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    Pascal Cormery : « Rester proche des gens »

    Pascal Cormery, nouveau président de la MSA : "Depuis que je suis gamin, j’ai toujours été attiré par l’agriculture." © Gildas Bellet

    Pascal Cormery, nouveau président de la MSA : « L’agriculture, un métier de passion. » © Gildas Bellet

    Pascal Cormery, 57 ans, agriculteur en Indre-et-Loire, est le nouveau président de la caisse centrale de la MSA. Rencontre sur son exploitation, à Neuvy-le-Roi.

    « L’exposition personnelle qu’induit la fonction de président de la MSA fait qu’on réfléchit beaucoup et qu’on doute avant de se porter candidat. » Cet engagement au niveau national a nécessairement des répercussions sur la vie professionnelle et personnelle.

    Associé en GAEC depuis 20 ans

    Très tôt, Pascal Cormery, installé en 1990 sur une exploitation en polyculture-élevage à Neuvy-le-Roi, au nord du département de l’Indre-et-Loire, s’est investi dans les organisations agricoles. Mais cette nouvelle responsabilité à laquelle l’ont porté les 476 délégués du réseau, lors de l’assemblée générale élective du 28 mai 2015, change quelque peu la donne. Un choix dont il a bien entendu discuté avec Sylvie, son épouse, et Éric Dutel, son associé en Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun).

    Pascal et Éric, associés depuis vingt ans, travaillent sur une exploitation de 210 hectares. Un tandem plutôt atypique : « Nous nous sommes connus dans le Calvados, au cours de ma formation agricole », indique Éric. Normand d’origine, il a étudié dans l’établissement où Pascal Cormery donnait alors des cours. Le nouveau président de la MSA a en effet commencé sa carrière comme enseignant en maison familiale. « Puis, dans le cadre de mon BTS, poursuit Éric, je devais trouver un stage dans une autre région et, pour cela, j’ai contacté Pascal. Au départ, j’avais dans l’idée de rester en Normandie et de reprendre l’exploitation familiale – toute ma famille est issue du monde agricole… Avec le recul, je trouve que cette association a été un bon choix. »

    Collectif et solidarité professionnelle

    Un tandem atypique certes, mais très au clair pour la conduite de l’exploitation : « Nous nous sommes réparti les rôles. Et le fait d’être deux a un côté rassurant, sécurise le travail. » Une relation de confiance, le partage de l’information, des échanges « fréquents mais pas longs » permettent de régler rapidement les questions qui se posent – « souvent les désaccords naissent d’une somme de détails », précise Pascal Cormery.

    Pascal Cormery et Eric Dutel sont associés en GAEC depuis vingt ans. © Gildas Bellet

    Pascal Cormery et Eric Dutel sont associés en GAEC depuis une vingtaine d’années. © Gildas Bellet

    Ils pointent aussi leur aptitude à prendre des décisions et à assumer leurs choix… « Avec Éric, il y a quelqu’un pour gérer le quotidien. » Ce dernier a toujours connu les engagements de son associé et n’a donc pas été surpris de son choix de briguer la présidence de la MSA…

    Pour les épauler dans leurs tâches, ils emploient déjà « un salarié un à deux jours par semaine. Nous allons en recruter un autre pour couvrir une activité à temps complet ».

    Un tandem également résolument tourné vers le collectif et la solidarité professionnelle : « Tout le matériel pour la production céréalière appartient à la Cuma [coopérative d’utilisation de matériel agricole]. Pour l’activité porcine, neuf exploitations ont investi ensemble dans une unité de maternité collective », l’engraissement étant ensuite réalisé par chaque producteur, en parfaite autonomie sur son exploitation.

    « J’ai toujours été attiré par l’agriculture »

    Pascal Cormery est l’un des trois cogérants de la porcherie collective. Éric Dutel, quant à lui, préside la Cuma depuis quinze ans mais dit qu’il aimerait bien « passer la main, pour qu’il y ait du sang neuf, de nouvelles idées ». Ils adhèrent en outre à une mutuelle « coups durs », fondée sur la volonté et le bénévolat d’agriculteurs qui assurent les travaux agricoles les plus urgents sur les exploitations d’adhérents malades, victimes d’un accident…

    Le nouveau président de la MSA qualifie son parcours d’« éclectique », en soulignant que son activité d’enseignant – en économie et gestion – lui a beaucoup apporté. « Mais, depuis que je suis gamin, j’ai toujours été attiré par l’agriculture. Une opportunité professionnelle – la possibilité de reprendre les terres d’un exploitant de la commune qui cessait son activité – a fait que je suis revenu ici. Je suis un pur produit local, j’y ai mes attaches familiales. Mais je suis le seul de la fratrie – j’ai trois frères et une sœur – à avoir choisi le monde agricole. »

    Le système mutualiste, caractéristique du monde agricole, nous donne l’opportunité de nous investir dans nos propres organisations. © Gildas Bellet

    Le système mutualiste, caractéristique du monde agricole, nous donne l’opportunité de nous investir dans nos propres organisations. © Gildas Bellet

    Sur ce « canton très rural où l’agriculture pèse lourd, favorisée par les structures d’exploitation et les types de sols », il a démarré avec des bovins et 80 hectares de terres. Quelques années plus tard, il s’est formé en production porcine et a repris une porcherie pour laquelle il a de nouveau investi il y a trois ans. Pour Pascal Cormery, il s’agit véritablement d’« un métier de passion. Ce qui m’a plu aussi dans cette activité, c’est le système mutualiste, caractéristique du monde agricole, qui nous donne l’opportunité de nous investir dans nos propres organisations. La solidarité n’y est pas un vain mot ». D’où son engagement rapide au plan syndical et professionnel (Jeunes agriculteurs, UDSEA, chambre d’agriculture…) et à la MSA.

    « Le changement offre des opportunités »

    « Avec d’autres, la MSA fait partie des entreprises qui participent à l’amélioration de la vie en milieu rural. Qui aurait pu penser qu’en 2014, un nouvel avantage de sécurité sociale verrait le jour pour les exploitants ? Grâce à la mise en place des indemnités journalières maladie pour eux, un manque a été comblé. Avec son large champ d’intervention, la MSA offre une vision globale de l’agriculture, vision dans laquelle je m’inscris et qui m’a fait intégrer ses instances. » Délégué cantonal en 2001, élu administrateur en 2007, il assume la présidence de la MSA Berry-Touraine depuis 2009 et est entré au conseil d’administration central de la MSA en 2010. Dans son parcours, il dit avoir été « porté par un collectif professionnel qui m’a fait confiance ».

    Animé par l’intérêt pour l’autre, il veut rester « vigilant pour défendre une institution tout en restant proche des gens », apprécie « la diversité de ses représentants mais leur capacité à être d’accord sur l’essentiel » et trouve que « le changement offre des opportunités. Le passé, on ne le revivra jamais, on ne pourra pas revenir dessus, c’est le futur qu’il faut construire ».

    « Montrer ma détermination et mes convictions »

    Et, parmi les nombreux dossiers qui attendent la nouvelle équipe, figure au rang des priorités la convention d’objectifs et de gestion (COG) que la MSA négocie avec les pouvoirs publics ; celle-ci précise les attentes de l’État à l’égard de la MSA, en contrepartie de moyens qu’il s’engage à lui accorder. La nouvelle COG, pour la période 2016-2020, sera en discussion à partir de la rentrée.

    « Avec ce dossier, j’entre immédiatement dans le vif du sujet. » De la performance de gestion à la relation de service, en passant par la maîtrise des risques, le déploiement des politiques publiques…, le spectre est très large. « Je le vois comme une super-formation accélérée, une opportunité pour m’approprier l’ensemble des sujets. Il sera aussi pour moi un moyen de montrer ma détermination et mes convictions. La valorisation du travail des délégués constituera un volet important. Je suis attaché aux liens entre nos élus cantonaux et la population agricole. Ils initient et font vivre des projets sur les territoires ruraux, transmettent l’information à nos ressortissants ; notre réseau d’élus représente l’une des particularités de notre système, que nous devons porter et renforcer ; il ne faudra pas nous enlever de moyens sur cet aspect-là. Dans cette relation de proximité, la réalité est autre que mathématique. »

     

    En quelques dates

    1980-1990 : Enseignant en maison familiale
    1990 : Installation en Indre-et-Loire sur une exploitation en polyculture-élevage
    1994-1997 : Secrétaire général du centre départemental des Jeunes agriculteurs
    2001-2007 : Président de l’UDSEA d’Indre-et-Loire (FNSEA)
    2001-2010 : Vice-président de la chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire
    2009 : Président de la MSA Berry-Touraine
    2015 : Président de la caisse centrale de la MSA

    Gildas Bellet

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