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Maman ne peut plus rester seule Un nouveau service pour permettre le répit (2/5)

 

Simone Roux et sa maman, âgée de 98 ans.

La présence de la baluchonneuse auprès de sa mère rassure Simone Roux (à droite sur la photo) lorsque celle-ci doit s’absenter. © Gildas Bellet

« La situation de maman s’est vite aggravée. Si j’habite dans l’Ain, à 120 km d’ici, je suis très souvent, voire presque tout le temps, chez elle. » Simone Roux assure désormais une présence quasi-constante auprès de sa mère, dans un village non loin de Chambéry, en Savoie. Installée dans la véranda de sa maison, profitant d’une belle journée au cœur d’une campagne toute en reliefs, sur les derniers contreforts du nord du massif de Chartreuse, cette dame souriante de 98 printemps ne peut plus aujourd’hui rester seule.

« J’ai dû subir une intervention, explique sa fille ; on a donc cherché quelqu’un pour aider maman. Elle est restée quelques jours seule avant mon hospitalisation, des personnes venant pour la toilette. Mais, un jour, elle n’a pas pu ouvrir ; elle est tombée et, après sa chute, elle a été hospitalisée pendant dix jours, en observation. Un bilan a été réalisé à cette occasion ; elle est classée en Gir 2 depuis mars [les Gir –groupes iso-ressources – sont utilisés pour définir le niveau de dépendance, de 1 pour une personne confinée au lit ou au fauteuil qui nécessite une présence indispensable et continue d’intervenants, à 6 pour une personne encore autonome pour les actes essentiels de la vie courante].

Visite à domicile avant l’intervention

« J’ai téléphoné à droite, à gauche et j’ai mis un moment pour trouver ; c’est chez un kinésithérapeute d’Aix-les-Bains que j’ai vu un dépliant d’information sur Bulle d’air. J’ai aussitôt téléphoné et le contact, très bon, m’a déjà procuré cette bulle d’air ! »

Deux interventions ont alors été programmées en juillet. Une visite au domicile a été organisée avant l’absence de Simone Roux pour préparer le passage de témoin et discuter des habitudes de vie, de l’état de santé, des besoins de sa maman. « Émilie Boisseau [la responsable de Bulle d’air] a recueilli les informations, nous a expliqué le déroulement de l’intervention puis a établi un devis. La baluchonneuse est venue nous rendre visite la veille, ce que j’ai beaucoup apprécié. Grâce à sa présence je suis rassurée et maman aussi. J‘ai la garantie de ne pas me retrouver sans solution la veille, avec une personne qui respecte les horaires, pour que la famille soit tranquille. D’ailleurs, en septembre, la baluchonneuse revient ; je me suis inscrite à une randonnée dans l’Ubaye et elle me remplacera pendant ces quelques jours de vacances. »

Au minimum trois heures consécutives

Emilie Boisseau, responsable du service Bulle d'air

Émilie Boisseau, responsable de Bulle d’air. © Gildas Bellet

Depuis novembre 2011, Bulle d’Air peut potentiellement intervenir 24 heures sur 24 pour favoriser le répit des aidants. « Il s’agit d’un service de garde à domicile, ouvert à tous, quelque soit le régime de protection sociale, susceptible d’intervenir au minimum trois heures consécutives, mais aussi la nuit, le week-end, indique Émilie Boisseau, responsable Bulle d’Air au sein de l’association Présence à Domicile créée l’an dernier, à l’initiative de la MSA Alpes du Nord, pour porter les services Présence Verte (téléassistance) et Bulle d’Air (répit aux aidants).

« Les motifs sont variés : hospitalisation de l’aidant, sortie, loisir, événement familial, répit (pouvoir dormir la nuit par exemple), vacances, week-end ou encore remplacement de l’aidant reprenant une activité professionnelle. Les baluchonneurs doivent juste assurer le remplacement et ne se substituent pas à d’autres services ; souvent, au domicile, une infirmière vient déjà pour la toilette, l’ADMR pour le ménage… Les contours de leur rôle sont précis et il y a des limites que les baluchonneurs connaissent : pas le droit de préparer les médicaments, d’aider à la toilette médicalisée, rester neutre, éviter la familiarité… »

Il s’agit d’un service mandataire, c’est-à-dire que l’association met en relation le baluchonneur avec le particulier employeur et gère les démarches administratives (formalités liées à l’embauche, contrat de travail, suivi des interventions…).

Une cinquantaine de baluchonneurs en Savoie

À terme, Bulle d’air sera opérationnel sur les trois départements de la MSA Alpes du Nord (Savoie, Haute-Savoie et Isère). Le démarrage a d’abord eu lieu en Savoie et les premières interventions commencent maintenant dans les autres départements. Un important travail a été nécessaire pour créer ce service, définir un modèle économique, recruter les baluchonneurs : « Nous investissons beaucoup dans la sélection et la constitution de notre pool de baluchonneurs, poursuit Emilie Boisseau ; nous avons traité près de 500 candidatures sur les 10 derniers mois. »

Il s’agit d’une activité d’appoint, pour laquelle une expérience est demandée : « certains sont retraités et ont eu une expérience dans le secteur médico-social, d’autres ont un profil d’aide soignante et sont encore en activité, d’autres encore se sont occupés d’un proche dépendant… Ce sont en grande majorité des femmes. Pour disposer d’un pool conséquent et couvrir tout le département, une cinquantaine de baluchonneurs ont ainsi été recrutés sur la Savoie. »

Lorsqu’elle enregistre une demande d’Intervention, Émilie Boisseau se rend à domicile pour l’évaluation et l’identification des besoins précis de ses clients. « Nous entrons certes dans l’intimité de la famille mais nous devons recueillir des informations pour les transmettre aux salariés ; il est nécessaire de savoir ce que la personne aime, quelles sont les activités susceptibles de la stimuler et maintenir son autonomie… »

Un suivi attentif

À partir de là, les contours de l’intervention sont définis ainsi que le profil d’un baluchonneur adapté à la situation. « Viennent ensuite l’établissement du contrat de travail, la déclaration du salarié et les démarches administratives que nous assurons. Parallèlement, nous rédigeons une fiche de transmission où sont consignées les caractéristiques de la dépendance, les numéros de téléphone utiles – médecin, portable d’astreinte – car le baluchonneur peut nous joindre à tout moment… Tout est prêt pour la venue du baluchonneur qui peut rencontrer la famille au préalable ou avoir un échange téléphonique avec elle. Je m’assure ensuite que l’intervention a bien démarré et correspond aux attentes de la famille et je gère les imprévus ou les tensions éventuelles. »

Le coût du service est fonction de la durée et des séquences (jours, nuit, présence responsable) qui composent l’intervention.  Il peut faire l’objet d’aides (dans le cadre de l’allocation personnalisée d’autonomie par exemple) ou de déductions d’impôt si la personne est imposable.

Autre possibilité dont a bénéficié la mère de Simone Roux : l’octroi d’une prestation extra-légale proposée par la MSA Alpes du Nord pour la garde à domicile, jusqu’à concurrence de 1 000 euros pour l’année. « Mes parents sont d’anciens agriculteurs, retraités de la MSA. À la suite de la visite de l’assistante sociale de la MSA, nous venons d’apprendre que maman, après examen de sa demande, peut en bénéficier. »

 

lire aussi

le témoignage de deux « baluchonneuses » qui expliquent concrètement leur activité, et celui d’un client ;

la genèse du projet et son évolution avec Denis Cheminal, directeur de la MSA Alpes du Nord et secrétaire général de l’association Présence à domicile, et Thierry Blanchet, président de l’association ;

l’entretien avec Gabrielle Lacombe, directrice de MSA Services Alpes du Nord.

 

Liens utiles

 

Le site Internet de Bulle d’air

La prestation de garde à domicile de la MSA Alpes du Nord

Le service de baluchonnage né au Québec

Baluchon Alzheimer en Belgique

Gildas Bellet

2 thoughts on “Maman ne peut plus rester seule Un nouveau service pour permettre le répit (2/5)

  1. Bonsoir,
    Je serai intéressée par votre organisation.
    Retraitée infirmière je serai disponible sur la région de Chambéry.
    Merci de me donner un peu plus de renseignements .

  2. Bonjour,

    Merci pour votre message. Vous voudrez bien nous excuser de vous répondre avec quelque délai.

    Au sein du service Bulle d’air, les « baluchonneurs » prennent le relais de l’aidant pendant son absence, de jour comme de nuit, pour accompagner la personne dans les actes de la vie quotidienne :

    – Présence auprès de la personne afin de sécuriser l’aidant : compagnie, surveillance, conversation…
    – Aide à la personne…
    – Sollicitation de la personne à partir de ses intérêts, de ses capacités et de ses « petits plaisirs »
    – Petit entretien du lieu de vie : vaisselle, linge…

    Ce service recrute des personnes qui ont une expérience significative dans l’aide aux personnes dépendantes, ou qui sont diplômées des filières médico-sociales. et peut être amené à recruter des retraités, ou des salariés qui ont déjà un emploi et qui souhaiteraient bénéficier d’un complément d’activité.

    Le service Bulle d’air peut être contacté à ce numéro de téléphone : 04 79 62 87 38, du lundi au vendredi de 8h30 à 12h00 et de 13h30 à 17h15.

    voici l’adresse de son site Internet : http://www.repit-bulledair.fr/