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Les enfants de la télémédecine

© Jérémy Lemière

La télémédecine, c’est quoi ? La réponse n’est pas forcément évidente. Car si l’on connaît les grandes lignes de cette nouvelle approche de la médecine, certains détails nous échappent. C’est pour rendre les choses un peu plus claires que la MSA Ain-Rhône a organisé une conférence sur le sujet à Marlieux, dans l’Ain.

Et si le proverbe « Loin des yeux, loin du coeur » devenait obsolète ? On le voudrait certainement quand on quitte ses proches et encore plus quand on souffre de problèmes de santé en plein désert médical. L’oasis pour Antoine Guyot, c’est la télémédecine. Depuis son malaise cardiaque en avril 2016, son coeur est surveillé de près. Il devait même en témoigner ce 7 novembre dans la salle polyvalente de Marlieux, devant les 120 personnes ayant fait le déplacement. Mais, fatigué, il a préféré enregistrer un message vidéo. Une démarche suffisante pour expliquer les applications de la télémédecine : « J’ai un défibrillateur portable sous la peau en cas de malaise. Cet appareil enregistre chaque jour l’activité de mon coeur et la transmet à l’hôpital. Le cardiologue suit les courbes et m’appelle quand il détecte quelque chose d’anormal. Sans ce procédé, je serais obligé d’aller à l’hôpital tous les quinze jours. Maintenant, je n’y vais que deux fois par an. La télémédecine m’a changé la vie. »

Par écran interposé 

Le témoignage fait mouche et le public semble convaincu. Pourtant, il est nécessaire de nuancer ce plébiscite. Si la télémédecine semble être l’avenir de l’exercice en milieu rural, certains aspects peuvent noircir le tableau. C’est, en tout cas, le point de vue du docteur Thibault Roche, médecin généraliste à Villars-les-Dombes, dans l’Ain, présent lors de la conférence : « Je ne suis pas contre mais, dans les faits, on réalise déjà quelques actes de télémédecine, quand on appelle des confrères ou quand un patient nous téléphone de chez lui pour nous demander un diagnostic rapide. Si, maintenant, ces pratiques sont encadrées, c’est mieux mais ça ne résout pas tous les problèmes. S’il n’y a pas plus de médecins, nous n’aurons pas plus de temps pour faire de la télémédecine à côté. » Car le problème principal reste la pénurie de professionnels de santé en milieu rural. Le docteur Alain François, de l’Agence régionale de santé Auvergne Rhône Alpes, pense que pour certains actes, la télémédecine pourrait être démocratisée et soulager toute la profession : « En 2011, cinq priorités nationales avaient été définies pour l’exercice à distance : l’interprétation des radios, la prise en charge des AVC, la santé des détenus, la prise en charge des maladies chroniques et les soins en maisons de retraite, explique le docteur. Cette année, la surveillance des insuffisants cardiaques, rénaux et respiratoires, et les diabétiques ont été ajoutés aux priorités. » 

Malgré la démonstration, les sceptiques commencent à se manifester dans la salle : « Moi j’aime bien mon médecin traitant et je ne veux pas avoir à faire à un docteur que je ne connais pas par écran interposé ». Des craintes légitimes qu’Alain François tempère : « Ce n’est pas du tout la volonté de l’État. L’objectif est surtout de proposer de la téléexpertise entre professionnels de santé et de respecter les axes prioritaires. » Pas de quoi soulager les réfractaires qui préfèrent attendre et voir. La crainte principale reste la perte du côté humain de la médecine. Il faudra encore communiquer pour lever ces doutes. Pour les élus de la MSA Ain-Rhône, à l’origine de cette initiative, rassembler autant de personnes sur ce sujet ressemble à un pari gagné. Et le projet de faire d’autres conférences est presque acté. Échanger avec un médecin marseillais depuis le Cotentin ne sera plus craint et pourrait permettre un accès à des soins de qualité pour tous.

Denis Martin,

médecin coordonnateur régional pour l’association régionale des caisses de MSA Auvergne-Rhône-Alpes.

© Jérémy Lemière

Il est important d’informer les habitants du milieu rural sur la télémédecine qui, même si elle est médiatisée, reste peu connue. La MSA a toujours été préoccupée par l’accès aux soins pour ses ressortissants et cela pourrait être une solution pour le faciliter dans les zones désertées en professionnels de santé. La télémédecine peut être l’un des outils qui permettront de lutter contre les déserts médicaux au service des patients, mais elle offre aussi des avantages pour les praticiens. Ainsi, elle peut encourager les jeunes à s’installer en milieu rural s’ils savent qu’ils pourront avoir recours à la télémédecine ou à la téléexpertise qui permet d’avoir des avis de spécialistes dans certains domaines. Il est nécessaire de rompre l’isolement de ces professionnels de santé. Cela pourrait décider d’autres jeunes à s’installer en milieu rural. La télémédecine aidera à lutter contre la désertification médicale, mais il faudra toujours des professionnels de santé pour prendre la tension ou faire un examen clinique succinct. Ce sera à lui de transmettre les informations au médecin traitant pour faire un diagnostic à distance. Il ne faut pas imaginer que la télémédecine résoudra tous les problèmes de désertification médicale, mais elle pourra contribuer à leur atténuation.

Jérémy Lemière

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