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MSA Horizon 2025

De gauche à droite : Thierry Manten, Pascal Cormery, respectivement
1er vice-président et président de la MSA, et Michel Brault, directeur général
de la CCMSA. © Patrice Maurein / CCMSA Image

338 délégués ont participé à l’assemblée générale 2018 de la caisse centrale de la MSA organisée le 21 juin à La Plaine Saint-Denis, en région parisienne. Des élus qui, sans mettre de côté les crises et le contexte de réformes profondes touchant le monde agricole de 2018, ont déjà le regard fixé sur 2025. Pour ne pas le subir, ils préparent l’avenir dès aujourd’hui.

Pourquoi 2025 ? Non, ce n’est pas la date du prochain mondial de football qui permettra à nos Bleus de défendre leur titre – il est prévu en 2022 – mais bien l’échéance du prochain mandat des élus de la Mutualité sociale agricole (MSA), qui fonctionne selon un modèle démocratique avec une assemblée et des membres élus. « Nous souhaitons définir un projet pour la MSA qui constitue une feuille de route pour ce prochain mandat, et sur la base de laquelle nous pourrons rencontrer nos futurs candidats », assure Thierry Manten, premier vice-président de la CCMSA.

Ces axes seront approfondis avec les caisses au cours des six prochains mois afin de proposer au vote de l’assemblée générale en juin 2019 un véritable projet stratégique d’ensemble, MSA 2025. L’enjeu est de mettre en œuvre les élections prévues en janvier 2020 dans les meilleures conditions, en tenant compte de la réforme qui fait passer le nombre de délégués de 24 000 à 15 000, avec un besoin de renouvellement en particulier auprès des jeunes.

« Le monde agricole est confronté à de nouvelles attentes sociétales et environnementales. »

Mais les élus n’oublient pas la réalité de 2018 vécue par les salariés et les non-salariés du régime, confrontés à un quotidien de plus en plus complexe. Aux tensions internationales, aux événements climatiques et sanitaires et à la pression sur les prix qui fragilisent certaines filières, s’ajoutent des bouleversements liés à des réformes profondes en cours ou à venir tant au niveau national qu’européen. « La Commission européenne voudrait imposer une baisse sensible des aides agricoles dans le cadre de la PAC post 2020, constate Pascal Cormery, président de la caisse centrale de la MSA. C’est pour le moins préoccupant, même si le gouvernement français a souligné le caractère inadmissible de ces propositions. »

Pascal Cormery. © Patrice Maurein / CCMSA Image

Au niveau national, le projet de loi Egalim qui fait suite aux états généraux de l’alimentation, est censé apporter des garanties pour une juste rémunération des producteurs. « Mais l’équation est difficile : plus de 450 000 exploitants, environ 17 000 entreprises agroalimentaires et quatre centrales d’achat. Comment, dans ce contexte, mettre en place un mécanisme de fraction des prix juste et équitable, sans s’attirer les foudres des autorités de la concurrence ?, interroge Pascal Cormery. Parallèlement, comment accepter d’importer des produits alimentaires qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes de production et dont les normes sociales et environnementales divergent ? L’exercice est délicat et, en tout état de cause, on ne pourra pas apprécier le résultat du texte de loi avant l’an prochain, c’est-à-dire après la prochaine campagne annuelle de négociations. »

Devant les élus, le président, lui-même agriculteur, n’élude aucune réalité. « Ainsi, on constate, explique-t-il, que le monde agricole est confronté à de nouvelles attentes sociétales et environnementales. Certes, elles sont parfois excessives dans leur expression, portées par des groupes de pression très actifs, et qui ont souvent l’oreille des médias. Mais il ne faut pas se voiler la face. Notre agriculture va changer de visage et ses modes de production également. » Pour lui, de nouvelles formes d’activité et donc de valeurs ajoutées vont apparaître. « Il y a certainement des opportunités à saisir pour le monde agricole et donc pour la MSA qui doit savoir anticiper et suivre ces évolutions. »

« Mais, si l’agriculture bouge, elle n’est pas la seule, poursuit-il. L’État bouge également. On n’y était pas vraiment habitué mais, quand l’État bouge, cela fait des vagues et de grosses vagues. La transformation annoncée de l’action publique — avec le rapport CAP 2022 dont la remise au Premier ministre se fait attendre — va profondément changer le paysage dans les années qui viennent : modification des missions, transferts des compétences et responsabilisation des acteurs, virage numérique. Ce sont tous les opérateurs de l’État qui sont concernés par ce projet, et bien entendu, tous les opérateurs œuvrant dans le champ de la protection sociale. »

Michel Brault. © Patrice Maurein / CCMSA Image

« En matière de réformes, nous avons été bien servis, confirme Michel Brault, dont c’était la dernière assemblée générale en tant que directeur général de la CCMSA. Il fait cette année valoir ses droits à la retraite. Mais, rassurez-vous, d’autres sont dans les tuyaux. » Il cite notamment des dossiers majeurs qui ont mobilisé les salariés de la MSA comme la prime d’activité, la Lura (liquidation unique des retraites alignées), la DSN, le nouveau Tesa et le régime du micro-bénéfice agricole. « Face à ces évolutions, comment concilier les réformes avec une réduction des moyens imposée par l’État, avec les choix politiques de la MSA, en préservant la relation adhérents (travailleurs sociaux, conseillers…), la présence d’une activité de production dans chaque département, et les attentes légitimes des adhérents et du personnel ? », interroge-t-il. Pour lui, « le respect des contraintes de la COG [convention d’objectifs et de gestion] est la meilleure façon de préparer l’avenir pour la MSA. »

« Mais le rappel de cette mission de base ne doit pas nous faire perdre de vue “le plus encore” de la MSA », ajoute-t-il. Michel Brault de citer : « l’aide au répit : une très bonne mesure gouvernementale et une très bonne mise en oeuvre par la MSA. Si je relève bien entendu les 4 millions d’euros d’aides, je salue surtout le remarquable engagement humain de la MSA, notamment par ses travailleurs sociaux et ses élus. Nous avons le devoir de poursuivre, mais sans aide de l’État. Je n’oublie pas non plus l’interrégime avec un renforcement de la coopération ces derniers mois. C’est un devoir car nous devons être unis pour défendre la sécurité sociale à la française, nous devons travailler également ensemble face à la raréfaction des moyens et l’afflux de réformes et, enfin, quand on pèse 5 %, la complémentarité avec le grand frère est une nécessité pour éviter l’appel du privé ou l’étatisation. »

« Pour relever ces défis et construire un projet attractif, la MSA dispose heureusement de nombreuses forces qui constituent son ADN », rappelle Thierry Manten. Toute l’assemblée est unanime pour mettre en avant le modèle MSA, qui rassemble des caractéristiques qu’il faut préserver : un guichet unique qui permet de proposer un service global aux adhérents, des élus issus des deux composantes (salariés et non-salariés), une capacité d’adaptation, que les mutualisations de proximité illustrent bien actuellement, avec une posture qui consiste à anticiper pour ne pas subir. Sans oublier la fidélité des collaborateurs MSA au régime agricole et leur aptitude à intégrer les changements, qui font d’eux un fondement solide sur lesquels s’appuyer. Enfin, les savoir-faire et l’innovation que la MSA sait développer, grâce aux ingrédients que sont la présence des élus, l’ancrage sur le territoire, l’engagement des collaborateurs mais aussi le système d’information de la MSA qui gère toutes les branches…

Intervention de Thierry Manten. © Patrice Maurein / CCMSA Image

« Mais la MSA reste confrontée, dans le contexte actuel, à deux enjeux immédiats, soutient Thierry Manten. Le premier est un enjeu de crédibilité. Il témoigne de la nécessité de répondre aux engagements pris à l’égard des pouvoirs publics, c’est-à-dire de mener à bien toutes les réformes en cours, de montrer notre savoir-faire, notamment dans le cadre des projets informatiques interrégimes, et de respecter les objectifs de la COG en termes de moyens. Le second est un enjeu de visibilité. Il répond à la nécessité de faire entendre la voix de la MSA, c’est-à-dire d’être présent dans les grands débats en cours et de communiquer. Au niveau de la caisse centrale bien entendu, mais également à votre niveau dans les caisses. »

« Notre présence sur les territoires passe aussi par tous les contacts que vous avez avec les parlementaires bien entendu, mais également les élus locaux, les représentants des organisations professionnelles du monde agricole, vos homologues des régimes de protection sociale. Et bien entendu le monde associatif avec lequel nous sommes en relation au travers de nos associations (Solidel, Présence Verte, Laser emploi, AVMA…), de nos MSA services et la Fnos [fédération nationale de l’offre de services]. L’ensemble de cette offre du Groupe MSA est mise au profit de nos assurés et du monde rural et constitue pour notre régime un formidable potentiel de développement pour l’avenir. »

 

Découvrez le rapport d’activité 2017 de la MSA ici.

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