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    Handicap : la Chrysalide fait la différence

     

    Micro-crèche et handicap

    Andréa Nectoux, directrice adjointe de la micro-crèche de Toulon-sur-Allier. Une structure du milieu ordinaire qui se déclare prête à accueillir un enfant « différent » avec l’aide de la Chrysalide © Franck Rozé

    Dans le cadre de l’appel à projets innovation/essaimage de la caisse centrale, des initiatives pour favoriser l’accueil des jeunes enfants handicapés en milieu ordinaire ont été repérées. Comme le plateau technique itinérant la Chrysalide, développé dans l’Allier avec le soutien de la MSA Auvergne.

    Dans l’excellent film d’animation de Frédéric Philibert, Mon petit frère de la lune (1), une petite fille décrit d’une voix enrouée son quotidien auprès de son cadet, enfant autiste. « Mon p’tit frère, y va à la crèche, mais y joue pas avec les zaut’ zenfants. Il regarde en l’air… Comme toujours. »

    Pourtant, l’accueil des enfants handicapés de moins de 6 ans dans les structures collectives n’est pas franchement entré dans les mœurs. Seulement 1 % d’entre eux en bénéficiait, selon une étude menée en 2008 par la plate-forme nationale Grandir ensemble !

    L’intégration en milieu ordinaire pour ces enfants dits « différents » peut constituer un premier pas dans la socialisation. Pour certains, elle apparaît bénéfique – pour d’autres, elle ne l’est pas – l’essentiel étant de permettre le choix de ce mode d’accueil en l’adaptant. Car beaucoup de parents, en particulier des mères, sont contraints d’arrêter leur activité professionnelle pour s’occuper de leur enfant par manque de solution.

    Micro-crèche de Toulon-sur-Allier

    Dans la micro-crèche de Toulon-sur-Allier, à l’heure du goûter © Franck Rozé

    Devant l’épuisement maternel et le repli sur la sphère familiale, « de nouvelles réponses sont attendues », indique Corinne de Roover dans un mémoire de l’école des hautes études en santé publique (Ehesp) réalisé à la fin des années 2000. Sur son lieu d’étude, le bassin de Moulins, l’actuelle directrice adjointe de la crèche « À petits pas + » déplore un phénomène d’exclusion, malgré la loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Elle pointe un accueil en milieu ordinaire « aléatoire, désorganisé, ponctuel, [qui] dépend souvent de la volonté des directrices de structures d’accueil ».

    À cette époque, la MSA Auvergne s’empare de la problématique, forte d’une tradition d’action sanitaire et sociale en faveur du handicap et de sa représentation politique au sein des instances compétentes. Une étude de besoins est menée par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

    Dans le même temps, un partenariat innovant s’instaure entre la nouvelle micro-crèche « Au jardin des coccinelles » qui s’installe sur la commune de Trévol, dans l’Allier, et les services de l’association l’Envol. La micro-crèche sollicite l’Esat pour la préparation des repas, puis l’institut médico-éducatif (IME) « Clairejoie », situés également à Trévol, afin de bénéficier de l’aide de sa psychologue.

    Sept prises en charge signées à ce jour

    Une convention de partenariat est signée. La micro-crèche va devenir, de fait, une plateforme expérimentale en matière d’accueil de jeunes enfants en situation de handicap pour le projet en réflexion.

    A l’époque, la structure accueille une petite fille atteinte d’une malformation des voies urinaires. « Nous devions la sonder trois fois par jour », explique Claire Verrière, référente de la micro-crèche. Pour former le personnel, accompagner l’enfant et ses parents, l’IME fait intervenir ses professionnels.

    Cette expérience débouche sur la création d’un service dédié. Le 3 septembre 2013, la Chrysalide voit le jour au sein du service d’éducation et de soins à domicile (Sessad) de L’Envol. La Chrysalide prend la forme d’un plateau technique itinérant composé d’un médecin, du directeur de l’IME, d’une psychologue (coordinatrice du service), d’une infirmière, d’une éducatrice spécialisée et d’une auxiliaire de puériculture (2). Ce dispositif peut intervenir dans les crèches, les micro-crèches, les multi-accueils, les haltes garderies ainsi qu’auprès des assistantes maternelles du bassin de Moulins. Le projet est repéré par la caisse centrale de la MSA dans le cadre de la 1re vague de son appel à projets innovation/essaimage, parce qu’il répond à des besoins spécifiques et pourrait inspirer des projets similaires sur de nouveaux territoires.

    Micro-crèche et handicap 3

    De gauche à droite : Catherine Martel ; Anne-Marie Robin ; Brigitte Labruyère et Astrid Mc Carthy © Franck Rozé

    « La Chrysalide permet aux familles de pouvoir évoluer avec les enfants », indique Brigitte Labruyère, responsable de l’action sanitaire et sociale de la MSA Auvergne pour le site de l’Allier. Et c’est toujours un peu délicat. « Car on prend en considération la « différence » de l’enfant avant que celle-ci ne soit officiellement reconnue par la MDPH », explique Anne-Marie Robin, référent « famille enfance jeunesse » MSA de ce service. « Or il existe souvent un déni du handicap chez les parents », constate Astrid Mc Carthy, chargée de mission petite enfance à la CCMSA. Les professionnels du plateau technique ont souvent la difficile tâche de révéler ou de faire admettre le handicap. « Mais plus la prise en charge est précoce, plus on a de chance de changer le regard sur le handicap », souligne Catherine Martel, responsable de projets à la CCMSA.

    « On se sent toujours un peu démunis face au handicap »

    L’admission à l’accompagnement par La Chrysalide se fait sur demande écrite des parents auprès du service, et après décision d’une commission d’entrée. Sept prises en charge ont été signées à ce jour. Les interventions sont menées auprès des équipes des structures d’accueil, mais également auprès des familles et des enfants, plusieurs fois par semaine ou moins souvent jusqu’à l’autonomie. Elles permettent de lever « l’angoisse » (Anne-Marie Robin) des équipes face à la gestion du handicap. « On se sent toujours un peu démunis face au handicap », souligne Claire Verrière.

    Les structures d’accueil ont toutes été informées de l’existence de la Chrysalide. On souhaiterait maintenant qu’à l’instar de Sébastien Vergne, directeur de la micro-crèche « Les petits princes » de Toulon-sur-Allier, elles se déclarent également disposées à recevoir un enfant « différent », le cas échéant.

     

    (1) YouTube : « Mon petit frère de la lune », pour visionner l’intégralité du court-métrage.

    (2) Ce service est financé par l’ARS Auvergne, le conseil général de l’Allier, la CAF de l’Allier et la MSA Auvergne.

     

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