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L’insertion, c’est dans leur nature Insertion par l'activité économique (2/8)

L'équipe du chantier de la vallée du Cher et ses encadrants.

L’équipe du chantier de la vallée du Cher et ses encadrants. © Christophe Gatschiné

Avec l’ouverture d’une antenne à Vierzon début septembre, l’Association solidarités emplois ruraux (Aser), créée en 1994 par la MSA Beauce Cœur de Loire, élargit son champ d’action. À son actif, trois chantiers d’insertion (deux dans le Cher, un dans le Loiret) pour l’entretien des espaces verts notamment. Visite dans le Cher à l’occasion de ce 20e anniversaire.

« Ma fonction de responsable de l’association m’amène à suivre l’action des trois chantiers d’insertion que gère Aser et, pour ce faire, je me rends sur place tous les dix jours environ » explique Sophie Amichot. Une opportunité de vérifier sur le terrain la raison sociale, ou plutôt la raison d’être, d’un employeur pas comme les autres.

La principale vocation de l’Aser est d’accueillir des personnes fragilisées en recherche d’emplois pour les mettre à disposition d’entreprises, de collectivités locales, d’associations ou de particuliers ayant besoin de main-d’œuvre et dispensés alors des formalités administratives liées à l’embauche de personnel (recrutement, paie, gestion des congés, remplacement en cas d’absence). Une démarche gagnant/gagnant de développement local conventionnée par la Direccte, le Conseil général du Cher et Pôle Emploi, pour laquelle l’association a reçu en 2007 la certification qualité « Cèdre », LA référence professionnelle dans le secteur de l’insertion par l’activité économique (renouvelée en 2011 pour trois ans).

Savoir-être et estime de soi

Et les grands gagnants sont avant tout les salariés. Des hommes, pour la plupart en grandes difficultés, placés en situation de travail et intégrés dans un véritable parcours d’insertion personnalisé. « Nous leur offrons un encadrement professionnel (fourniture du matériel, apprentissage des gestes et méthodes en lien avec le service prévention des risques professionnels de la MSA) adapté à leurs compétences et un accompagnement social auprès de l’une de nos conseillères (résolution de difficultés sociales, aide au remplissage de documents administratifs et au moment de l’affiliation à la MSA pour l’ouverture de leurs droits CMU et RSA, mise en place de formations, soutien dans la recherche d’un logement et d’un emploi). Mais nous travaillons aussi avec eux sur le savoir être, l’estime de soi et la présentation, car c’est aussi important que le savoir-faire. Un déclic que nous suscitons notamment par une sensibilisation à la prévention santé et au recours plus systématique aux soins (dentaires, optique). » Une immersion dans le monde du travail du secteur marchand qui fonctionne comme un tremplin vers l’emploi. Et un retour sur soi afin de se reconstruire et de repartir du bon pied. 

Avec un agrément départemental renouvelé par la préfecture du Cher en novembre 2011 pour une durée de cinq ans, l’association est présente sur une grande partie du département. Et c’est au grand air que nous partons à la rencontre des deux encadrants des chantiers de la vallée du Cher, à Saint-Florent-sur-Cher et du Val d’Aubois, à Sancoins. 24 salariés (douze sur chaque site), allocataires du RSA et d’autres minima sociaux, y sont employés en Contrat unique d’insertion (CUI) de 24 heures par semaine (trois fois huit heures) d’une durée de six mois renouvelable jusqu’à 24 mois.

Gestion des ressources humaines

Sur les berges humides du Cher, au milieu d’une clairière, Nathalie Guilloteau, en bottes et combinaison de travail, aide son équipe à ranger le matériel à l’arrière du camion avant de rentrer au local pour la pause déjeuner. Technicienne de rivière dans le cadre d’une spécialisation d’initiative locale et titulaire d’un brevet d’aménagements paysagers, elle a conduit les travaux de débroussaillage, d’abattage et d’élagage du matin tout en y participant.« Nous entretenons les bords des rivières et du canal du Berry, en privilégiant les zones de pêche, dans le cadre d’un contrat avec la communauté de communes. Mais nous répondons aussi à des appels d’offres d’entretiens privés pour la servitude de marchepied qui impose aux propriétaires de laisser un passage libre sur une largeur de 3,25 mètres le long des cours d’eau. Nous sommes connus dans le coin. Les riverains n’hésitent pas à m’appeler pour un arbre tombé. Et puis nous assurons toute la chaîne du bûcheronnage puisque le bois des arbres abattus pour dégager un site est récupéré et vendu. »

Leçon de choses

Olivier, Mohamed, Fidèle, elle appelle chacun des salariés par son prénom. Une relation de confiance qui va au-delà du cadre strictement professionnel. « Je suis là pour leur apprendre le métier, mais j’en profite aussi pour leur montrer la flore et la faune locales, les sensibiliser au développement durable, au respect de la nature, au ramassage des déchets. » Une leçon de choses qui permet de désamorcer les tensions occasionnelles. « Je surveille les leaders, les petits caïds, susceptibles de déstabiliser le chantier. Si une hiérarchie s’installe, elle doit être positive. Je suis aussi très vigilante sur les questions de dépendance aux drogues ou à l’alcool. Tout changement brutal de comportement ou mensonge sont des signes. Mais je retiens surtout les belles rencontres car, si je les accompagne, ils m’apportent aussi en retour. Voir les regards sur eux évoluer et des employeurs du milieu leur faire confiance en les embauchant à l’issue de leur passage chez nous me rend heureuse. »

Revue de matériel avant la pause déjeuner, sous le regard de Nathalie Guilloteau

Revue de matériel avant la pause déjeuner, sous le regard de Nathalie Guilloteau. © Christophe Gatschiné

Même son de cloche avec Fabrice Desbois, grimpeur élagueur, responsable du chantier de Sancoins, que nous rejoignons après la pause casse-croûte, le premier jour de lancement des travaux. Autour de l’abbaye de Noirlac, d’ici à la fin du mois de novembre, il va remplacer avec son personnel les clôtures vétustes des 70 hectares de bocage dont le Conseil général est propriétaire. 250 pieux d’acacia à enfoncer sur plus de 700 mètres. « Nous avons répondu à cette demande en lien avec le Conservatoire d’espace naturel. Grâce à mes rencontres régulières avec les agriculteurs et les élus locaux, le travail vient à nous. Nous sommes des globe-trotters. Avec la disparition des cantonniers, les maires ont trouvé à qui s’adresser la veille d’une fête de village pour nettoyer la place par exemple. Nous travaillons en partenariat avec les paysagistes de la région chez lesquels nous plaçons des salariés en immersion ou en mission. »

Ce qui compte pour lui, c’est de rendre chaque salarié opérationnel et autonome le plus rapidement possible. « Lorsque l’un d’eux quitte l’équipe, c’est qu’il était au top, alors je veille à ce que les nouveaux le soient au plus vite. Pour cela, je sais pouvoir compter sur l’entraide et la solidarité au sein du groupe. Et puis je les responsabilise au maximum, chacun avec son matériel et ses attributions. Certains arrivent avant moi au local le matin. Ils savent qu’avec moi, qu’ils soient là ou pas, c’est départ à sept heures !  » Le message est passé et nous laissons illico Fabrice et ses hommes poursuivre leurs travaux.

Fabrice Desbois et Sophie Amichot

Fabrice Desbois et Sophie Amichot. © Christophe Gatschiné

 

Zoom

Dirigée par Christian Pinsac, la MSA Beauce Cœur de Loire a initié depuis de nombreuses années une offre de services sur les territoires, aujourd’hui regroupée au sein de MSA Services sous la responsabilité de Christiane Audebert, sous-directrice.

MSA Services Beauce Cœur de Loire est composée de neuf associations qui œuvrent dans le domaine du maintien à domicile et de l’insertion sociale et professionnelle. Plus d’infos sur :  www.msa-beauce-coeurdeloire.fr

 

Les résultats de l’Aser 18/45 en 2012

  • 77 400 heures de travail, correspondant à l’emploi de 42 personnes à temps plein,
  • 21 embauches en CDI, 15 en CDD,
  • 4 formations,
  • 3 contrats aidés,
  • 2,5 millions de chiffre d’affaires.

 

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Sommaire de notre dossier sur l’insertion par l’activité économique.

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Christophe Gatschiné

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