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Le coup de « pousse » des élus

STAND 4

Des élèves de l’école de Mathieu (Calvados) et Ludivine Neveu, diététicienne, devant un stand de mets préparés avec des produits de la ferme. Miam ! © Franck Rozé.

L’agriculture périurbaine fait l’objet d’une attention particulière de la part des élus de la MSA Côtes Normandes. Sur les cantons de Caen, Douvres-la-Délivrande et Ouistreham, ils mènent depuis deux ans une action de promotion : « Ça pousse/C’est produit à deux pas d’ici ». Ce n’est pas bruyant, mais ça commence à se voir.

Quelque part entre Caen et ce bout de littoral qu’on appelle si joliment ici la Côte de Nacre, se niche Douvres-la-Délivrande (Calvados). C’est là qu’un groupe d’une quinzaine de délégués de la MSA Côtes Normandes des cantons de Caen, Douvres-la-Délivrande et Ouistreham − en particulier issus du 2e collège (salariés agricoles) − a décidé de donner une suite à l’opération « Ça pousse à deux pas d’ici » entamée l’année dernière, rebaptisée « C’est produit à deux pas d’ici ».

L’échelon local a le chic pour mettre en avant les poches agricoles en zone urbaine ou périurbaine, puisque c’est le principe de cette action. En 2011, deux journées portes ouvertes à destination du public scolaire puis du grand public s’étaient tenues à l’orée de la commune de Fleury-sur-Orne, aux abords du périphérique caennais, chez Maria et Christophe Lebas, maraîchers bio. La proximité d’une grande enseigne néerlandaise de mobilier en kit n’avait pas empêché « Ça pousse à deux pas d’ici »  de faire le plein de visiteurs. Les légumes frais de saison avaient ainsi court-circuité les bonbons Daims de la grande distribution qui gambadaient à l’horizon.

CONCEPT 1

© Franck Rozé.

Sur son exploitation − la ferme de la Baronnie sise à la lisière de Douvres-la-Délivrande − Stéphanie Lehodey a très bien compris les atouts de la vente directe. Un peu par contrainte, mais aussi par choix. Il y a bientôt sept ans, quand elle reprend le cheptel de vaches laitières de ses parents, la grosse boîte internationale qui achetait la production refuse de contractualiser avec elle. Raisons invoquées : quota inférieur à 100 000 litres et isolement dans la Plaine de Caen-Nord, principalement dévolue au maraîchage et aux céréales.

Ni une ni deux, son lait ne fait qu’un tour. Elle décide, en accord avec ses principes, de transformer la totalité de sa production et de la vendre sur place. Pas évident à faire avaler aux banquiers mais un laboratoire et une boutique sont finalement créés. Aujourd’hui, elle écoule aisément tous ses produits : lait, crème au lait cru, beurre, fromage blanc, yaourt au lait entier. « Les gens de la région viennent spontanément », se félicite-t-elle. Les délégués de la MSA ne s’y sont pas trompés. C’est là qu’ils organisaient aux petits oignons, les 12 et 13 octobre dernier, le deuxième épisode de la saga « Ça pousse à deux pas d’ici ». Pour ébaubir les papilles juste avant la Semaine du goût.

STAND 2

© Franck Rozé.

Le vendredi, on a donc vu défiler la marmaille des écoles primaires de Douvres-la-Délivrande et de Mathieu, commune voisine. Bottes et cirés aux couleurs acidulées, de circonstance. Dans la première cour, sous un vélum, on les retrouve autour de Stéphanie Lehodey, pour un atelier de transformation, à l’huile de coude, de crème en beurre. Une belle métaphore de la vie, somme toute : comment apprendre à faire son beurre sans ménager ses efforts.

Tiens, voilà un petit bonhomme qui se détache du groupe. Il suit la chienne Antea qui l’emmène dire bonjour aux jeunes cochons, avant de se diriger vers le hangar, sous lequel on trouve un deuxième atelier : les cinq sens. Derrière les tables, des délégués MSA et des élèves du lycée technique et professionnel Notre Dame de Nazareth. Ce sont ces derniers qui ont conçu les cinq stations. Il s’agit de faire goûter, toucher ou reconnaître aux enfants des saveurs, des fruits et légumes, des sirops, des herbes aromatiques fraîches ou des fruits secs. Sur un stand, par exemple, de petites boîtes opaques sont disposées. Une petite ouverture permet seulement d’y glisser la main et de tenter de deviner ce qui s’y trouve… A l’aveugle… Hé oui, « comme dans Fort Boyard » !

VISITE HERBAGE 1

Visite dans les champs © Franck Rozé.

La visite se poursuit dans les champs. Vivien Masson, en contrat de professionnalisation sur l’exploitation pendant deux ans, emmène une joyeuse troupe d’écoliers. Veau, vache, cochon, couvée, taureau, tout le cheptel est passé en revue. Certaines questions du jeune public ne laissent cependant pas de rester en suspens. Combien de races de vaches en France ? Après vérification, 46 (1).

L’après-midi, une diététicienne, Ludivine Neveu, vient tailler le bout de gras. Elle est venue pour faire déguster des recettes élaborées avec des produits de la ferme. Là, il s’agit de reconnaître les ingrédients dans la composition d’un smoothie (un « onctueux »), de deux dips bâtonnets de carotte et de petits verrines sucrées. Son discours : manger des produits laitiers, source de calcium, c’est bon pour la croissance et la solidité des os. Attention, révision : le beurre et la crème fraîche n’en font pas partie. Ce sont des matières grasses !

LES DELEGUES + BALLY

L’équipe des délégués de la MSA Côtes Normandes et Daniel Bally, animateur territorial (quatrième en partant de la gauche) © Franck Rozé.

Le lendemain, pendant la journée grand public, la diététicienne fournit des informations sur le cholestérol et le diabète. Un cercle culinaire permet d’échanger des recettes de plats originaux, toujours à base de produits de la ferme. Le cuisinier et le chef des travaux du lycée Notre Dame de Nazareth, établissement spécialisé dans l’hôtellerie et la restauration, sont présents. Enfin, l’association Mange ta soupe ! de Carentan (Manche) vient dévoiler les ingrédients d’une bonne préparation : un esprit de fête et de convivialité, une démarche solidaire, des produits locaux de saison, le tout saupoudré d’une bonne éducation à la santé. Au final, un excellent gargarisme avec cet élément patrimonial du modèle alimentaire français et paysan, bien loin de la soupe à la grimace, mais à deux pas d’ici.

(1) La liste est définie par l’arrêté ministériel du 26 juillet 2007.

Franck Rozé

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