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La MSA se bouge pour les jeunes ruraux

Table ronde sur l’accompagnement des jeunes avec la participation de Bertrand Coly (CESE), de la MSA et de membres de réseaux associatifs partenaires. © Franck Rozé / Le Bimsa

Agents de direction, responsables de l’action sanitaire et sociale, administrateurs centraux et élus de la MSA se sont retrouvés le 31 mai à la caisse centrale, pour une journée consacrée à l’accompagnement des jeunes. L’occasion de faire le bilan des initiatives engagées, de partager les expériences et d’évoquer l’avenir des jeunes qui vivent en zone rurale. Zoom sur trois projets porteurs d’espoir.

Ils sont 1,6 million de jeunes entre 15 et 29 ans à vivre en campagne. Attachés à leur environnement, ils sont confrontés à plusieurs freins. La MSA souhaite renforcer son accompagnement auprès d’eux. Le rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2017 sur la place des jeunes dans les territoires ruraux a permis de mieux cibler leurs attentes. Depuis de nombreuses années, les MSA en région et leurs partenaires s’activent à ne pas les laisser sur le bas-côté, en travaillant sur des thèmes comme la confiance en soi, le mieux vivre ensemble ou l’entrée dans la vie active.

Créer de la confiance en soi

En Charentes, le mieux-être des jeunes a été mis en avant par des ateliers créés en 2007 avec le centre information jeunesse (CIJ) d’Angoulême et les maisons familiales rurales (MFR) du territoire. Un diagnostic réalisé en 2006 dans deux MFR sur 191 élèves a révélé des chiffres préoccupants sur la dépression et les comportements à risques : 16 % d’entre eux ont en effet vécu un épisode dépressif, 35 % ressentaient un mal-être important et 30 % avaient même déjà eu des idées suicidaires… La MSA et le CIJ ont alors travaillé avec les équipes pédagogiques et une compagnie théâtrale pour mettre en place une action de promotion du bien-être.

Pour éviter les discours normatifs, dont les adolescents sont saturés, ils ont imaginé une activité ludique : des ateliers de techniques théâtrales permettant de favoriser le développement de compétences psycho-sociales (aptitudes essentielles au développement et au maintien du bien-être). L’idée est d’expérimenter et verbaliser les concepts relatifs au bien-être par des exercices d’expression orale et corporelle. Chaque séance, d’une durée de 1h30, était évolutive, s’adaptant au groupe, aux situations, aux émotions de chacun, et axée sur la connaissance, la confiance et le respect de soi, et des autres.

Les élèves ont suivi un cycle de cinq séances sur leur temps scolaire s’intégrant dans un projet pédagogique. Les participants ont été interrogés avant et après pour évaluer leur évolution et leurs éventuels changements de comportement. La plupart ont signifié leur satisfaction : ils se sont découverts de nouvelles capacités et ont progressé dans leurs aptitudes psycho-sociales.

Mieux vivre ensemble

En Marne Ardennes Meuse, un projet ambitieux est né en 2012 : « mieux vivre ensemble, plus de respect, moins d’incivilités » sur la communauté de communes de l’Argonne champenoise (13 000 habitants) avec 10 écoles, 1 collège et plus de 550 élèves. Après des situations de harcèlement au collège Jean-Baptiste-Drouet à Sainte-Ménehould en 2011, une convention partenariale a été signée pour quatre ans avec notamment le ministère de l’Éducation et les associations de parents. Elle a été renouvelée en 2016 avec deux nouveaux partenaires, la communauté de communes et l’action sociale de la CAF.

Objectif : apporter un soutien et des outils aux parents et aux professionnels ; développer les compétences psycho-sociales des enfants et des jeunes après une formation des intervenants ; continuer à réduire les formes d’incivilité et étendre le projet sur l’ensemble du territoire. Des ateliers pour les jeunes ont été organisés : 13 séances sur les centres de prévention du suicide pour les élèves de 6e ; 13 séances sur la gestion positive des conflits pour les 5e ; une formation à la médiation pour les élèves volontaires, permettant la mise en place d’un dispositif au sein du collège. Parallèlement, deux comédies musicales ont été organisées avec les élèves de l’école Robert-Lancelot, deux débats-théâtre, et deux groupes de jeunes ont été récompensés dans le cadre de l’appel à projet jeunes de la MSA.

Du côté des parents, plusieurs possibilités s’offre à eux : participer à des commissions de travail, se former pour intervenir auprès des collégiens ou pour animer des ateliers de parents d’ados organisés avec les Reaap (réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents). Des « ateliers des parents » du Dr Sophie Benkemoun (trois ateliers de parents d’ados, deux ateliers 6-12 ans, et deux ateliers 0-6 ans) ont eu lieu. Ces rencontres leur ont permis de repartir avec des outils, d’être sensibilisés et surtout rassurés et accompagnés. Un fonds documentaire à destination des familles et des enfants a également été créé à la médiathèque, ainsi qu’une ligne téléphonique « Allô parents j’écoute ? ». La prochaine étape consistera à réaliser une évaluation et renforcer l’implication des enseignants.

Des élèves de la maison familiale rurale de Flixecourt (Somme) ont participé, en février, au forum Entrée dans la vie active. © Alexandre Roger / Le Bimsa

Entrer dans la vie active

Du côté de la Picardie, c’est un projet issu du partenariat entre le service social de l’Afasec, l’école des courses hippiques de Gouvieux, et le service de l’action sociale de la MSA, qui a été mis en avant lors de la journée du 31 mai. Confrontés très jeunes à la vie active (à partir de 16 ans) et formés dans le cadre sécurisant de l’école, ces élèves manquent d’autonomie dans la gestion de leur quotidien à la fin de leurs études. Un manque qui peut les amener à se retrouver dans des situations complexes : rupture de droits lors de leur entrée dans la vie active, problématiques administratives lors de la survenue d’accident de travail, méconnaissance des organismes pouvant les accompagner dans leurs démarches administratives ou encore gestion budgétaire difficile. 

Des ateliers thématiques ont ainsi été mis en place en 2011 pour les sensibiliser et échanger sur leurs questionnements et leurs besoins. Objectifs : appréhender le fonctionnement de la Sécurité sociale et de la MSA, informer sur les droits et prestations, les démarches liées au logement, à la santé et au budget, connaître les interlocuteurs à solliciter en fonction des thématiques. En 2015, ces ateliers sont réunis sous la forme d’un forum, « EVA » (entrée dans la vie active), plus efficace, et en 2017, il est adapté pour les jeunes des MFR. Ludique, plusieurs animations permettent d’intéresser facilement les élèves, comme le jeu « Kijoulou », conçu par des travailleurs sociaux d’Emmaüs Solidarité, qui porte sur le thème du logement, ou ce Trivial Pursuit adapté pour apprendre à gérer son budget. Des jeux de rôle sont également utilisés.

En 2018, 220 jeunes du CAP au BTS ont déjà participé à trois forums EVA, dont 160 élèves en MFR et 60 du monde hippique. Interrogés à la fin des journées, les jeunes ont donné de nouvelles idées de sujets à aborder. Un projet réussi grâce à l’implication forte des établissements dans l’organisation et la présentation en amont aux jeunes, et l’animation en binôme avec un travailleur social / formateur et un enseignant de l’établissement. Prochaine étape : l’élargissement aux jeunes des lycées agricoles.

Des exemples concrets qui démontrent le travail effectué sur le terrain par les équipes des caisses de MSA auprès de ces jeunes ruraux. La MSA ne compte pas s’arrêter là, puisqu’elle réfléchit à une nouvelle offre jeunesse, notamment le développement d’une offre globale tournée vers la prise d’autonomie, la santé et la consolidation des liens entre jeunes et territoire.

Marie Molinario

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