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« La maladie n’a pas de date » Un réseau de mutuelles pour les cotonculteurs burkinabè (6/7)

Karim Traore, président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB)

Karim Traore, président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB). © Gildas Bellet

Interview de Karim Traore, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB).

Quelle est l’importance de la filière coton dans l’économie du pays ?

Le coton est toujours la première culture agricole d’exportation et la première source de revenu pour l’économie du Burkina Faso. Dans le PIB, il compte pour près de 40%. Le coton constitue la principale locomotive pour les agriculteurs du pays. Ici, nous ne pratiquons pas la monoculture mais une culture de rotation. Pour être un grand producteur, il faut cultiver du coton. La scolarisation, la santé, la sécurité alimentaire sont meilleures dans les zones cotonnières qu’ailleurs dans le pays.

Comment la filière s’est-elle structurée ?

Les producteurs se sont organisés d’abord pour des raisons économiques. Auparavant, il y avait des groupements villageois rassemblant tous les agriculteurs du village, qu’ils soient éleveurs, maraîchers… Les cotonculteurs se sont ensuite organisés seuls. à partir de 1996-1997, les groupements des producteurs de coton (GPC) se sont mis en place. Et le 15 avril 1998, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB) a été constituée. Celle-ci a construit des plans – triennaux d’abord, puis quinquennaux – notamment pour concourir à l’amélioration de la productivité, renforcer les capacités de la filière et assurer ainsi de meilleures conditions de vie aux producteurs. Cette amélioration des conditions de vie passe aussi par la bonne santé, d’où l’engagement de la faîtière pour contribuer à assurer la santé des producteurs et de leurs familles afin de sécuriser la production. Son implication dans la création du réseau de mutuelles de santé en est une illustration et a permis de développer la solidarité entre les producteurs.

Ceux-ci disposent de revenus annuels et non pas mensuels. Il leur est difficile de pouvoir planifier leurs ressources mensuelles. Après une campagne, ils vont investir, essayer d’acheter des accessoires, du matériel agricole, voire s’ils sont mal logés, construire une maison. Ces dépenses vont monopoliser leurs revenus et, dans les périodes où un membre de la famille tombe malade, ils auront des difficultés financières pour l’amener à l’hôpital et régler les soins. Ils n’arrivent pas à épargner pour faire face au coût des soins modernes. C’est pourquoi les mutuelles de santé ont été bien reçues et appréciées ; en effet, elles permettent à leurs membres d’avoir accès à la santé à tout moment. Une avancée essentielle car la maladie n’a pas de date. Pour l’UNPCB, les mutuelles sont devenues indispensables et obligatoires, projet qu’elle a pris à bras le corps.

L’organisation de l’UNPCB en a-t-elle facilité la création ?

De par sa structuration, cela a pu faciliter la mise en œuvre du programme. Mais, d’une manière générale, pour introduire toute idée nouvelle auprès de la population, un important travail est à faire. De prime abord, les gens ne comprennent pas et des résistances apparaissent, qui amènent des difficultés de mise en œuvre du projet ou du programme qui a été planifié. La résistance à la nouveauté laisse les gens sur la défensive. Et pas uniquement pour les questions de santé. Dans le cas des mutuelles, la population peut se demander pourquoi les gens partagent de l’argent, ce qu’il y a derrière cette organisation. Mais aujourd’hui, même si les objectifs initiaux n’ont pas été atteints à 100%, nous sommes très satisfaits des résultats obtenus.

Quels effets sont observés à la suite de la création des mutuelles ?

Déjà un impact sur les membres qui sont devenus des mutualistes. Ils ont de ce fait aujourd’hui un accès aux centres de santé. S’ils se sentent malades – cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils le sont –, ils peuvent envisager de se rendre au centre de santé parce qu’il y a désormais une facilité et la compréhension du système mis en place. Du fait de l’existence des mutuelles – le coût de la consultation est pris en charge et les traitements sont moins chers –, ils fréquentent plus les centres et arrivent ainsi à maintenir leur santé.

Au niveau des départements, on observe que d’autres personnes sont intéressées par ce système, et même si elles ne sont pas productrices de coton. Les voisins ont vu que l’organisation était bonne. D’autres départements que celui dans lequel les mutuelles ont été créées en ont besoin ; l’UNPCB souhaite donc étendre ce projet.

L’expérience pilote a été réalisée : nous avons constaté les actions positives, tout autant que les difficultés de mise en œuvre et nous en avons tiré des leçons. Ces leçons tirées de l’expérience vont nous permettre de voir comment nous allons étendre les mutuelles de santé à d’autres zones. Tout cela montre l’impact positif d’un projet qui représente une concrétisation de la vision qu’avait l’UNPCB pour la santé des membres. Celui-ci nous a permis d’avancer et d’avoir des perspectives d’avenir par rapport aux soins de santé pour les producteurs de coton.

Quel est votre regard sur le partenariat avec la MSA ?

L’appui proposé par la MSA et le financement par l’Union européenne pour la création de nouvelles mutuelles ont été accueillis avec enthousiasme par l’UNPCB. La MSA est un partenaire qui a beaucoup d’expertise par rapport aux mutuelles de santé et par rapport à l’Afrique. Nous avons donc été bien épaulés. La nôtre est courte ; nous avons besoin d’un appui et de profiter de cette expérience et de cette antériorité ; je pense donc que toujours nous resterons en partenariat. Grâce à celui-ci, nous avons pu surmonter les difficultés rencontrées et mettre en place un système qui repose sur une valeur culturelle forte : la solidarité.

 

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Gildas Bellet

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