’accueil des enfants en situation de handicap. « Un dossier bien charpenté depuis le début », reconnaît volontiers Christian Gabotto, de la MSA Sud Aquitaine, accompagnatrice du projet.

À l’origine, trois professionnelles – une assistante sociale, une éducatrice spécialisée et une monitrice éducatrice – et une idée : appliquer la loi handicap du 11 février 2005. Donc jouer la carte de la mixité et s’en donner les moyens : du personnel recruté dans cette perspective ; une équipe composée de professionnels issus du champ du handicap et du secteur de la petite enfance ; des locaux adaptés et du mobilier spécifique pensés en collaboration avec un architecte, une psychomotricienne, un ergothérapeute, le service de la protection maternelle et infantile des Landes, entre autres ; des partenariats avec le centre d’action médico-sociale précoce (Camsp) de Dax, l’hôpital de jour infanto-juvénile, la maison landaise des personnes handicapées (MLPH)… La structure a pour vocation de permettre à la famille de confier son enfant de façon régulière ou pour de courtes périodes – deux ou trois heures – à des professionnels. La proximité avec le Camsp rend possible cette fréquentation sur quelques heures, car même si les enfants habitent loin, il y a possibilité de regrouper sur la même journée, les heures au Camsp et les heures d’accueil en structure.

« Tralalère » a été d’emblée identifiée comme « la crèche handicap ». « Ce qui lui a aussi permis d’obtenir des fonds de financement [Fondation de France, Fondation Ronald Mc Donald, mutuelle Chorum…] », note en contrepartie Christian Gabotto. « Mais la micro-crèche n’est pas un centre de soins », tient à recadrer Katia Illi, référente de « Tralalère ». Il s’agit plutôt de s’inscrire dans la continuité de la prise en charge de l’enfant engagée avec les autres structures spécialisées. Aujourd’hui, ce choix d’accueil ponctuel a une incidence financière. « Il pèse sur le budget », précise Katia Illi. Une solution est envisagée : augmenter le tarif horaire. Le prix de la différence ?

Bébé pour appel à projets innovation/essaimage 2

© iStock-druvo

Deux-Sèvres (MSA Sèvres-Vienne)

« Cap’Vers » file vers les horaires atypiques

« Cap’Vers », dont la MSA Sèvres-Vienne est partenaire*, s’est fixé des objectifs. Parmi eux : concourir à l’intégration sociale des enfants en situation de handicap ou de maladie chronique ; faciliter le quotidien de tous les parents, notamment ceux d’enfants « différents », en proposant un relais afin qu’ils puissent concilier vie familiale, professionnelle et sociale ; et offrir un accompagnement pluridisciplinaire aux enfants. Ce multi accueil, qui a ouvert ses portes à Échiré en 2012, présente la particularité de réserver un tiers de ses 23 places aux boutchoux en situation de handicap. Les deux autres tiers sont respectivement attribués aux communes d’Échiré, Saint-Gelais et Saint-Maxire, d’une part, aux entreprises locales, d’autre part.

Par ailleurs, « Cap’Vers » dispose d’un bureau médical. Il permet aux infirmières libérales de la commune ainsi qu’aux praticiens extérieurs (kinésithérapeute, psychomotricien, médecin…) de prodiguer sur place les soins et les exercices nécessaires à l’enfant. Ainsi, celui-ci n’a pas à changer de lieu plusieurs fois par jour. Il propose, en outre, un partenariat innovant pour les familles aux horaires de travail atypiques. Pour éviter que l’un des parents ne soit dans l’obligation de cesser son activité, un membre de l’équipe de la structure peut être employé en tant que garde à domicile, avant l’ouverture et après la fermeture du multi accueil.

« Pour équilibrer le budget, nous avons “vendu″ des places aux communes et aux entreprises », explique Elsa Labasor, initiatrice et directrice du multi accueil. Les places réservées pour l’accueil d’enfants en situation de handicap bénéficient, elles, de financement dans le cadre des fonds handicap. Deux mutuelles niortaises se sont positionnées comme mécènes : la Maaf, à hauteur de 5 000 € par an pendant deux ans ; la Maif, 30 000 € par an pendant la durée du CEJ (quatre ans). « Mais ces financements sont dégressifs ou précaires », déplore Elsa Labasor. La structure embauche huit personnes (6,33 équivalents temps plein).

* Une subvention de 20 000 € au démarrage. La MSA Sèvres-Vienne verse également la prestation de service unique (PSU) et est signataire du contrat enfance jeunesse (CEJ).

 

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