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Là où naissent les passions Logement en milieu rural (2/6)

L’envie de se rapprocher de la terre a poussé Julien et Marie à se réorienter vers l’agriculture. L’appel à projets sites habitat est tombé à point nommé pour leur projet de vie.

L’envie de se rapprocher de la terre a poussé Julien et Marie à se réorienter vers l’agriculture. L’appel à projets sites habitat est tombé à point nommé pour leur projet de vie. © Jérémy Lemière/Le Bimsa

L’Etxalte Lab, ou la ferme test, permet aux jeunes agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques de mettre en pratique leurs connaissances théoriques. Avec un logement et des terres mises à disposition, les futurs paysans testent leur envie d’installation et, grand luxe, se donnent le droit à l’erreur. Erreportaia (1).

« C’est mille euros la photo ! », prévient Julien, braqué par l’appareil photo. L’agriculteur de 34 ans a le verbe facile. Et pas seulement pour blaguer. Sur « sa » ferme, le tour de la parcelle ne se fait jamais en moins d’une heure. Il aime prendre le temps de détailler ses cultures, d’expliquer son mode de production, de raconter des anecdotes. Pas de doute, l’agriculture est une passion pour lui. S’il peut en être certain aujourd’hui, c’est en partie grâce à l’expérimentation de l’Etxalte Lab, ou ferme test,  à laquelle il participe avec son amie Marie. Depuis le mois de mars, c’est à Charritte-de-Bas, en pays de Soule-Xiberoa, qu’ils cultivent trois hectares de terres qui leur sont prêtées jusqu’en décembre 2018. « Cette ferme permet à des jeunes non issus du milieu agricole d’endosser le statut d’exploitant. On leur prête le terrain, le matériel agricole et le corps de ferme. À eux de s’occuper des cultures et de leur commercialisation », explique Marie-Claude Fillâtre, responsable du pôle ingénierie sociale de la MSA Sud-Aquitaine, partenaire du projet.

Un temps pour affiner son projet d’installation

Pour le moment, le couple a installé un mobile-home sur la ferme. La rénovation du bâtiment tarde et pourrait n’être disponible qu’après le départ des deux premiers couvés. « Tant pis ! », lâchent-ils sans disserter. Pour eux, le plus important reste l’expérience professionnelle. Car, éloignés du milieu agricole, ils ont dû suivre des formations (brevet professionnel responsable d’atelier de production horticole pour elle, brevet professionnel responsable d’exploitation agricole pour lui). Un parcours qui n’assure pas le succès d’une installation : « Sans investissement important à rembourser, la pression est beaucoup moins forte. Si l’on fait une erreur sur une de nos productions, ce n’est pas trop grave », rapporte Marie.

La rénovation du logement de la ferme prend du temps mais à terme, elle permettra aux couvés d’être en situation d’autonomie complète pour se tester en tant qu’exploitants. © Jérémy Lemière/Le Bimsa

La rénovation du logement de la ferme prend du temps mais à terme, elle permettra aux couvés d’être en situation d’autonomie complète pour se tester en tant qu’exploitants. © Jérémy Lemière/Le Bimsa

Et ce droit à l’échec, le couple d’agriculteurs pourra l’user pendant plus d’un an encore. Un temps nécessaire pour économiser, mais aussi pour affiner son projet d’installation : « En six mois, on compte déjà quelques erreurs d’organisation. Par exemple, on avait tablé sur un chiffre d’affaires trop important », concède Julien. Les deux couvés apprennent donc à développer leur activité commerciale : vente de paniers, approvisionnement de restaurant et vente au marché. Et avoir une clientèle dans la province de la Soule encourage l’installation définitive sur le territoire. C’est en tout cas ce que souhaitent les institutions locales (voir plus loin).

L’enjeu est de taille dans les Pyrénées-Atlantiques, un département très agricole qui enregistre le plus grand nombre annuel d’installations. « On compte tout de même une quinzaine d’exploitations stoppant leur activité tous les ans », tempère Jean-Pierre Apecarena, vice-président de la MSA Sud Aquitaine (3e collège), venu en professionnel sur la ferme des néo-agriculteurs. Et pour endiguer ce phénomène, ce projet de territoire est promis à s’étendre dans les prochains mois.

Une deuxième Etxalte Lab

Après Charritte-de-Bas, c’est la commune d’Etchebar qui devrait accueillir courant 2018, une Etxalte Lab. Le corps de ferme étant moins délabré, les couvés pourront rapidement s’y installer. Mais avant cela, les candidats à l’installation devront présenter leur projet devant l’association Trebatu (2) qui gère l’espace test et accompagne les porteurs de projets. C’est d’ailleurs devant le comité de cette société coopérative d’intérêt collectif (Scic), véritable promoteur de l’installation en agriculture en Pays Basque, que Marie et Julien avaient présenté leur projet d’exploitation maraîchère bio : « On a appris l’existence de l’appel à projets sites habitat tardivement, mais trois mois plus tard, on passait devant la commission. C’est une super expérience de bâtir un dossier seuls pour justifier ses qualités et sa faisabilité. C’est ce que nous devrons faire devant les banquiers quand on s’installera », anticipent-ils.

Etxalte Lab, ferme test dans les Pyrénées-Atlantiques

© Jérémy Lemière/Le Bimsa

L’expérimentation en est seulement à ses débuts mais elle témoigne de la force du tissu économique et social de la région. Pour mettre sur pied l’initiative, la communauté d’agglomération du Pays Basque s’est rapprochée de nombreux partenaires économiques et sociaux de la région, comme la MSA, la Safer, ou encore Soliha. C’est d’ailleurs cet organisme qui s’occupe de la rénovation des lieux d’habitation.

Le confort de la couveuse

À terme, la ferme de Charitte-de-Bas proposera deux appartements de 78 et 43 mètres carrés. Une disposition qui permettra à un couple ou à deux agriculteurs de s’installer. « Avec la mise à disposition du logement, nous souhaitons proposer une ferme clés en main à nos couvés. Qu’ils ne s’occupent que de leurs cultures », explique Michel Etchebest, vice-président de la communauté d’agglomération du Pays Basque. Nul doute qu’ils seront nombreux à postuler, tant l’expérience peut être enrichissante : « Je trouve cette initiative géniale, s’exalte Julien. J’ai envie de retourner au CFA où j’ai suivi les formations pour dire à chaque étudiant d’essayer de trouver une couveuse. » Enthousiaste, le couple d’agriculteurs va « continuer d’apprendre » et mettre toutes les chances de son côté pour quitter le confort de la couveuse et valider une installation, comme des grands, dès janvier 2019. Zorte ona izan ! (3)

(1) Reportage en basque.
(2) S’aguerrir en basque.
(3) Bonne chance en basque.

 

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Jérémy Lemière

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