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Innover pour une retraite autonome La journée nationale interrégimes du bien-vieillir (1/2)

© Jérémy Lemière

Cette année, direction Bordeaux, le 7 juillet, pour la journée nationale interrégime des caisses de retraite. La 4e édition de l’événement, qui regroupe la Cnav, la MSA, la CNRACL et le RSI, donne une nouvelle impulsion à la coopération entre ces organismes.

Pour les caisses de retraite, la journée nationale interrégime du bien-vieillir permet de célébrer les actions communes mais aussi de dessiner les contours des actions de demain.

Pour lancer la journée d’échanges, Jacques Feuillerat, président de la Carsat Aquitaine, a partagé son plaisir d’accueillir l’événement et s’est permis de citer Victor Hugo pour décrocher des applaudissements nourris : « La fraternité est une idée humaine, la solidarité est une idée universelle. » Et de rappeler : « Le vieillissement de la population est un enjeu crucial pour notre société. Nous devons continuer à développer la Silver économie. » Le tableau est dressé.

Le sens de la marche

Depuis plusieurs années maintenant, les caisses de retraite se sont alliées pour préparer puis mettre en application la loi pour l’adaptation de la société au vieillissement (ASV). Cela se traduit notamment par des actions menées en interrégime. Gauthier Caron-Thibault, conseiller du directeur national de l’action sociale de la Cnav, en maître de cérémonie le rappelle en introduction de la première table ronde : « Nous devons toujours innover et nous interroger sur la perte d’autonomie. Face à cette tâche, nous devons nous unir en interrégime mais aussi avec les partenaires extérieurs. » Des propos auxquels adhère Albert Lautman, directeur de la Mutualité française : « Nous sommes très attachés à la sécurité sociale et nous voulons participer à cet effort interrégime. J’ai la conviction que, quand chacun réalise des actions de son côté, l’impact est moins important que lorsqu’on le fait ensemble. » 

De son côté, Bertrand Fragonard, président du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, souligne que « la loi ASV a changé beaucoup de choses dans le domaine de l’accompagnement au vieillissement. Elle permet de mettre en place une politique de prévention globale – comme l’aide aux aidants – qui doit s’ancrer dans les territoires avec les partenaires. On peut citer l’importance ces derniers temps de la conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie (CFPPA), implantée dans de nombreux territoires. Ces conférences montrent qu’avec le savoir de tous, on peut mettre en place des actions partagées essentielles ». Il semble avoir raison, puisque ce dispositif coordonne de nombreuses actions dans chaque département.

L’Aquitaine, territoire novateur

Marc Héliès, directeur de la MSA Sud Aquitaine et représentant de l’interrégime sur ce territoire, vient d’ailleurs étayer ces dires en soulignant plusieurs initiatives soutenues par la conférence des financeurs : « Nous avons noué de nombreux partenariats, notamment avec la Mutualité française. Et les actions mises en place ont souvent été soutenues par la conférence. On peut citer les ateliers nutrition, la prévention des chutes, la stimulation cognitive ou encore, plus récemment, des ateliers à l’adaptation du logement. »

Marc Héliès, directeur de la MSA Sud Aquitaine

Autre action soutenue par la CFPPA sur le territoire aquitain : le dispositif d’accompagnement au numérique. Cela se traduit par le déploiement de 500 tablettes dans toute la région, avec des ateliers pour apprendre à s’en servir, et le bus numérique qui s’arrête dans les villages aquitains pour apporter les bases de l’informatique à tous.

Loin d’être une exception française, la perte d’autonomie engendre également des projets d’ordre international. Parfois avec difficulté. Arnaud Senn, de la commission européenne, rappelle notamment que les financements de l’Europe sont souvent limités dans le temps et il peut être difficile de mener un projet sur une longue période : « Ce n’est pas pour cela qu’il faut faire sans ces financements », rappelle Arnaud Senn. Plus globalement, la coopération entre les pays peut se limiter à l’échange de bonnes pratiques : « De nombreux projets sont transférables dans d’autres Etats européens. »  

Toi, toit, mon toit

Le logement des seniors représente un enjeu crucial dans la lutte contre la perte de l’autonomie. Et la réponse peut se trouver dans les lieux de vie collectifs. Aujourd’hui, on trouve des résidences autonomie, des résidences services ou encore des habitats alternatifs (participatif, regroupés…). « On va désormais au-delà de la vision binaire qui veut que l’on choisisse entre le maintien à domicile ou l’installation dans un établissement spécialisé », affirme Bruno Lachesnaie, directeur du développement sanitaire et social à la CCMSA, pour lancer la conférence sur le logement des seniors.

Même si la majorité des Français souhaite vieillir et mourir chez elle, cela reste parfois impossible à cause de la perte d’autonomie, par exemple. L’Ehpad est souvent considéré comme la dernière solution pour les seniors. Il faut donc trouver une autre solution, comme l’habitat collectif. Antoine Gérard, sociologue, a réalisé une enquête auprès de personnes vivant dans ce type d’établissement : « 90 % des résidents  interrogés se sentent chez eux. Ils peuvent amener certains de leurs meubles et ces éléments rappellent la maison et sont importants pour les aider à se projeter. » Les Marpa, exemple d’habitat collectif, proposent à leurs locataires des animations pour que tous se retrouvent et évitent de rompre le lien social : « Nous essayons d’apporter un équilibre à nos résidents en répondant à leurs envies, notamment en termes d’activités », confirme Patricia Saget-Castex, présidente de la fédération nationale des Marpa.

Autour de la table, Pierre-Marie Chapon, géographe, rappelle que la construction d’un logement collectif doit avant tout répondre à une logique territoriale : « Avant de construire ce genre de structure, il est nécessaire de dresser un diagnostic pour connaître les besoins de la population. Malheureusement, certains établissements se construisent dans des zones où la demande n’est pas assez forte. » Avant d’ajouter que, demain, les situations seront peut-être différentes : « Le véritable enjeu sera de gérer et de prévoir le changement démographique sur le long terme. »

Les caisses de retraite se retrouveront dans deux ans pour faire le point sur l’action interrégime et sur les directions à prendre en faveur du bien-vieillir. Le RSI n’en fera peut-être plus partie, comme l’a sous-entendu le président du régime des indépendants d’Aquitaine : « Nous sommes en train de terminer notre mission. » Mais les chantiers seront encore nombreux. Bertrand Fragonard liste, entre autres, « une meilleure détection des plus vulnérables, des aidants plus soutenus, une consolidation des financements ou encore une amélioration des conditions de travail du personnel ». Le tout dans un contexte politique pas toujours favorable. L’interrégime sait où il va, s’en donne les moyens et continuera à faire du bien-vieillir un enjeu majeur de notre société.

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Seniors testeurs. En marge des conférences de la JNI, un village d’innovations permet aux participants de connaître les nouveautés en matière de bien-vieillir. Un groupe de seniors de Gironde a pu faire la visite.

Jérémy Lemière

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