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Les priorités pour les filières à risques Nouveau plan santé-sécurité au travail (2/6)

Présentation à la presse, le 16 février, du nouveau plan santé-sécurité au travail de la MSA. De gauche à droite : Franck Duclos, Pascal Cormery, Pierre Berthelot et Véronique Maeght-Lenormand. © Gildas Bellet

Présentation à la presse, le 16 février, du nouveau plan santé-sécurité au travail de la MSA. De gauche à droite : Franck Duclos, Pascal Cormery, Pierre Berthelot et Véronique Maeght-Lenormand. © Gildas Bellet

La CCMSA a lancé, le 16 février, son 5e plan santé-sécurité au travail en agriculture pour la période 2016-2020. Objectifs toujours affichés : aider les assurés à rester en bonne santé, diminuer les accidents au travail et les maladies professionnelles, accompagner les entreprises dans l’évaluation des risques et la mise en œuvre de mesures de prévention. Explications.


« Après quatre plans, nous avons enregistré une baisse régulière des accidents du travail et des maladies professionnelles dans le milieu agricole mais, aujourd’hui, nous sommes arrivés à un palier. L’objectif du nouveau plan santé-sécurité au travail 2016-2020 est d’aller en-deçà de certains chiffres », a expliqué Pascal Cormery, président de la MSA, le 16 février, lors de la présentation de cette feuille de route à la presse.

Une spécificité MSA

« Spécificité du régime agricole, il est le seul système de protection sociale intégrant la médecine du travail et la prévention des risques professionnels », a-t-il tenu à souligner.

Regroupant dans la population qu’elle protège les exploitants, les salariés et les employeurs de main-d’œuvre, « la MSA joue un rôle essentiel et permanent de concertation. Elle cumule les compétences, avec ses médecins du travail et ses équipes santé-sécurité au travail, et dispose d’une bonne connaissance des ressortissants, non-salariés et salariés ».

C’est à partir de cette connaissance des risques accumulée depuis 40 ans d’exercice dans ce domaine, du travail conjoint mené par la caisse centrale de la MSA et les équipes de terrain, et des enseignements du plan précédent (2011-2015), que le plan a été bâti.
Celui-ci fixe les orientations stratégiques pour mener des programmes d’actions en direction des métiers de l’agriculture et des filières agricoles identifiés comme les plus à risques.

« Le plan ne présente qu’une partie des missions, afin de laisser place à l’innovation et aux initiatives locales. »

Quel est son contenu précis ? « Il met la priorité sur six axes, a indiqué Pierre Berthelot, président du comité de protection sociale des salariés de la CCMSA et technicien d’élevage dans les Deux-Sèvres : le risque animal, le risque chimique, le risque machine, les risques psychosociaux, les TMS (troubles -musculo-squelettiques) et l’employabilité des actifs agricoles (détails ici). Il ne présente qu’une partie des missions, afin de laisser place à l’innovation et aux initiatives locales, d’autant que certaines productions ne concernent que quelques territoires. »

Serrer la bride au risque animal

Premier axe : le risque animal, particulièrement prégnant dans deux filières : l’élevage bovins lait et bovins viande, et la filière équine. Plus de la moitié (56 %) des accidents du travail des exploitants agricoles sont liés à l’activité d’élevage ; le chiffre est de 11 % pour les salariés.

© P. Maurein/ CCMSA Image

© P. Maurein/ CCMSA Image

Pour diminuer les risques, « nous allons poursuivre notre accompagnement des éleveurs et de leurs salariés par des formations en manipulation et contention, et à l’utilisation de chiens de troupeau », a indiqué Franck Duclos, directeur délégué aux politiques sociales à la CCMSA.

Dans la filière équine — courses hippiques, élevage des chevaux et centres équestres —, elle aussi très exposée, « nous proposons des formations sur le comportement du cheval, afin d’anticiper ses réactions et de limiter les accidents. Les MSA vont disposer de divers outils pédagogiques et pourront s’appuyer sur des comportementalistes équins pour monter ces formations à destination des enseignants du métier du cheval et des professionnels eux-mêmes ».

L’enjeu est important, puisqu’en 2014, le secteur de l’entraînement dressage a été le plus accidentogène, avec un taux de fréquence de 84 (nombre d’accidents du travail/million d’heures travaillées), devant ceux de la sylviculture (82) et de l’exploitation de bois (77). En comparaison, le taux de fréquence moyen en agriculture est de 29.

« La MSA va renforcer son action dans le domaine de la réglementation et de la normalisation des équipements de travail. »

Le risque machine constitue une autre priorité. Pour les actifs agricoles, il représente 17 % des accidents du travail avec arrêt et 20 % des coûts des accidents du travail. Malgré une diminution régulière, on estime qu’un accident sur six met directement en cause un équipement de travail agricole (tracteur, machine, tronçonneuse, tondeuse, taille-haie, sécateur…).

La MSA a notamment choisi de « renforcer son action dans le domaine de la réglementation et de la normalisation des équipements de travail. Les informations recueillies par notre réseau santé-sécurité au travail sur le terrain permettent d’agir auprès des constructeurs et des pouvoirs publics pour faire bouger les repères des décideurs dans les instances de réglementation et de normalisation ».

Repérer le risque chimique

Autre orientation identifiée : l’action sur le risque chimique, qui a toujours été une priorité des plans portés par la MSA. Près de 25 % des salariés ont été exposés à au moins un produit phytosanitaire sur les douze derniers mois.

« Une stratégie ciblant les expositions aux produits CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques) sera poursuivie, en cohérence avec les différents plans nationaux (plan santé au travail 2015-2019 ; plan Ecophyto 2 ; plans nationaux cancer et santé environnement), a précisé Franck Duclos. Nous allons intervenir pour rendre les exploitants autonomes sur le repérage et l’identification du risque chimique, en leur proposant d’évaluer les expositions aux produits chimiques grâce à un outil développé par l’INRS (institut national de recherche et de sécurité) et en les accompagnant dans la mise en place de mesures de prévention. »

Pour les TMS, qui représentent 93 % des reconnaissances de maladies professionnelles en agriculture, « les résultats de notre action sont encourageants, se félicite Pierre Berthelot, puisqu’après une augmentation de 8 % entre 2012 et 2013, le nombre de TMS a diminué de 0,8 % en 2014 ».

Accompagner les entreprises sur la santé-sécurité

Chez les salariés, la viticulture, le traitement de la viande, les cultures spécialisées, les activités jardins-espaces verts sont les secteurs qui génèrent le plus grand nombre de TMS. Chez les non-salariés, ce sont la viticulture, l’élevage bovins viande, l’élevage bovins lait, les activités de culture-élevage non spécialisées. Là encore, la MSA mène de nombreuses actions de formation et d’accompagnement des entreprises dans la compréhension des situations de travail à risque et de recherche de pistes d’amélioration.

© Luc Perenom/ CCMSA Image

© Luc Perenom/ CCMSA Image

Elle va développer, individuellement et en actions collectives, une méthode d’accompagnement des petites entreprises à la prévention des TMS. Celle-ci permet d’amener le décideur à définir des axes de travail intégrant les notions de santé-sécurité au travail en lien avec ses priorités professionnelles, et de trouver les solutions adaptées. Avec cette méthode, ce sont les TPE (très petites entreprises) et les exploitants qui sont ciblés.

Ne pas chômer sur la désinsertion professionnelle

Le plan se focalise aussi sur la prévention de la désinsertion professionnelle. Les travailleurs souffrant d’un problème de santé ou de handicap éprouvent souvent des difficultés de maintien dans l’emploi. Le vieillissement de la population active et l’allongement de la durée de vie professionnelle ont aussi des conséquences sur l’employabilité des travailleurs agricoles, salariés et exploitants.

« C’est un véritable enjeu et nous nous attachons à y répondre par un travail de détection précoce, a insisté Pierre Berthelot. Prévenir la désinsertion professionnelle et maintenir dans l’emploi (ou en emploi) le travailleur ayant un problème ou un handicap font partie de l’activité professionnelle des services de santé-sécurité au travail. »

Pour ce faire, les cellules de coordination, associant médecin du travail, médecin-conseil et travailleur social et chargées d’accompagner les assurés fragilisés, seront généralisées (aujourd’hui 13 sont opérationnelles).

Former au risque psychosocial

Enfin, les risques psychosociaux (RPS) ont également été érigés en priorité. « La conjoncture économique et l’évolution du métier d’agriculteur font apparaître des risques nouveaux dont les RPS, a pointé Pascal Cormery. Avec des conséquences qui peuvent amener des problèmes économiques dans les entreprises en raison de l’absentéisme, de la rotation du personnel, de la baisse de la productivité, de problèmes accrus de santé… »

Dans le cadre du précédent plan, le réseau de préventeurs a été sensibilisé et mobilisé pour l’accompagnement des entreprises dans la prévention des risques psychosociaux. Le travail va être poursuivi et les équipes organiseront des réunions-débats autour du film Et si on parlait du travail ?, échanges qui s’accompagneront d’une offre de formation ou d’accompagnement individuel et collectif.

Autre engagement fort de la MSA, mais se situant hors du champ de ce plan, la prévention du suicide en agriculture, qui a fait l’objet d’une présentation par le Dr Véronique Maeght-Lenormand.

Lire aussi

Nouveau plan santé-sécurité au travail. Sommaire de notre dossier.

Un réseau en actions. Les experts de la MSA agissent au quotidien sur le terrain pour promouvoir la prévention des risques professionnels et soutenir les entreprises agricoles dans cette démarche. Illustrations avec les caisses du Limousin, des Portes de Bretagne et de Picardie.

Répondre aux risques. La santé-sécurité au travail, spécificité de la MSA, ambitionne de réduire le nombre d’accidents et de maladies professionnelles dont sont victimes les ressortissants. Car le métier présente des risques propres, révélateurs des problématiques de santé publique, qui traversent le monde agricole.

Un plan en six lignes. En bref, les six priorités avec des actions concrètes à adapter aux réalités de terrain par les équipes santé-sécurité au travail (SST).

Prévenir le suicide en agriculture. La MSA a mis en œuvre, fin 2011, un plan national d’actions contre le suicide en milieu agricole. Présentation des actions réalisées sur la période 2011-2014 et de l’engagement de la MSA dans le plan 2016-2020.

 

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