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Le droit de bien vieillir

colloque international "Le droit du vieillir" - Dijon, janvier 2012

"Quelles protections sociales pour les aînés ?" - © Gildas Bellet

À l’occasion du colloque international « Le droit de vieillir » organisé fin janvier à Dijon, les experts présents se sont notamment penchés sur « l’avenir des droits des personnes âgées – quelles protections sociales pour les aînés ? ». Focus.

450 participants, pour 25 pays représentés

L’âge est une cause de discrimination au sein de nombreux pays : discrimination au travail avec des seniors souvent mis à l’écart en fin de carrière, discrimination pour l’accès aux services financiers…

L’âge est au cœur d’enjeux économiques, sanitaires, sociologiques ou politiques : pour preuve le dossier brûlant en France de l’âge de départ en retraite, la situation financière de certaines personnes âgées, la réflexion sur leur participation aux décisions qui les concernent, le vivre ensemble…

L’âge a été au centre des réflexions et interventions de 90 chercheurs lors du colloque « Le droit de vieillir » organisé fin janvier à Dijon, et dont la caisse régionale MSA de Bourgogne était partenaire (voir autre article). Une rencontre qui a réuni 450 participants, pour 25 pays représentés.

Exode rural et concentration urbaine

Si les personnes âgées ont les mêmes problèmes que l’ensemble de la population, elles sont aussi confrontées à des situations particulières liées au vieillissement : troubles de santé, solitude… Les contributeurs de cette journée se sont donc penchés sur ces questions et se sont interrogés sur la place des personnes âgées dans la société, sur leur quotidien, sur les proches qui les accompagnent lorsque la perte d’autonomie s’installe (voir autre article), sur l’adaptation des villes aux besoins des plus vieux, sur la protection sociale…

Des problématiques qui touchent diversement les différents continents avec, par exemple, des solidarités familiales traditionnelles qui ne s’enclenchent plus comme auparavant en Afrique ou en Asie. Dans un contexte d’exode rural et de concentration urbaine, l’insuffisance de protection sociale, l’absence de minimum vieillesse, obligent les personnes âgées à s’user au travail pour de faibles revenus.

Des situations auxquelles l’Europe a dû faire face sur quelques décennies mais que ces pays vont devoir régler rapidement. En Chine, par exemple, les personnes de plus de 80 ans représentent aujourd’hui 13 % de la population, soit plus de 100 millions de personnes, qui vivent pour plus de 60 % dans les zones urbaines.

Explorer les minima sociaux, la micro-assurance

La population mondiale des personnes de plus de 60 ans va doubler d’ici à 2050, passant à 22 % contre 11 % en 2006. « Les pays émergents sont confrontés aux problèmes traités par nos pays depuis 100 ans mais vont devoir les régler en une génération, indique Jean-Marie Spaeth, président du GIP Santé protection sociale internationalAvec l’urbanisation, les solidarités familiales évoluent et les personnes âgées peuvent se trouver privées d’appui concret. Et cela se manifeste aussi dans les milieux ruraux car les jeunes laissent les vieillards derrière eux en partant s’installer dans les villes. Les besoins de prise en charge se manifestent et se diversifient. De plus, en raison de l’existence d’un secteur d’économie informelle, un modèle classique de protection sociale est illusoire – il faut explorer les minima sociaux, la micro-assurance… »

La vieillesse n’a pas à être le bouc émissaire

Cette croissance rapide au niveau mondial de la population âgée (2 % par an) va requérir d’importantes mesures d’ajustement économique et social. Mais, rappellent les participants à la séance plénière consacrée à « L’avenir des droits – quelles protections sociales pour nos aînés », l’augmentation de la longévité va de pair avec une meilleure hygiène de vie, une meilleure prise en charge de la santé. Vivre plus longtemps est une bonne nouvelle et la vieillesse n’a pas à être le bouc émissaire d’une société qui ne remet pas en cause son mode d’organisation des âges et ses inégalités en matière d’emploi et de formation.

La situation constitue un défi et, en France, « il y a deux âges extrêmes exclus : les jeunes et les personnes âgées. Il faut mieux distribuer l’emploi sur le parcours de vie, analyse Anne-Marie Guillemard, professeur émérite à l’université Paris-Descartes La Sorbonne. Notre système repose sur une seule génération au travail, ce n’est pas tenable. Réformer la politique de l’emploi, c’est cela l’urgence, plutôt que réformer les retraites. Celle de 2010 a été une réforme comptable ; on a gagné en matière de financement des retraites mais pas en matière de dépenses sociales. C’est une politique préventive du travail qu’il faut. Nous sommes face à un problème de priorité de l’État providence. La conquête sociale, ce n’est pas la retraite à 60 ans ; la conquête sociale, c’est un travail épanouissant, un travail dans lequel les gens aient envie de rester. »

A lire aussi

La MSA partenaire du colloque
Le Dr Didier Menu, gériatre, médecin conseil chef de la caisse régionale MSA de Bourgogne, détaille la contribution de la MSA au colloque « Le droit de vieillir » organisée fin janvier à Dijon et évoque « la dynamique bourguignonne inter-régimes autour de la gérontologie ».

Aidants familiaux et politiques publiques
Entre 3 et 4 millions de personnes aident directement un proche. Lors du colloque, une table ronde était consacrée aux aidants bénévoles. Morceaux choisis, pour un partage des réflexions et des expériences.

Gildas Bellet

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