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Le stress est dans le pré !

La compagnie Entrée de jeux

Sur la scène du théâtre L'Eclat de Pont-Audemer (Eure) : Marie-Hélène Bannier ; Yvan Richard ; le maître de cérémonie, Stéphane Guillet ; Victoria Paulet et Thomas Appolaire, membres de la compagnie Entrée de jeux © Franck Rozé.

On trouve de tout dans un pré : des vaches, de l’amour, du bonheur… Et le stress alors ? Avec cette nouvelle pièce de théâtre interactive, pondue par la compagnie « Entrée de jeux » et jouée à la demande des élus de la MSA Haute-Normandie, les situations de stress vont étouffer dans l’œuf. Pschitt.

Sur la scène, des comédiens. Dans la salle, des agriculteurs. À moins que ce ne soit l’inverse, on ne sait plus très bien. Tout finit par se mélanger. Les uns, comédiens chevronnés, sont super crédibles en interprétant des situations d’agriculteurs stressés par la vie. Les autres, agriculteurs certes, mais non moins quidams venus assister à la représentation, sont hyper crédibles en comédiens d’un jour. Conviés à monter sur les planches, ils n’hésitent pas à le faire au débotté, pour camper dans leur propre rôle des personnages plus vrais que nature. Le tout soutenu par l’improvisation bluffante des acteurs. « La comédie d’un jour, d’un jour d’ta vie », si bien chantée par Paolo Conte, pourrait fournir un excellent fond sonore.

Le diable à quatre, ou plus

Si le stress est dans le pré, qu’il en sorte donc, grâce à cette troupe parisienne de théâtre superlative, « Entrée de jeux », et son maître de cérémonie au taquet, j’ai nommé le sieur Stéphane Guillet. Le deal du débat théâtral ou théâtre forum est le suivant : « Depuis votre place vous regardez ces douze situations de stress interprétées par les comédiens, tout en commençant à réfléchir à ce qu’il vous semble possible de faire pour améliorer les choses », explique Stéphane Guillet, en bon saltimbanque.

Après une phase d’échanges avec la salle, on s’apprête à rejouer les douze saynètes. « Là, on va vous en demander un petit peu plus », renchérit Stéphane Guillet. Léger blanc dans la salle, ou comme on l’écrit parfois au théâtre, en didascalie : Un temps. Un sentiment de chausse-trappe qui sera rapidement désamorcé par le rire. Des « ha ha ha » un peu jaunes tout de même. Reprenons : « Dès que vous pensez qu’un personnage a un comportement aberrant, vous me faites signe ». Ok, marché conclu.

Au diable vauvert la fatalité !

Pas tout à fait. Un détail, on oubliait, mais le diable y est : celui qui propose une idée est prié de venir la tester sur scène. Balèze, dira-t-on ! Hé bien vous savez quoi ? Non seulement l’auditoire se prête au jeu mais il parvient de surcroît à faire évoluer ces tableaux stressants et découpés à l’emporte-pièce dans le sens du pschitt. La pièce bascule vers une issue inattendue, bienfaisante, purgative des passions. Bien vu.

Ainsi, par l’intervention incarnée d’Olivier, d’Aline, d’Alain ou d’Anne, par exemple, tous agriculteurs, on parvient à communiquer avec les néo-ruraux sur les désagréments olfactifs de la campagne ; on dénoue une discussion mal emmanchée avec le banquier (le stress est dans le prêt) ; on discute tranquillement argent de poche avec les enfants même si la santé financière de l’exploitation est hésitante ; on ne se rue pas sur les somnifères l’hiver, on arrête de vitupérer inutilement contre les intempéries et on finit par trouver des compromis avec les amis pour faire une pause à la belle saison. Au diable vauvert la fatalité ! Les agriculteurs sont capables de prendre leur destin en main. Diantre, ce n’est pas parce que le mois de juin est froid et pluvieux, comme le claironnent les quatre comédiens, que tout l’an sera grincheux.

Pas qu’un effet de Manche(s)

Après Émile de père en fils (la prévention du suicide en milieu rural) créé à la demande de la MSA des Côtes Normandes (dans la Manche), et La paix du hangar (la relation employeurs/salariés dans les Cuma) à la demande de la fédération départementale des Cuma de Vendée, « Entrée de jeux » s’adresse de nouveau au monde agricole avec cette pièce créée à l’origine pour la MSA des Côtes Normandes. Deux représentations interactives du Stress est dans le pré ! ont eu lieu les 2 et 16 février à Pont-Audemer (Eure) et à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime), pour la MSA Haute-Normandie.

Elles s’inscrivent dans le cadre du programme d’actions des échelons locaux défini avec les comités départementaux en 2010. Suite à des suicides de non-salariés agricoles, le souhait des élus de la caisse de Haute-Normandie a été clair : mettre en place des actions de prévention sur le thème du stress en agriculture et de la prévention du suicide.

Trois niveaux d’intervention ont été définis (Lire ci-contre) : une action territorialisée de sensibilisation, dont ces représentations constituent une manifestation ; plusieurs sessions de formation destinées au personnel et aux membres d’organismes professionnels agricoles (OPA) ; la création d’une cellule de prévention réunissant médecins du travail, travailleurs sociaux… pour favoriser une approche globale concertée. Et si le stress est encore dans le pré, on fera tout pour l’en déloger !

Une salle encore dans l'expectative © Franck Rozé.
Une salle encore dans l'expectative © Franck Rozé.
Le stress provoque des changements de physionomie © Franck Rozé.
Le stress provoque des changements de physionomie © Franck Rozé.
Regard désapprobateur et suspicion © Franck Rozé.
Regard désapprobateur et suspicion © Franck Rozé.
Un agriculteur rejoue avec brio une saynète © Franck Rozé.
Un agriculteur rejoue avec brio une saynète © Franck Rozé.
C'est au tour d'une agricultrice de brûler les planches © Franck Rozé.
C'est au tour d'une agricultrice de brûler les planches © Franck Rozé.
Le stress déforme vraiment les visages, c'est saisissant © Franck Rozé.
Le stress déforme vraiment les visages, c'est saisissant © Franck Rozé.
Un autre agriculteur, sur le thème du répit © Franck Rozé.
Un autre agriculteur, sur le thème du répit © Franck Rozé.
Une agricultrice aux prises avec son banquier © Franck Rozé.
Une agricultrice aux prises avec son banquier © Franck Rozé.
Un banquier tout radouci après avoir parlé © Franck Rozé.
Un banquier tout radouci après avoir parlé © Franck Rozé.
Une ultime agricultrice sur scène © Franck Rozé.
Une ultime agricultrice sur scène © Franck Rozé.
Pour un dénouement heureux et en famille © Franck Rozé.
Pour un dénouement heureux et en famille © Franck Rozé.
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Franck Rozé

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