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Mission rénovation Logement en milieu rural (3/6)

© Fouque Istock/CCMSA Image

Pour lutter contre l’habitat indigne et la précarité énergétique, la MSA Dordogne, Lot et Garonne a répondu à un appel à projets avec la mise en place du programme « Habiter mieux ».

Tout le monde a le droit de passer l’hiver au chaud. Finis les logements passoires énergétiques. Pour améliorer le confort de vie des habitants et réduire leurs factures d’électricité, la MSA Dordogne, Lot et Garonne s’est intéressée de près au programme « Habiter mieux ».

« L’objectif est de permettre aux propriétaires occupants de réaliser des travaux d’amélioration de la performance énergétique de leur logement soit pour mieux se chauffer, soit pour diminuer leurs factures », explique Sandra Loichot, conseillère en économie sociale et familiale à la caisse de MSA et référente sur le projet.

Le programme « Habiter mieux » permet en effet de financer des travaux de rénovation énergétique avec les aides de l’Anah (voir colonne de droite) – 35 à 50 % du montant des travaux – , complétées d’une prime d’État ou d’aides des caisses de retraite si les travaux réalisés permettent de diminuer d’un quart la consommation énergétique.

191 000 logements rénovés

Les travaux concernent l’isolation de combles, de toitures, de murs intérieurs et extérieurs, les remplacements d’ouvertures, l’installation de systèmes de chauffage et de ventilations, etc. Les propriétaires bailleurs peuvent également bénéficier d’une aide s’ils signent une convention fixant notamment un montant de loyer maximal. Depuis 2011, plus de 191 000 logements ont été rénovés en France grâce à ce programme.

En 2014, la MSA Dordogne, Lot et Garonne s’engage dans le dispositif. « C’était intéressant pour nous car nous avons une population rurale, en grande majorité propriétaire occupante, avec un parc de logements très anciens », relate Sandra Loichot. Les assistantes sociales de la MSA détectent les potentiels bénéficiaires et les incitent à engager des travaux en faisant valoir leurs droits. Ce sont en majorité des retraités agricoles, avec des petites retraites, donc une solvabilité faible.

© Halfpoint Istock/CCMSA Image

La MSA leur offre un appui financier, en complément de l’aide apportée par l’Anah : « On peut ainsi arriver à 80 % de subventions. De quoi débloquer des situations. Les personnes peuvent aussi solliciter auprès de la MSA un prêt pour financer leur reste à charge, ce qui est intéressant pour celles qui n’ont aucun fonds propres. » Une aide non négligeable quand la moyenne des travaux oscille entre 20 000 et 22 000 euros.

Tu peux chauffer, Marcel

Si le maintien à domicile des personnes âgées est conditionné par l’aide humaine, elle l’est aussi par l’amélioration du bâti. « Notre problématique est de rendre les logements “chauffables“, parce que quand on vieillit, on est plus sensible au froid. Il y a énormément de personnes qui se chauffent uniquement avec une cheminée à foyer ouvert. Un système qui s’alimente de façon autonome permet, par exemple, de ne plus avoir à porter de bûches. »

Dans la région, les bâtisses sont par tradition grandes, avec des pièces volumineuses. Les systèmes d’isolation y sont peu voire pas du tout existants. De vieilles fenêtres qui laissent passer l’air, des greniers en prise directe avec l’extérieur…, comme chez Georgette Pouchot. L’octogénaire, qui réside à Limeuil, à quarante kilomètres de Bergerac, a bénéficié du programme l’année dernière. Elle a fait réaliser d’importants travaux de maçonnerie et de menuiserie dans sa maison : « Le toit s’effondrait dans le grenier. Mes fenêtres et mes portes dégringolaient : elles étaient mangées par les bêtes, le bois était pourri. » Aujourd’hui, sa maison est bien isolée et Georgette se targue d’ouvrir chaque matin ses volets flambants neufs.

Soliha, un facilitateur

Ces améliorations n’auraient pas pu voir le jour sans l’association Soliha à qui la MSA passe le relais après sa mission de repérage du public. L’association, présente dans presque tous les départements de France, monte les dossiers de réhabilitation de l’habitat pour le compte de l’Anah.

« Nous nous déplaçons chez les gens, nous observons leurs habitudes de vie sur le plan énergétique et nous donnons des conseils de travaux, en tenant compte de la faisabilité technique et financière bien sûr », explique Michel Eychenne, directeur de Soliha Dordogne-Périgord. Les questions d’adaptabilité du logement entrent également en jeu : « On essaie d’anticiper la nature des difficultés que les gens pourraient rencontrer à terme dans leur logement en vieillissant. »

Les travaux de menuiserie, par exemple, intègrent souvent des ouvertures élargies pour faciliter l’accès au logement en cas de survenue d’un handicap. Soliha recherche ensuite les aides possibles (Anah, caisses de retraite, etc.), en fonction de la nature des travaux et monte le dossier administratif.

Des travaux souvent importants

« Ensuite, c’est le particulier qui choisit les entreprises – point positif : la plupart du temps, les propriétaires font travailler les entreprises à proximité, ce qui booste l’économie locale. Nous pouvons avoir un rôle de médiation entre le propriétaire et l’entreprise si la personne rencontre des difficultés, mais nous restons sur du conseil. Nous étudions avec eux les devis et nous vérifions que les prix, les matériaux et le coût de la main-d’œuvre correspondent bien à la demande qu’ils ont faite. »

Depuis 2014, la MSA a contribué à la rénovation d’une trentaine de logements en Dordogne et dans le Lot-et-Garonne. Un objectif facilement atteint, étant donné les besoins sur le territoire.

Cependant, tous les dossiers n’ont pas abouti : « Les travaux proposés sont souvent importants. Cest un bouleversement dans la vie des personnes âgées surtout. Donc ça peut faire peur. » En tous cas, celles qui se sont lancées ont bénéficié d’améliorations très importantes de leur confort. Beaucoup, qui n’allumaient jamais leur radiateur par peur de la douloureuse, s’autorisent désormais à se chauffer. Certaines personnes ont aussi accédé pour la première fois à une salle de bain et à des toilettes en intérieur.

D’après le Credoc (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), 83 % de ces ménages n’auraient pas réalisé ces travaux sans l’existence du programme « Habiter mieux ».

 

« Habiter mieux », le bilan

En juillet 2017, l’Anah publie une évaluation des impacts économiques du programme « Habiter Mieux ». Elle dresse un état des lieux des actions engagées et mesure les impacts du programme auprès des particuliers bénéficiaires et dans les territoires.

  • Les résultats montrent que le programme permet de créer des emplois dans les filières de la rénovation : 50 000 logements rénovés génèrent le maintien ou la création d’au moins 17 000 emplois.
  • Les soutiens financiers et l’accompagnement du programme permettent d’améliorer les projets : ils rendent possible l’ajout de travaux non prévus à l’origine, comme l’isolation ou la ventilation du bâti.
  • Dans la majorité des cas, le logement augmente de près de moitié ses gains énergétiques par rapport à ce qui était envisagé par le propriétaire au démarrage.
  • L’activité liée aux travaux soutenus par le programme « Habiter Mieux » mobilise des entreprises et artisans locaux : plus de 80 % des chantiers sont situés dans le même département que les entreprises ayant réalisé ces chantiers. En intégrant les départements limitrophes, cette proportion atteint quasiment 100 %.

 

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Eve Dusaussoy

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