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Handisportez-vous bien !

Le club des sept organisateurs, âgés de 14 à 15 ans,

Le club des sept organisateurs, âgés de 14 à 15 ans, a remporté le premier prix des 13-17 ans de l’appel à projets jeunes (APJ) 2017-2018. © Alexandre Roger / Le Bimsa

Sept jeunes Isérois, lauréats de la 17e édition de l’appel à projets organisé par la MSA, ont mis une belle claque aux préjugés sur le monde du handicap, en organisant des olympiades handisport ouvertes à tous dans leur vallée. Quoi de mieux que le sport pour « casser les barrières » en réunissant valides et non valides ?

Samedi 8 juin, à Saint-Marcellin, dans l’Isère, sous un soleil de plomb, tous les regards sont tournés vers le terrain du gymnase de la Saulaie, où une légion de sportifs en fauteuil dispute un match très serré. Dans l’enceinte sportive, les sourires et les cris d’encouragement montent jusqu’au ciel. Toute la vallée semble vibrer au rythme des bras qui s’agitent sur des fauteuils roulants de “compète” adaptés à la vitesse. Le ballon qu’on tente de dérober à un adversaire coriace passe de main en main. Les joueurs ne se font pas de cadeaux. Ils manient leurs engins façon course-poursuite de cinéma avec dérapages contrôlés et crissements de pneus. Pas question de laisser filer le point de la victoire. Sur le goudron brûlant du terrain, impossible de distinguer le valide du non-valide et inversement. À la vue des spectateurs survoltés, pas de trace de handicap, simplement des corps en mouvement, de la sueur et des éclats de rire. Le hand-fauteuil est aussi intense que sa version sans roue. L’envie de gagner, la même. L’énergie grisante créée par la victoire, identique. Le goût de la défaite, non moins amer.

Sur le bord du terrain, Lou, Anaëlle, Lison, Mathys, Ewan, Jules et Loup-Tchak, élèves en 3e au collège Raymond-Guelen de Pont-en- Royans, village situé à vingt minutes de route de là, veillent au grain. Attentifs à chaque détail pour que les olympiades handisport qu’ils ont mis sur pied se déroulent sans fausse note. Pour les jeunes, la tension ne baissera que le soir venu, à la fin du concert de rap clôturant l’événement, un spectacle bilingue, voix et langue des signes, qui se terminera tard dans la nuit dans une ambiance empreinte d’émotion et de grâce.

La sarbacane adaptée permet de regrouper valides et personnes en situation de handicap sur le même pas de tir. © Alexandre Roger / Le Bimsa

« Au fil du temps, on s’est pris au jeu. On ne pensait pas que ça allait prendre une telle fampleur », assurent-ils en cœur. « À certains moments, on se voyait jusqu’à trois fois par semaine pour préparer l’événement. On a même convaincu David Smetanine, médaillé d’or aux Jeux paralympiques de Pékin et ambassadeur du sport pour le département de l’Isère, d’y participer », annoncent-ils fièrement.

Ces jeunes Isérois sont du genre ambitieux. Alors, quand, il y a quelques mois, « Les Sept », comme ils se surnomment, décident de mettre sur pieds des olympiades handisport, ils ne se laissent pas troubler quand, dans la cour de récréation, certains camarades les regardent d’un air mi-amusé mi-navré : « Quelle drôle d’idée de s’intéresser à des handicapés… » 

Favoriser l’intégration

« Entre ceux qui ne comprenaient pas forcément nos motivations et d’autres plus âgés qui ne nous prenaient pas au sérieux, il ne fallait pas se décourager », prévient Ewan. Sûrs d’eux, ils n’ont que faire des blasés et des aigris… « Nous avons déjà participé à plusieurs stages ou séjours avec des jeunes en situation de handicap et des liens se sont créés. » Un voyage dans la Drôme avec des sourds et de jeunes malentendants de la région, un autre à Turin avec d’autres jeunes de l’institut médico-éducatif la Providence, ainsi qu’un stage de cirque, ont fini de les persuader qu’ils pouvaient aller plus loin en organisant un événement sportif.

Le cécifoot

Il s’agit d’une adaptation du football. © Alexandre Roger / Le Bimsa

Le cécifoot se joue avec un ballon sonore.

Le cécifoot se joue avec un ballon sonore…

 

« Aujourd’hui, avec ces olympiades handisport, nous souhaitons sensibiliser le plus grand nombre au monde du handicap, lutter contre les discriminations et favoriser l’intégration de tous. » Ils savent, eux, très bien que le handicap fait partie de la vie. « Un de nos professeurs est en fauteuil et ça ne change rien à sa capacité d’être un excellent enseignant. » 

À leur actif, une pluie de récompenses. Le projet a notamment obtenu le 1er prix dans la catégorie des 13-17 ans de la 17e édition de l’appel à projets jeunes (APJ) organisé par la MSA et le prix spécial Solidel, réseau pour les travailleurs handicapés du secteur agricole et des territoires ruraux (MSA Alpes du Nord). La cérémonie nationale de remise des prix a eu lieu le 3 mars au Salon de l’agriculture à Paris. Ils sont repartis avec un joli chèque qui a contribué à faire de cette journée une réussite.

Cet après-midi, la découverte du sport adapté est au programme : hand-bike, hand-fauteuil, foot béquille, cécifoot, sarbacane, aïkido, tir à la carabine sonore, torball, relais à l’aveugle, vélo couché ou encore biathlon sont quelques-uns des sports que le public — venu nombreux — peut découvrir en version adaptée. À chaque fois, les clubs sportifs de la région ont amené leur matériel et leurs champions, comme Camille Lozé, vice-présidente de Vercors handisport et vice-championne de France de ski de fond et de biathlon, qui est là pour initier les visiteurs à ses sports de prédilection. « Je ne me suis jamais mis de limite, explique-telle tout sourire. Je n’ai jamais vécu coupée du monde. Je ne me suis jamais dit que la vie est pourrie. Bien au contraire. On peut vivre à la montagne en étant en situation de handicap, avoir un travail et y pratiquer du sport de haut niveau. J’en suis la preuve. »

Un peu plus loin, Christophe, du club d’aïkido de Saint-Marcellin, initie une jeune autiste à son art martial. « Nous avons de plus en plus de demandes de personnes en situation de handicap car nous sommes une discipline qui intègre. Une voie qui permet à chacun, handicapé ou non, de se connaître et de travailler sur lui-même », explique-t-il.

L'ensemble de la journée était traduite en langue des signes.

L’ensemble de la journée était traduite en langue des signes. © Alexandre Roger / Le Bimsa

Thomas Grindatto, responsable du secteur adolescents à Saint-Marcellin Vercors Isère communauté

Thomas Grindatto, responsable du secteur adolescents à Saint-Marcellin Vercors Isère communauté.

 

« Notre objectif est d’accompagner les ados dans leurs projets collectifs, pour qu’ils deviennent pleinement acteurs de leur vie, et de les encourager dans leur apprentissage de l’autonomie et de la citoyenneté », assure Thomas Grindatto, le responsable du secteur adolescents à Saint-Marcellin Vercors Isère communauté. Mission accomplie ! L’animateur est mis à disposition de l’association Espace anim’ de Pont-en-Royans où il a oeuvré au côté des adolescents tout au long de l’année pour faire de ce projet une réussite.

Le torball

Le torball respecte les règles établies par l’Association des sports pour non-voyants (International Blind Sport Association). © Alexandre Roger / Le Bimsa

« Pour que tout ce que les jeunes ont construit reste sur le territoire, une malle pédagogique a été conçue. Elle servira aux différents centres de loisirs du secteur pour préparer des activités handisport avec les enfants qu’ils encadrent. »

vue de PONT en royans

Les sept jeunes organisateurs sont originaires de Pont-en-Royans, joli village isérois. © Alexandre Roger / Le Bimsa

Dans cette malle aux trésors version sport adapté, on trouve tout l’équipement pour l’activité torball, des ballons sonores mais aussi des sarbacanes, et tout ce qu’il faut pour organiser des matchs de foot à l’aveugle. Mais le vrai trésor reste bien, ici, l’énergie des organisateurs et la volonté de tous les acteurs, associatifs, élus et personnes en situation de handicap ou non. Toute une vallée unie pour faire de cette journée un succès. Il y aura une édition 2019 des olympiades handisport.

Le foot béquille ou football pour amputés est reconnu par la Fifa.

Le foot béquille ou football pour amputés est reconnu par la Fifa. © Alexandre Roger / Le Bimsa

« Les sept » ont commencé à écrire, avec l’aide de leur animateur, une histoire appelée à durer et qui continuera à s’écrire sans eux. La prochaine édition sera plus aquatique avec un médaillé d’or de natation pour parrain. Cela tombe presque sous le sens.

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Alexandre Roger

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