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Les cotonculteurs s’engagent pour leur santé Un réseau de mutuelles pour les cotonculteurs burkinabè (2/7)

Au centre de santé et de promotion sociale de la vallée de Kou (Burkina Faso)

© Gildas Bellet

Au Burkina Faso, la population agricole et rurale ne bénéficie pas d’une couverture sociale et a du mal à accéder à des soins de santé de qualité. Pour inverser la tendance, quatre mutuelles de santé ont été créées dans le sud-ouest de pays, avec l’union nationale des producteurs de coton. Une initiative professionnelle solidaire qui a bénéficié de l’expertise de la MSA. Reportage.

Toits de paille coniques

Une piste de terre rouge traverse le village, entouré de champs de coton, « l’or blanc du Burkina » comme l’indiquent les affiches de la Sofitex – la société des fibres textiles chargée de développer la filière cotonnière au Burkina Faso. Des habitations construites en banco (terre, paille hachée et cailloux) voisinent avec des greniers à grain surmontés de toits de paille coniques.

Village de Bala
Village de Bala
Village de Bala
Village de Bala
Village de Bala
Village de Bala
Greniers à grains - Village de Bala
Greniers à grains - Village de Bala
Village de Bala
Village de Bala
Dans les rizières
Dans les rizières
Sur la route
Sur la route
© Photos : Gildas Bellet
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Sur la route, un motocycliste au porte-bagages surchargé croise quelques enfants regagnant leur maison. Un homme à vélo s’arrête et engage la conversation. Il est cotonculteur. Il évoque sa famille – un groupe de quinze personnes – et annonce non sans fierté que, comme un tiers des villageois ici, il est « mutualiste ». Cette année, il a pu « inscrire quatre membres de la famille à la mutuelle de santé créée, un choix très utile » qui leur a permis d’avoir accès à des soins de santé. À Bala, village de 3.000 habitants situé dans la région des Hauts-Bassins à une soixantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, la mutuelle de santé s’est rapidement développée : la sensibilisation et l’information y ont été réalisées très vite, y compris par le biais de la radio locale.

Propagation du modèle mutualiste

La part des revenus consacrés par les ménages burkinabè à la santé de façon préventive est souvent dérisoire, réduisant ainsi la capacité des agriculteurs de la région, l’un des principaux pôles agricoles du Burkina Faso, à faire face à certaines maladies. De ce constat est née l’idée de créer des mutuelles avec les producteurs de coton afin de faciliter l’accès des familles à des soins de qualité et à moindre coût. Une initiative d’abord professionnelle mais qui est aussi ouverte aujourd’hui aux populations rurales des territoires concernés.

Via celle-ci, c’est « une propagation du modèle mutualiste pour la couverture des soins de santé et une transmission de valeurs qui ont eu lieu, grâce à l’implication directe d’un organisme de protection sociale, la MSA, qui a piloté le projet et assuré la mise à disposition d’experts », explique Olivier Colin, coordonnateur actuel du projet et responsable de la mission des relations européennes, internationales et de la coopération à la CCMSA.

En 2013, quatre mutuelles regroupées au sein d’un réseau existent, fruit d’une première coopération pilote entre la MSA des Charentes, l’ambassade de France au Burkina Faso et le réseau d’appui au mutuelles de santé, puis d’un projet de cinq ans financé par l’Union européenne avec l’appui technique de la MSA (caisse centrale et MSA des Charentes).

« Ces mutuelles ont signé des conventions avec les centres de santé locaux qui assurent l’accueil des patients, les consultations, prescrivent et délivrent les médicaments, précise Régis Guénin, aujourd’hui directeur de la MSA Corse, qui a été pendant plus de trois ans coordonnateur de ce projet pour la MSA. Les gens disposent d’une carte de mutualiste et ne paient pas les soins dans la limite d’un panier de soins annuel. Deux épisodes peuvent être pris en charge dans l’année, une limite fixée pour que la cotisation ne soit pas trop élevée. »

Les centres de santé ont donc dû aussi se familiariser avec cette nouvelle organisation pour accueillir les mutualistes, être formés au fonctionnement des mutuelles… Un travail de longue haleine qui a mobilisé des ressources locales et des experts de la MSA. Aujourd’hui, 35 centres de santé et de promotion sociale ont signé des conventions dont deux en 2013.

Éducation à la santé

Au centre de santé de Bama, dans une autre zone de la région, presque tous les lits sont occupés par des malades atteints de paludisme en traitement. « Nous sommes ici dans une zone inondée, où l’on pratique la riziculture. Le paludisme y sévit toute l’année », souligne le Dr Congo.

Au centre de santé de la vallée de Kou
Au centre de santé de la vallée de Kou
L'ambulance du centre de santé
L'ambulance du centre de santé
Au centre de santé de Bama
Au centre de santé de Bama
© Photos : Gildas Bellet
© Photos : Gildas Bellet
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Quelques kilomètres plus loin, au centre de santé de la vallée de Kou, ouvert en 1974, Guiré Mahama, infirmier chef de poste, indique lui aussi que le paludisme reste la pathologie dominante : « plus de 50% des consultations se font pour cette raison. Une maladie qui tue et touche plus durement les enfants et les personnes âgées. Les gens n’ont pas été éduqués à la santé et, en raison de cette ignorance – plus que pour des questions de pauvreté et d’argent – ils ne viennent pas consulter. Alors il faut sans cesse faire de la sensibilisation, même pour ce qui est de l’utilisation d’une moustiquaire. Les gens doivent comprendre la gravité du paludisme mais aussi l’importance de la vaccination, contre la rougeole ou la fièvre jaune par exemple. L’influence des guérisseurs peut aussi expliquer ce moindre recours au centre de santé. Peu à peu cependant, on observe une augmentation de la fréquentation, signe que le travail d’information et d’éducation à la santé passe. » De fait, le conventionnement avec une mutuelle influe aussi sur la fréquentation.

Ingénierie et outils techniques

L’initiative remonte à 2005, dans le cadre d’« un partenariat engagé avec le Réseau d’appui aux mutuelles de santé (Rams) et l’ambassade de France au Burkina Faso pour la création d’une première mutuelle à Karangasso-Sambla, ouverte en avril 2007, explique Edgard Cloerec, directeur général de la MSA des Charentes. Cette dernière a fourni l’ensemble de l’ingénierie et des outils techniques, en raison du savoir-faire acquis en France. Car, si elle est d’abord un régime de protection sociale obligatoire pour les exploitants agricoles – nous gérons 12 000 exploitants dont 4 000 viticulteurs –, la MSA des Charentes a développé parallèlement un système d’assurance complémentaire facultative pour lequel elle a en gestion 50 000 mutualistes. »

Pour que le projet émerge à Karangasso-Sambla, elle a « mis à disposition des agents de direction pour les aspects administratifs, un médecin pour la définition du panier de soins et des conditions de prise en charge dans les centres de santé, des collaborateurs pour l’animation (conseils d’administration, actions de sensibilisation…). En outre, des agents ont travaillé au développement d’un outil informatique spécifique pour que les cotisations et les prestations puissent être gérées de façon complètement transparente, afin de donner confiance en ce dispositif, essentiel pour la population des cotonniers ».

Installer un modèle d’organisation

Après cette expérience pilote, l’aventure s’est poursuivie dans le cadre d’un projet financé pendant cinq ans, de 2009 à 2013, par l’Union européenne. Objectifs : la naissance de trois nouvelles mutuelles de santé et la constitution d’un réseau régional entre toutes les structures créées (un seul gestionnaire salarié assure ainsi le recouvrement des cotisations et le paiement des prestations pour les quatre mutuelles).

Un processus sur le long terme donc, car il s’est agi d’installer un modèle d’organisation (administration, gestion financière, fonctionnement) et de faire adhérer les producteurs de coton aux principes mutualistes. Un processus regroupant bien sûr plusieurs partenaires : la CCMSA a assuré les relations avec les différents protagonistes, la gestion globale et budgétaire, le suivi et les évaluations, la MSA des Charentes a fourni l’expertise technique, l’UNPCB et l’Union provinciale des producteurs de coton du Houët (UPPCH) ont pris en charge le portage politique du projet et la communication, le réseau d’appui aux mutuelles de santé avec son antenne à Bobo-Dioulasso s’est engagé dans les actions de terrain (voir le témoignage d’Harouna Padiene).

Participer à la lutte contre la pauvreté

Fin 2013, l’heure est au bilan. Une conférence finale a réuni début décembre à Bobo-Dioulasso les partenaires du projet et les instances politiques locales pour faire le point.

Pas question de masquer les difficultés qui ont ponctué ces cinq années de coopération – développement problématique des adhésions dans quelques secteurs, manque parfois de compréhension de l’esprit mutualiste, accueil pas toujours à la hauteur dans certains centres de santé, seuil de viabilité difficile à atteindre… – mais la première victoire est d’avoir pu contribuer à l’amélioration de la santé des producteurs et de leurs familles et, plus largement, de participer à la lutte contre la pauvreté en milieu rural.

« La protection sociale, les travailleurs du secteur agricole et rural en sont exclus, martèle Bakary Traoré, président du réseau de mutuelles de santé. Et ce alors qu’ils sont exposés à plusieurs risques susceptibles d’anéantir tous leurs efforts de production : l’irrégularité des revenus, les crises agricoles imprévisibles et souvent répétées, le coût des produits agricoles qui fluctuent sur le marché mondial… Ce qui peut avoir pour conséquence la réduction du revenu familial et des problèmes importants en cas de maladie ou d’accident du travail… L’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), en ayant l’idée de mettre en place des mutuelles de santé reconnues aujourd’hui comme une alternative plausible à l’accès des populations aux soins de santé, comble un grand vide dans la protection sociale des producteurs de coton. Les populations se sont réellement appropriées ces mutuelles en s’impliquant dans leurs activités et leur fonctionnement »

Conférence finale à Bobo-Dioulasso
Conférence finale à Bobo-Dioulasso
Harouna Padiene, Edgard Cloerec et Régis Guénin
Harouna Padiene, Edgard Cloerec et Régis Guénin
Olivier Colin et Bakary Traoré
Olivier Colin et Bakary Traoré
Dans la salle de conférences
Dans la salle de conférences
Dans la salle de conférences
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© Photos : Gildas Bellet
© Photos : Gildas Bellet
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Une expérience réussie, qui doit faire école

« Ce projet a en outre permis de raviver la solidarité au sein des communautés bénéficiaires, a tenu à préciser, lors de la conférence finale, le secrétaire général de la région des Hauts-Bassins, représentant le gouverneur. La mutualisation du risque maladie est une expérience réussie qui doit faire école dans toutes les communes de la région. Des difficultés ont certes été relevées au cours de son exécution mais celles-ci n’ont pas ébranlé vos efforts. Alors que s’achève le projet, des réflexions sont en cours au niveau national pour un système d’assurance maladie universelle dont la mise en place constitue une opportunité pour renforcer vos compétences en matière d’assurance maladie et la base sociale de vos mutuelles de santé. »

Le projet burkinabè d’assurance maladie universelle, qui vise à un accès équitable de l’ensemble de la population à des soins de santé de qualité, prévoit notamment le développement des mutuelles, celles déjà existantes localement constituant un terreau pour la construction et le développement d’une couverture maladie à l’échelle nationale. Elles ont une partition à jouer, d’autant qu’elles ont une proximité avec les adhérents, qu’elles ont acquis une expertise dans les domaines de la sensibilisation et de l’information ou encore qu’elles disposent d’un savoir-faire pour mettre en relation offre de soins et demande.

« L’inclusion du réseau des mutuelles de santé des cotonculteurs dans l’expérimentation de l’assurance maladie universelle en 2014 au Burkina Faso serait porteuse de beaucoup d’espoir et serait un moyen de solidifier ce réseau. Elle permettrait de développer instantanément le sociétariat et de viabiliser l’ensemble des mutuelles dans des délais rapides », a précisé Olivier Colin, ajoutant qu’au terme de ce projet la MSA était prête, sur le principe, à « poursuivre l’appui technique apporté à l’UNPCB ».

 

Lire aussi

Sommaire de notre dossier. Mutuelles de santé au Burkina Faso.

Témoignage d’Harouna Padiene, responsable de l’antenne du Réseau d’appui aux mutuelles de santé de Bobo-Dioulasso, partenaire local de toutes les étapes.

En quelques dates. Retour sur les grandes étapes du projet.

Une protection sociale en devenir. Le gouvernement burkinabè envisage de s’appuyer sur les initiatives de création de mutuelles pour bâtir une assurance maladie universelle et permettre ainsi un large accès des populations aux soins de santé.

« La maladie n’a pas de date ». Interview de Karim Traore, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB).

Point de vue de Dominique Marmier. Producteur de lait en Franche-Comté, il est administrateur de la caisse centrale de la MSA et a suivi, depuis 2010, ce projet de coopération au Burkina Faso. Regard sur cinq ans de travail commun.

Gildas Bellet

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