Imprimer cet article Envoyer cet article

Le masque, le tuba et la plume Les jeunes qui aimaient les livres (1/2)

Amoureux des livres, les jeunes à l’origine de Biblioland comptent faire de la manifestation un événement annuel

Primés en mars, au Salon de l’agriculture lors de la remise des prix de l’appel à projets jeunes pour « À livre ouvert », Margot, Arthur et Rémi n’ont pas chômé depuis, avec des projets en pagaille. Nous les retrouvons fin juillet à l’initiative de Biblioland au lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, pour une plongée dans le monde de la lecture.

Tout a commencé avec la création d’un club de lecture au sein du lycée Honoré-Romane d’Embrun où étudient les trois jeunes : « L’objectif était de se réunir pour parler de nos lectures, nous conseiller les uns les autres, raconte Rémi. Au départ, nous étions deux, puis rapidement nous avons été une dizaine. » Un premier chapitre loin d’être suffisant pour les lycéens qui ont souhaité poursuivre l’histoire : « Plus de monde. Il faut que l’on mobilise plus de monde. »

À force de volonté et de passion, Rémi, Margot et Arthur ont dressé un vrai plan de bataille pour remettre les livres dans les mains des jeunes et éloigner un peu des écrans qui collent à leurs mains : « Il y a peu de temps, j’ai vu une poussette de laquelle sortait une main d’enfant agrippée à un smartphone. Je me suis dit que ça allait trop loin », s’emporte presque Rémi.

Et ce problème touche encore plus les adolescents, comme le rappelle Élisabeth Mérighi, coordinatrice des projets d’Euroscope, l’association qui épaule le trio dans l’organisation de la manifestation : « Certains jeunes sont réellement isolés et restent chez eux devant leur ordinateur et sur les réseaux sociaux. Ils ne pensent pas du tout à ouvrir un livre ».

Une histoire à inventer

Les trois amis échangent, couchent sur le papier plusieurs idées pour n’en retenir que quelques-unes, dont un marque-page pour faire connaître le club de lecture.

Au-delà de la lecture, Biblioland, c’est aussi un festival qui fait la part belle à l’art urbain. Les petits du centre aéré d’Embrun en ont fait la démonstration.

Mais une fois réalisé et distribué, le deuxième projet a rapidement pris le relais : « Nous avons voulu mettre en place une bibliothèque de rue, comme ce qui se faisait dans les années 1960 dans les quartiers défavorisés », explique Margot. Ils ont alors fabriqué un kamishibaï. Il s’agit d’un petit théâtre en bois dans lequel on fait défiler des images. Au dos de ces images, les textes contés aux spectateurs : « Nous allons dans les parcs ou dans la rue à la rencontre des enfants, principalement pour leur donner le goût de la lecture et des histoires », explique-t-elle.

Le kamishibaï fabriqué par Margot, Rémi et Arthur a fait sensation lors du Biblioland : « C’est la première fois que je vois ce petit théâtre en bois », s’étonne une maman.

Mais, depuis quelques semaines, les trois jeunes ont délaissé les parcs pour se consacrer à Biblioland. Intercours et week-ends sont désormais dédiés à la préparation du festival avec, pour objectif principal, de faire venir des auteurs, des vrais : « Nous avons contacté les maisons d’édition et les auteurs Franck Thilliez, Bernard Werber ou encore Max Chattam… Sans réponse. » Déçus mais pas abattus, les jeunes revoient leurs ambitions à la baisse et visent les auteurs régionaux. Bingo ! Certains d’entre eux acceptent de participer à Biblioland : « C’est génial de discuter avec de vrais écrivains », s’enthousiasme encore Rémi. Raymond Delpierre, auteur de polar, Paul Lamour, poète, Béhém, auteur de BD, ou encore Marie Matera et ses livres jeunesse répondent présent pour dédicacer leurs livres et échanger avec les lecteurs.

Marie Matéra a pris le temps de discuter avec les lecteurs

Pas le temps de se congratuler, les trois Embrunais doivent rassembler leurs méninges pour définir plusieurs ateliers susceptibles d’intéresser le public. Il ne leur faut que quelques jours pour définir un plan. « J’ai été impressionnée de voir leur implication et leur inventivité », avoue Élisabeth. Lecture de contes pour les enfants, ateliers slam pour tous ou présence de la librairie Charabia, tout est en place pour lancer la première édition du parc d’attractions du livre.

Un canevas à peaufiner

Si les organisateurs comptent sur les touristes et les régionaux pour faire de l’événement une réussite, plusieurs centres aérés et crèches ont été conviés à Biblioland. Les enfants ont pu profiter de lectures de contes, comme La grenouille à grande bouche : « Il y a de drôles de gens dans le livre », répète en boucle Lina, deux ans et déjà “accro” aux livres. Pour les plus grands, un peu plus loin, on retrouve MC Duval qui initie à l’écriture de chansons : « Avec le slam, on travaille sur le champ lexical des mots mais aussi sur leur sonorité », explique le rappeur aux enfants, avant de chercher avec eux la polysémie du mot chêne : « À la télévision, le bijou, l’arbre », énumère les participants avant de laisser le chanteur jouer avec ces mots.

MC Duval anime l’atelier de slam. Beaucoup de succès pour cette « attraction » grâce à un slameur en pleine forme : « On est là pour s’amuser avec le langage. Travailler en s’amusant, c’est presque l’inverse de l’école ».

Malheureusement, durant la journée et la soirée, l’affluence reste faible. Pas de quoi démoraliser Margot, Rémi et Arthur qui savent qu’un premier essai n’est pas toujours un succès : « Nous nous servirons des erreurs que l’on a pu faire cette année pour nous améliorer l’année prochaine. » Avec toute l’énergie qu’ils ont dépensée pour l’organisation de Biblioland, il est certain que l’édition 2018 devrait être plus aboutie. Tous trois promettent de continuer leurs actions l’année prochaine pour remettre les livres dans les sacs des jeunes. L’épilogue de Biblioland n’est pas encore écrit.

Lire aussi

Auteurs, élus, MSA, ils en pensent quoi? Quand les jeunes se bougent pour la lecture, qu’en pensent les professionnels. Témoignages.

Jérémy Lemière

Comments are closed.