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Leur pain quotidien Le milieu associatif rural fourmille d'idées (2/6)

 

Eeva, une Finlandaise, propriétaire d’une résidence secondaire dans ce bourg de 300 âmes

Eeva, une Finlandaise, propriétaire d’une résidence secondaire dans ce bourg de 300 âmes : « Ici, j’ai trouvé le calme, l’inspiration, le soleil et j’apprécie la qualité de la nourriture. » © Alexandre Roger/Le Bimsa

L’ambition du dépôt de pain de Givardon, animé par des bénévoles de Générations Mouvement, était d’apporter un vrai service à la population : du pain frais tous les matins. Au-delà de son succès indiscuté, il a eu un effet inattendu : il a permis de recréer du lien social dans cette commune isolée du Cher.

Ce petit matin d’août, les clients se bousculent au comptoir de Mimi, Pascale et Corinne. L’ancien café éponyme de Givardon, dans le Cher, a retrouvé son affluence des grands jours. Pain frais, Le Berry républicain, le journal local, viennoiseries et bonne humeur sont au menu des nombreux visiteurs. On boit aussi un café à l’occasion. Ici, on s’appelle par son prénom. On reçoit des nouvelles du petit dernier et on s’inquiète de la santé des anciens. Bien plus qu’un simple local de vente de pain, le dépôt est devenu un véritable lieu d’échanges et de rencontres au sein du village.

À 33 heures de voiture d’Helsinki

C’est ce petit coin de paradis perdu au milieu de la campagne berrichonne, où l’on cultive l’amitié et l’art de vivre à la française, qu’a découvert Eeva, une Finlandaise, propriétaire d’une résidence secondaire dans ce bourg de 300 âmes. « Ici, j’ai trouvé le calme, l’inspiration, le soleil et j’apprécie la qualité de la nourriture. » Ce matin, point de Karjalanpiirakka, la tarte traditionnelle finlandaise, dans son sac à commissions, mais des viennoiseries et un pain aux céréales. Mais comment cette écrivaine et photographe du Grand Nord s’est-elle retrouvée à vivre trois à quatre mois par an au beau milieu de la campagne berrichonne, à 33 heures de voiture d’Helsinki ? « On faisait du tourisme en famille dans la région lorsque ma fille a repéré une jolie maison à vendre, explique-t-elle dans un très bon français.

Maurice, ancien cheminot âgé de 81 printemps, est un client assidu du dépôt de pain.

Maurice, ancien cheminot âgé de 81 printemps, est un client assidu du dépôt de pain. © Alexandre Roger/Le Bimsa

Nous sommes tombés amoureux de l’endroit. On l’a visitée puis achetée presqu’aussitôt. C’était il y a 17 ans. » Estelle, une habituée, confirme. « Je viens acheter mon pain tous les jours depuis le début. Même si on se trouve à seulement huit kilomètres d’un supermarché, c’est très important de venir ici. »

Installé dans l’ancien restaurant de la commune

Claudine et Didier, Parisiens en vadrouille, discutent au comptoir. « On descend très souvent dans ce qui était la maison des grands-parents de mon mari, précise Claudine. Quand on est là, on vient ici tous les jours, mais quand je remonte à Paris, je prends un pain de plus pour ma mère qui l’adore. » Maurice, baguette sous le bras, ancien cheminot, âgé de 81 printemps, la plupart passés à Givardon, sort du dépôt de pain en sifflotant. Est-ce l’odeur du pain frais qui le rend si joyeux ? On n’en saura pas plus. Le père de l’actuel instituteur du village est depuis le début un client fidèle du dépôt.

Installé, grâce à la mairie, dans l’ancien restaurant de la commune fermé depuis plusieurs années, l’endroit, qui fait encore une fois le plein ce jour-là, a fêté son troisième anniversaire le 11 juillet. Jusque-là, les habitants de la commune étaient obligés de faire une quinzaine de kilomètres aller-retour pour trouver une boulangerie. C’est le boulanger de Sancoins, une commune voisine, qui fournit le pain sur commande. Il est en outre porté au domicile des personnes ne pouvant pas se déplacer. Toute cette petite entreprise solidaire repose sur les épaules et la bonne volonté des bénévoles de Générations Mouvement.

Béatrice a commandé une ficelle à 45 centimes. Cette habitante de la commune un peu pressée prend quand même le temps de donner son point de vue. « Le départ du boulanger qui passait tous les jours en camionnette a créé un grand vide. Heureusement qu’elles sont là », dit-elle, en pointant du regard Mimi, Pascale et Corinne. Il faut dire, qu’il vente ou qu’il neige, les trois copines sont fidèles au poste six jours sur sept et toute l’année.

« L’accueil des bénévoles est au top »

« On s’est retrouvé sans pain presque du jour au lendemain. Il fallait qu’on réagisse, raconte Corinne, mère de famille. Ça fait vraiment chaud au cœur de voir tout le monde se retrouver ici. » Mimi, jeune retraitée, acquiesce. Pascale, ancienne directrice d’école, ajoute : « À la retraite, il fallait que je me sente utile à quelque chose. » Mission accomplie. Pour le plus grand plaisir des petits gourmands que sont Luiça, Ginna, Idris, Lenny et Clémentine, et leur mamie Roselyne. Cette jolie famille est venue en force ce matin-là. « Le pain est bon. Mais surtout l’accueil des bénévoles est au top. » On avait cru comprendre…

Roselyne et ses petits-enfants

Roselyne et ses petits-enfants : « Le pain est bon. Mais surtout l’accueil des bénévoles est au top. » © Alexandre Roger/Le Bimsa

L’initiative a été consacrée par la fédération nationale de Générations Mouvement, dans le cadre du concours « générations actions », organisé en partenariat avec la MSA. L’association a reçu un prix de 750 euros pour son action originale, dynamique et innovante. La somme sera investie dans un voyage au bénéfice de tous les membres du club.

« Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer à Givardon pour qu’on se retrouve aujourd’hui sans aucun commerce ? », s’interroge Patrice, un Parisien, propriétaire d’une résidence secondaire dans la commune depuis douze ans. À l’époque, le village avait déjà perdu sa boulangerie, son épicerie, sa boucherie et sa station-service, mais il restait encore un restaurant et un boulanger ambulant. Aujourd’hui, la moitié des 300 habitants sont comme lui des résidents à temps partiel. S’ils animent le village une partie de l’année, ils ne sont pas assez nombreux pour faire vivre un commerce toute l’année.

Les gens se reparlent enfin

« On n’aurait pas le dépôt de pain, le village serait mort, constate Patrice. Les habitants de Givardon sont pourtant très accueillants. Quand j’ai acheté ici il y a douze ans, j’ouvrais la porte et je trouvais un panier de légumes du jardin presque tous les matins. Il m’a fallu une année pour découvrir qui était le bon Samaritain. Alors, quand je me promenais dans le village, je disais merci à tout le monde. »

Les habitants du village peuvent, eux, dire merci à Jean-Paul, dit Paulo, le président de Générations Mouvement — club de l’amitié de Givardon, qui n’est pas pour rien dans la réussite de ce projet. Cet ancien gendarme hyperactif et fourmillant d’idées a redonné vie à ce club un peu endormi. Résultat : sur les 300 habitants de Givardon, 72 font partie de Générations Mouvement. Les membres ont entre 13 et 88 ans. « Nous sommes tout sauf un club de retraités. Ici, toutes les générations se retrouvent. Quand il n’y avait plus rien, les gens ne communiquaient plus. Depuis l’ouverture du dépôt de pain, ils se reparlent enfin. »

Mimi, Pascale, Corinne et Jean-Paul, dit Paulo, le président de Générations Mouvement de la commune.

Les clients se bousculent au comptoir de Mimi, Pascale, Corinne et Jean-Paul, dit Paulo, le président de Générations Mouvement de la commune. © Alexandre Roger/Le Bimsa

Le maire, Patrick Henry, confirme : « Le fait de venir au pain, de se sourire, de se redire bonjour, a tout changé. Les gens se parlent et s’apprécient à nouveau dans le village. Les bénévoles ont apporté des solutions à des personnes isolées qui n’en avaient pas. » Et comme les bonnes idées n’ont pas de frontières, les habitants de Neuilly-en-Dun, un village situé à proximité, viennent de s’inspirer du concept.

 

 

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Alexandre Roger

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