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Le bon Grain du numérique

Forum sur l'inclusion numérique à Olonne-sur-Mer (Vendée) - Pour les acteurs du territoire de la Vendée qui ont créé le Grain (Groupement de recherche et d’action sur l’inclusion numérique), il est essentiel de « mieux intégrer les citoyens dans la société grâce au numérique ». © Frédéric Fromentin/Le Bimsa

Pour les acteurs du territoire de la Vendée qui ont créé le Grain (Groupement de recherche et d’action sur l’inclusion numérique), il est essentiel de mieux intégrer les citoyens dans la société grâce au numérique. © Frédéric Fromentin/Le Bimsa

« Comment développer l’autonomie numérique des citoyens vendéens qui n’ont pas accès à l’informatique ou ne sont pas à l’aise avec ces nouveaux outils ? » Le 27 septembre, à Olonne-sur-Mer, le collectif Grain a placé cette question au centre du Forum 85 sur l’inclusion numérique.

Le numérique, tu l’aimes ou tu t’exclus. La décision gouvernementale de passer, d’ici 2022, au tout numérique pour les documents administratifs (la dématérialisation) pourrait laisser sur le carreau 20 % des Français : ceux qui n’utilisent jamais Internet. On pourrait rétorquer que cela en fait tout de même 80 % qui surfent sur la modernité. Cela veut simplement dire que 80 % des Français se servent du réseau en ligne. Pas qu’ils savent l’utiliser.

Si l’ordinateur est le principal appareil de connexion, le smartphone est omniprésent. Vidéo, musique, partage de photos, réseaux sociaux, accès aux journaux, à la culture, etc. ; nous voici multiconnectés partout, tout le temps. Cela nous rapproche-t-il pour autant ? En Vendée, des acteurs du territoire ont façonné le Grain (Groupement de recherche et d’action sur l’inclusion numérique) et ont abordé le problème en se demandant : « Comment faire de la France une société humaine et numérique ? » Vaste programme. Dans une société idéale où régneraient intelligence, bon sens et altruisme, cet outil s’érigerait en pont. Dans notre société où ces ingrédients se trouvent dilués avec des valeurs plus matérialistes, il bâtit parfois des murs. Les travaux du Grain s’inscrivent dans une démarche en faveur du numérique inclusif.

La fracture numérique

Pour Margot Beauchamps, chercheuse sur les usages numériques et coordinatrice du GIS M@rsouin (groupement d’intérêt scientifique du môle armoricain de recherche sur la société de l’information et les usages d’Internet), le constat n’est pas rose. Elle relève que « ces derniers mois, la notion de fracture numérique revient en force ».

Forum sur l'inclusion numérique à Olonne-sur-Mer (Vendée) - Margot Beauchamps, chercheuse et coordinatrice du GIS M@rsouin, fait le constat que « ces derniers mois, la notion de fracture numérique revient en force ».

Margot Beauchamps, chercheuse et coordinatrice du GIS M@rsouin, fait le constat que « ces derniers mois, la notion de fracture numérique revient en force ». © Frédéric Fromentin/Le Bimsa

Il y a tout d’abord ces 13 millions de Français qui ne sont pas à l’aise avec son usage. Parmi eux se trouvent des personnes réfractaires par conviction, des personnes qui n’ont pas les moyens financiers de souscrire à un abonnement, des personnes qui résident dans une zone blanche (zone où la connexion est lente ou impossible), des personnes qui ne savent pas ou ont peur de se servir du Net (et ça ne concerne pas que les seniors), d’autres qui se méfient des dérives (données piratées, protection de la vie privée), d’autres encore qui ne peuvent pas ou ne savent pas lire.

Et puis, il y a la grande majorité de la population qui, elle, est prête à se lancer à l’eau. Mais dit-on à un béotien : « Tu as une planche. Il y a la mer. Vas-y surfe ! » Face à la vague, il y a ceux qui la subissent et ceux qui la maîtrisent. La fracture est faite. Dès lors, pour les esprits bien tournés du Grain, l’objectif est : « si, au-delà de chercher à éviter que le numérique n’accroisse les inégalités, on s’appuyait sur lui pour les réduire ? » En Vendée, le collectif Grain (MSA, CAF, Carsat, centres communaux d’action sociale, préfecture, conseil départemental, CPAM, Familles rurales et la Mutualité française) entend ne pas faire rimer inclusion avec exclusion.

Non à l’« illectronisme » !

Présenté début 2018, le plan stratégique d’inclusion numérique vise « à donner accès et initier, chaque individu, aux pratiques et aux compétences » du secteur. Éviter l’« illectronisme », c’est-à-dire ne pas savoir manier la machine (l’ordinateur) et rencontrer des problèmes liés aux contenus.

Mais « pour être convaincant, il faut être convaincu ». Au sein des organismes en charge de l’accompagnement, il est possible de retrouver chez certains employés les mêmes réticences, les mêmes interrogations que ceux qui leur font face. Il était donc essentiel que ces futurs transmetteurs soient eux-mêmes formés. Ainsi à la MSA, un travail de formation interne a été opéré. Tout comme à la CAF où, avec la mise en place des Digital Days, les salariés, lors d’ateliers courts, ont trouvé réponse à des colles comme « Comment utiliser Facebook ? » et ont fait évoluer leurs avis.

Le deuxième chantier a été la mise en place d’un grand plan d’action anti-zone blanche devant garantir l’inclusion géographique, primordiale aux autres mesures. Des formateurs formés, un maillage du réseau renforcé, la véritable action du Grain pouvait se développer.

L’accueil et la formation du public

Le numérique peut être perçu comme un moyen de communication offrant une ouverture sur le monde sans précédent. Il peut tout aussi bien nous renvoyer à un sentiment profond de solitude. Bloqué, sans personne physique pour nous renseigner, nous indiquer sur quel bouton appuyer, nous voilà… coupés du monde. « Faire de la France une société humaine et numérique » passe donc par l’accueil des personnes en difficulté avec le Net et par la mise à disposition de matériel en accès gratuit. Pour cela, en octobre 2016 dans notre département précurseur, une nouvelle Maison de services au public (MSAP) a été ouverte à l’initiative de la préfecture. Ces MSAP permettent de trouver le bon interlocuteur, d’être guidé pour les démarches administratives, d’utiliser le matériel en libre accès et surtout d’être accompagné pour surfer ou pour une démarche en ligne. Le Grain a pour projet d’établir une carte répertoriant tous les lieux d’accès gratuit à Internet.

« On a arrêté de travailler pour les gens. On travaille avec eux », résume un acteur du Grain. Que ce soit à la CAF ou à la MSA, le discours est le même. L’indépendance numérique ne se donne pas, elle s’acquiert.

Face à des personnes qui manquent de confiance ou qui sont impressionnées, le travail des accueillants est avant tout d’ordre psychologique. Il consiste à rassurer, à mettre en confiance en dégonflant le côté technique. Cela fait, vient le temps de l’accompagnement. Prise en main et familiarisation avec les « machines » permettent ensuite aux personnes accueillies de faire des premiers pas assurés. Guidées, conseillées, formées, ces personnes sont ensuite en mesure d’en tirer le meilleur parti. Libre à elles alors de surfer la crête des vagues de l’information, du savoir mis à la disposition de tous, de faciliter leurs démarches administratives ou de se laisser emporter par les flots tumultueux de la Toile.

Frédéric Fromentin

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