Imprimer cet article Envoyer cet article

Manger ensemble : derrière les grimaces, ça passe

Conférence

Salle comble pendant la conférence débat.Gladys Crépellière avec les élèves de la MFR. © Bernard Gazé

Les repas en famille pour les ados relèvent du « je t’aime, moi non plus ». À les entendre en parler, ce n’est pas leur « tasse de thé ». Pour reconnaître au fond qu’il est très important de manger ensemble. Enquête à la Maison familiale rurale de Fyé, dans la Sarthe.

« Alimentation et communication sont comme les deux faces d’une même pièce de monnaie » : voilà pour la formule, imagée, qui dit bien le coté indissociable des deux actions. Et pour bien enfoncer le clou : « l’alimentation est un des moyens de communication parmi les plus importants dont disposent les êtres humains » (mazette, rien que ça !). Deux expressions lourdes de sens

martelées entre autres par Anne-Marie Lhermite, psychologue au Mans, venue en ce jeudi 23 juin au soir aux frontières de la Sarthe nord : précisément à la Maison familiale rurale de Fyé, dans la salle commune pleine à craquer pour la conférence-débat gratuite et ouverte à tous, élèves et parents, en conclusion de la réflexion initiée en début d’année scolaire 2011 par la classe de 3e autour du thème : « Et si on mangeait ensemble ce soir ». Sachant que par « ensemble », il convenait d’entendre parents et adolescents.

Échanger entre parents et adolescents

« Quand nous avons choisi ce thème et ce projet soutenus par l’ensemble du conseil d’administration, avec Sandrine Guillot, ma monitrice de français, précise Marie-Paule Leroyer, directrice de la Maison familiale, nous savions que derrière leurs propos, volontiers provocateurs – du genre on passe trop de temps à table ; quand je mange avec mes parents, s’il y a quelque chose que je n’aime pas, je me lève et vais chercher autre chose dans le frigo…- beaucoup de jeunes, contre toute apparence, restent très attachés aux repas pris en commun. Sans esprit moralisateur, nous voulions rassurer les parents par rapport à leur pratique. »  De fait, les ados, surtout en internat comme c’est le cas, attendent beaucoup du repas du vendredi soir avec papa/maman. En résumé, c’est : « le samedi, fichez-nous la paix, mais le vendredi, dînons tous ensemble autour de la même table familiale. » L’occasion d’échanger sur ce qui s’est passé durant la semaine.

Petit retour en arrière dans l’histoire de chacun, c’est dès le stade de nourrisson que le « nourrissage » (un bien vilain mot pour désigner le temps de l’alimentation) s’avère un vecteur permettant d’entrer en relation avec le monde et d’abord la mère, à travers des sourires, des babillements, toute une gestuelle, des comportements, qui pour le coup ne s’embarrassent pas de mots. Et cette expérience là, nous la gardons toute notre vie dans un coin du cerveau : bibliothèque de toutes nos émotions et expériences.

D’autres raisons culturelles mettent également l’accent sur alimentation et convivialité, ou partage. On sait par exemple que par delà les besoins vitaux, par hypothèse fondamentaux, (manger, dormir, s’hydrater, respirer…), un humain privé de relations sociales, sans possibilité de communiquer et de parler, présenterait des troubles de comportements.

Pas d’accord… Alors causons

La communication fait donc partie intrinsèque de notre épanouissement. Et la famille mais aussi l’école, et dans une moindre mesure, les loisirs, les activités sportives, constituent autant d’espaces privilégiés propices aux échanges. Particularité de tous : ils favorisent le dialogue intergénérationnel. « Attendu que l’on ne parle pas de la même manière à ses « potes » ou à ses pairs qu’à des adultes, précise Anne-Marie Lhermite qui ajoute : « ce n’est pas une maladie, c’est même normal qu’il y ait des sujets de désaccords entre générations. Car comment grandir sans adultes en face de soi pour vous dire : là ! Je ne suis pas d’accord. Et du coup, on va causer ! »  Le rôle est difficile, certes, mais tout à fait fondamental. Il ne s’agit pas de se dérober. Anne-Marie Lhermite enfonce le clou : « Éduquer, c’est transmettre des valeurs. Poser des limites. Certains n’hésitent pas à dire : peu importent les règles pourvu qu’il y en ait, le plus important même n’étant pas de les poser mais de les tenir. » Fermez le ban.

La télé comme coupe-communication

Autre sujet d’étonnement porté par le questionnaire : la place de la télé aujourd’hui. Sans connotation moralisatrice (c’est bien ou ce n’est pas bien), le petit écran comme bruit de fond fait partie intégrante de notre univers social. Il permet d’introduire l’extérieur dans la sphère familiale mais aussi de divertir, quand il ne s’agit pas de trouver des sujets de conversation.

Oui mais. « Si nous n’écoutions que les élèves, s’insurge Marie-Paule Leroyer, il y aurait incommunicabilité à tous les étages : le repas idéal pour eux étant le mobile à une oreille,l’ écouteur sur la tête pour la musique, et la télé pour habiller le tout ! Je vois ça, moi, comme des « coupe communications » que j’interdis au réfectoire, même si je reconnais tout le côté frustrant que cela peut représenter pour eux. Il est capital par moment de mettre en place, dans une maison justement qualifiée de « familiale », des conditions propices à la communication !

« Tout comme j’estime important d’imposer une minute de silence au moment de la rupture de chacun des repas. Ce silence obligé, génial à mes yeux, est adopté au fond par les ados à qui on a préalablement expliqué que c’était important pour nous en tous cas, et surtout pour nos oreilles. »

Des oreilles que tous ont envie de protéger, car comme nous l’a dit Bertrand, élève à la MFR : « Des sujets de communication en famille, c’est pas qu’il n’y en ait pas assez. Il y en aurait même trop et la question serait plutôt : quoi choisir comme sujet de conversation pour le prochain repas passé à table ? »

Bernard Gazé

GC

Gladys Crépellière avec les élèves de la MFR. © Bernard Gazé

--

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *