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Ne pas stresser, en Somme

Lors de l’ultime séance collective des premières journées d’échange. D'autres sont déjà programmées par la MSA de Picardie.

Lors de l’ultime séance collective des premières journées d’échange. D’autres sont déjà programmées par la MSA de Picardie © Franck Rozé

L’action de la MSA en faveur d’un secteur d’activité toujours plus soumis aux contraintes de tous ordres n’est pas vaine. Dans la Somme, ont lieu des journées d’échange pour parer aux effets indésirables du stress en agriculture.

C’est une idée qui a fait boule de neige et qui doit beaucoup à la persévérance de quelques-uns, notamment des élus de la MSA de Picardie. Et si les flocons tardent à pointer le bout de leur nez cette année, c’est peut-être bien à cause de la chaleur humaine dégagée par une telle action. Il suffisait d’être témoin, ce jeudi 10 décembre 2015, de l’atmosphère rigolarde et fraternelle qui enveloppait les participants de l’ultime séance collective des premières journées d’échange, pour en avoir le cœur net sur le réchauffement climatique des relations interpersonnelles. Les temps changent.

« On a des petits bobos»

Deux points ouvrez les guillemets : « Vous nous proposez des formations de gestion du stress alors que vous contribuez à générer du stress », rapporte Christelle Vérité, responsable des conseillers sociaux de la MSA de Picardie, qui cite ainsi une critique adressée par des exploitants agricoles à la MSA. En tant qu’organisme collecteur de cotisations sociales, elle fait effectivement partie des facteurs de risque. Mais dans le cadre de ses nombreuses missions, elle agit pour accompagner le monde agricole dans les difficultés. C’est au titre de son action sanitaire et sociale (ASS), par exemple, qu’elle intervient pour favoriser le bien-être des agriculteurs. La prise de conscience n’est pas récente, contrairement à celle des pouvoirs publics (1).

Apprendre à se préparer à un contrôle de façon plus sereine, mais aussi à gérer les différentes tâches administratives en aménageant au mieux son bureau, à cultiver des parcelles de vie privée… tels étaient les trois thèmes de ces journées d’échange. Un programme élaboré pour éviter de sombrer dans la dépression ou le burn out. « On a des petits bobos mais on n’est pas encore dans le mal-être », concède l’une des participantes. Le stress est ce petit bobo sur lequel il ne faut pas tarder à souffler avant que le mal n’empire. Et puisque l’on parle de souffle, on évoquera celui dont ont fait preuve les différents partenaires et les élus MSA du groupe projet « stress et isolement en agriculture » pour mener à bien cette action. « Un travail de longue haleine mené conjointement avec les travailleurs sociaux de la MSA et les élus bénévoles », salué par Christelle Vérité et Nathalie Cauet, élue MSA du comité départemental de la Somme et membre du groupe projet.

Msa de Picardie_journées d'échange

En 2012, des délégués interpellent les services de l’ASS de la MSA de Picardie. Ras-le-bol de voir les exploitants affronter toujours plus de difficultés ! Il faut intervenir. Rapidement, le petit noyau d’élus s’entoure de partenaires : le lycée agricole Le Paraclet de Cottenchy, la FDSEA, l’Asavpa (association de salariés de l’agriculture pour la vulgarisation du progrès agricole) de la Somme, la chambre d’agriculture, Agrica, Vivéa et le Fafsea. Première manifestation : Vivement que la neige revienne. C’est le titre d’une pièce de théâtre, mieux, de théâtre participatif, centrée sur le thème des risques psychosociaux dans le monde agricole ! (voir ici ).

Des remontées par toujours mécaniques

Goupillée en amont par la compagnie « Entrées de jeu » sur la base de témoignages recueillis auprès d’agriculteurs, de salariés agricoles, d’apprentis du Paraclet et de travailleurs sociaux de la MSA de Picardie — puis validée par le groupe projet —, la pièce est dégoupillée par deux fois fin 2013, devant un parterre d’exploitants, de salariés et d’apprentis. Non seulement elle cartonne mais elle permet, d’une part, au petit groupe d’élus de se faire connaître auprès des ressortissants et des partenaires, et d’autre part, de recenser les besoins de la population agricole en matière de prévention du stress via un questionnaire (2). Les remontées — pas toujours mécaniques — ne se font cependant pas attendre. Benoît Buisine, conseiller Vivéa sur la Picardie, s’empare de l’affaire comme il se doit : les élus du groupe projet souhaitent effectivement proposer une formation à destination des exploitants.

« Plus de 50 % des agriculteurs identifient les tâches administratives comme la plus grande source de stress, constate-t-il. Puis viennent les contrôles. » Benoît Buisine analyse les besoins et élabore alors un cahier des charges reprenant également les recommandations issues du comité de pilotage qui regroupe les différents partenaires. La formation est validée par le comité régional Vivéa : elle sera entièrement prise en charge par cet organisme, avec l’aide de la MSA pour les repas. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, l’appel d’offres est doublement fructueux : la formatrice du cabinet Ineho, Pauline Harvard, qui répond aux exigences requises, présente l’avantage d’être elle-même issue du monde agricole (ex-exploitante).

Restait alors à convaincre les exploitants de s’inscrire dans la formation sur une période de six jours en tout. Une gageure ? Non, mais on s’en rapproche. La première session programmée fera chou blanc car elle est contemporaine de la date butoir des déclarations PAC de juin 2015. Mauvaise synchronisation. Qu’à cela ne tienne ! Le deuxième créneau sera le bon. Par voie de presse, par courrier, par Internet, par affichage, grâce au travail d’information des élus et des partenaires, les dix places sont vite pourvues. Une nouvelle session est déjà programmée début 2016, au nord de la Somme cette fois-ci, secteur à forte dominante élevage.

Quelques-uns des partenaires : Nathalie Cauet, élue MSA ; Benoît Buisine, conseiller Vivéa sur la Picardie ; Rose-Marie Bullot, élue MSA ; Élise Chevalier, travailleur social ; Christelle Vérité, responsable des conseillers sociaux de la MSA de Picardie.

Quelques-uns des partenaires : Nathalie Cauet, élue MSA ; Benoît Buisine, conseiller Vivéa sur la Picardie ; Rose-Marie Bullot, élue MSA ; Élise Chevalier, travailleur social ; Christelle Vérité, responsable des conseillers sociaux de la MSA de Picardie.

Quelles suites maintenant ? « C’est encore en construction mais nous souhaiterions adapter la pièce de théâtre à destination des apprentis et des salariés de la production », précise Rose-Marie Bullot, du groupe projet. Côté MSA, la dynamique poursuit son cours, « avec l’existence d’une cellule fragilité », indique Christelle Vérité. On voit à quel point cet effet boule de neige est loin d’avoir livré sa dernière bataille.

 

(1) Annoncée par le gouvernement lors de la présentation du plan de soutien à l’élevage, la circulaire relative à la simplification des procédures pour les éleveurs et à l’amélioration des contrôles des exploitations agricoles n’a été publiée que le 3 août 2015, par exemple.

(2) Des besoins recoupés avec d’autres, identifiés par les élus sur Plaine en fête, le 1er septembre 2013.

Franck Rozé

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