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On n’est pas pareils… Et alors ?

© Franck Rozé

La cérémonie de remise des prix de la 9e édition du concours Le Pré Vert s’est déroulée à Paris le 30 mai. Des productions pour le moins pêchues ont été distinguées. Elles redonnent un peu de fraîcheur au genre du roman-photo, sur le thème du vivre ensemble.

Le roman-photo a encore de belles heures devant lui. Grâce au concours Le Pré Vert, cet art narratif un tantinet confidentiel reprend de la vigueur. Car l’imposition des contraintes du genre et du thème de cette 9e édition — « On n’est pas pareils et ça nous rapproche ! » — n’a pas eu raison de la créativité des jeunes ruraux. C’est même édifiant de citer quelques trésors d’inventivité, notamment en matière de mise en scène. On rencontre, parmi tous les projets primés cette année, des petits sujets Playmobil et des… œufs en guise de personnages ! Outre le soin particulier apporté à la photographie et à sa post-production, par l’importation des bulles dans les vignettes entre autres, il faut bien reconnaître l’excellente facture de l’ensemble. Le roman-photo n’est pas un simple prétexte pour parler de nouveau de citoyenneté. Il incarne le sujet de façon originale.

L’éloge de la différence revêt différents aspects : Félicien tombe amoureux de Clara sur fond de nuance de couleur de peau ; Enzo découvre un peu la culture des gens du voyage en travaillant sur un exposé avec sa camarade Andréa ; des élèves se familiarisent avec les us et coutumes de certains pays du monde, et rappellent le principe de laïcité à la française ; la rencontre fortuite entre mamie Rosette et Ousmane finit par faire tomber les préjugés mutuels entre les jeunes et les personnes âgées de la maison de retraite voisine…

Le travail de la classe de 6e-5e de la section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) du collège Jean-Jaurès de Saint-Vit, dans le Doubs, a reçu la mention spéciale du jury. Pour remédier aux sarcasmes dont ils font l’objet de la part des autres camarades de l’établissement, les élèves scolarisés en Segpa les invitent à venir passer une journée dans leur classe. L’affaire est concluante : les autres élèves ouvrent enfin les yeux sur une filière qui progresse à son rythme, motivée par son avenir professionnel et qui n’hésite pas à s’engager dans la vie du foyer socio-éducatif pour aider à financer des voyages scolaires au profit de tous.

Nous deux et tous les autres

« Les élèves de Segpa se plaignent de s’entendre traiter de mongols ou d’handicapés dans la cour et les couloirs du collège », explique Valérie Gutierrez, professeure des écoles spécialisée. Avec Dalila Goudjil, sa collègue, elles distribuent des questionnaires dans certaines classes de l’établissement. Le diagnostic établi par les élèves de la section professionnelle se confirme. Il en ressort une méconnaissance de la formation et un arrosage fréquent d’insultes. « Souvent, les enseignants eux-mêmes connaissent la Segpa mais en ignorent les contenus pédagogiques. »

« Nous avons bâti une séquence autour du projet de roman-photo : les élèves ont fait des recherches ; ils ont découvert ce nouveau genre ; nous avons travaillé l’oral… Nous avons même acheté des exemplaires du magazine Nous deux pour avoir un aperçu du roman-photo ! Les élèves ont réalisé les photos que nous avons ensuite montées grâce à un logiciel gratuit spécialement conçu pour les adeptes de bande dessinée. Nous sommes fières du résultat. C’est un joli pied de nez à tous ceux qui se sont moqués d’eux ! »

Pour tous ces jolis travaux, et peut-être pour susciter l’envie des futurs participants, rappelons que tous les élèves lauréats du concours et leurs accompagnateurs étaient invités à prendre part à une balade-déjeuner en bateau-mouche sur la Seine, suivi d’une cérémonie de remise des prix le 30 mai, dans l’hémicycle du conseil économique, social et environnemental (Cese). Et que, de mémoire de conseillers siégeant dans cette assemblée consultative de la République, on n’avait jamais senti le sol et les pupitres autant vibrer que sous les assauts des pieds et des mains des 182 élèves réunis ce jour-là, sous les exhortations du maître de cérémonie, Guillaume Darnault… À revoir sur www.msatv.fr 

Franck Rozé

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