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Prévenir le suicide en agriculture Nouveau plan santé-sécurité au travail (6/6)

Prévenir le suicide en agriculture.

Le 12 janvier 2016, une journée institutionnelle a été consacrée à la prévention du suicide en agriculture. © Anne Pichot de la Marandais.

Des difficultés professionnelles, financières ou personnelles pouvant être source de mal-être et conduire à la dépression, voire au suicide, la MSA a mis en œuvre, fin 2011, un plan national contre le suicide en milieu agricole. Présentation des actions réalisées sur la période 2011-2014 et de l’engagement de la MSA dans le plan 2016-2020.

La prévention du suicide ayant été déclarée grande cause nationale en 2011 – plus de 11 000 décès par suicide et près de 200 000 tentatives de suicide en France métropolitaine – le ministère de l’Agriculture a confié à la MSA. la mise en œuvre du plan national d’actions contre le suicide pour ses ressortissants. Préalablement au lancement du plan santé-sécurité au travail, une journée institutionnelle a été consacrée, en janvier 2016 à la caisse centrale de la MSA, à la prévention du suicide en agriculture. À l’ordre du jour : la présentation des résultats du plan 2011-2014 et des orientations du plan 2016-2020. Michel Brault, directeur général de la CCMSA, a indiqué que « le suicide demeure une dure réalité qui risque de s’amplifier à cause des crises économiques, notamment dans les filières porcine et laitière. C’est un devoir de la MSA de s’engager vis-à-vis de notre population ».

La troisième cause de suicide

Construit autour de trois axes, le premier plan a porté sur la période 2011-2014. Le premier volet a permis d’obtenir des données chiffrées pour mieux cerner la réalité du suicide chez les exploitants et les employeurs de main-d’œuvre. D’après une enquête réalisée à la demande de la MSA par l’institut de veille sanitaire (InVS), effectuée auprès des exploitants sur les années 2007, 2008 et 2009, 485 suicides ont été enregistrés (417 hommes et 68 femmes). Sur l’ensemble de la période analysée, les suicides représentent la troisième cause de décès de cette population, après les cancers et les maladies cardio-vasculaires. En 2008, les hommes exploitants agricoles ont connu une surmortalité par suicide de 28 % par rapport à la population générale de même âge. Elle a été de 22 % en 2009. Cette surmortalité par suicide a été marquée chez les hommes entre 45 et 64 ans, et plus particulièrement dans les filières d’élevage bovins-lait et bovins-viande qui présentent les surmortalités par suicide les plus élevées (ces résultats coïncident avec les problèmes financiers rencontrés dans ces secteurs sur la période d’étude). « Ces données chiffrées démontrent la gravité et l’ampleur du problème, et la nécessité d’agir », a souligné Michel Brault.

Un dispositif d’écoute téléphonique

Le deuxième volet du plan a été à l’origine de la création d’un dispositif d’écoute téléphonique, qui fonctionne 24 h sur 24 et 7 j sur 7, pour les agriculteurs en situation de souffrance ou de détresse (mal-être, solitude, idées suicidaires…). Le numéro d’Agri’écoute, le 09 69 39 29 19, existe depuis le 1er octobre 2014 (prix d’un appel local). Les écoutants sont des bénévoles de deux associations, SOS Amitié et SOS Suicide Phénix France, qui ont reçu une formation spécifique.

Lors de la présentation à la presse, mi-février, du plan santé-sécurité au travail de la MSA pour 2016-2020, le Dr Véronique Maeght-Lenormand, médecin conseiller technique national chargé du risque psychosocial à la CCMSA, a précisé qu’« en 2015, 1 219 appels ont été enregistrés par Agri’écoute » Les écoutants bénévoles ont noté, entre le début et la fin de l’année, une évolution des appels des assurés agricoles. « En fin d’année, ils ont été passés principalement le lundi ou le week-end et ont été beaucoup plus longs, entre dix et vingt minutes. Ces personnes avaient vraiment envie d’être écoutées, d’exprimer leur mal-être », a-t-elle souligné.

Repérer les agriculteurs en difficulté

Pour le troisième axe du plan, la mobilisation des MSA s’est plus particulièrement traduite par la mise en place d’une cellule pluridisciplinaire de prévention (CPP). Ses missions : repérer les agriculteurs en difficulté, leur proposer un accompagnement social ou médical, les orienter et assurer un suivi de leur situation. Elle peut aussi déclencher une procédure d’urgence si nécessaire.

Une CPP nationale a été créée au sein de la CCMSA dès 2011. À sa tête, le Dr Véronique Maeght-Lenormand. Avec l’appui de l’équipe spécialisée de la caisse centrale, 34 MSA sur 35 se sont dotées d’une CPP. Le plus souvent pilotée par l’action sanitaire et sociale et/ou la santé-sécurité au travail, elle mobilise le personnel de la MSA (travailleurs sociaux, médecin du travail, médecin-conseil, conseillers en prévention, services techniques dont le contentieux et l’accueil…) et travaille en lien avec des partenaires locaux (OPA, associations, psychologues, ARS, conseil départemental). Elle bénéficie également d’un réseau de sentinelles sensibilisées à cette problématique (élus MSA et des collectivités locales, OPA, associations, professionnels de santé…), dont le rôle est de détecter les situations à risque et d’alerter la CPP. 42 % des MSA ayant une CPP collaborent avec un psychologue.

En 2014, ces cellules ont détecté 1 009 situations de fragilisation. Dans 306 cas, soit près du tiers, il s’agit d’une situation urgente présentant un risque suicidaire. Les situations repérées touchent majoritairement les hommes (73 %). La tranche d’âge la plus concernée est celle des 45-54 ans. Les principaux facteurs aggravant le risque de suicide sont les difficultés économiques, l’isolement social ou géographique, les crises que traversent certains secteurs d’activité agricole et les difficultés familiales.

Une prise en charge pluridisciplinaire du suicide

La prévention du suicide étant un enjeu fort pour le soutien des populations agricoles, les objectifs du premier plan ayant été atteints et les résultats étant globalement satisfaisants, les trois volets vont être repris et développés dans le plan national de prévention du suicide qui se déploiera sur la période 2016-2020. « Le bilan chiffré du plan de prévention du suicide 2011-2014 montre le besoin d’une prise en charge pluridisciplinaire du suicide. La MSA s’engage à développer ses actions dans le nouveau plan 2016-2020, en renforçant le rôle des élus dans la détection des situations difficiles », a déclaré Thierry Manten, premier vice-président de la MSA.

Pour mieux connaître la réalité du suicide dans le monde agricole, deux enquêtes vont être réalisées : l’une portera sur les exploitants agricoles ; l’autre sur les salariés agricoles, avec l’institut national de prévention et d’éducation à la santé. Le dispositif d’écoute téléphonique Agri’écoute va être renforcé pour améliorer son accessibilité : alors qu’il est actuellement constitué de vingt postes d’écoute répartis dans toute la France, quinze postes supplémentaires vont être déployés d’ici à 2016. « Les deux associations d’écoutants bénévoles devront être mieux informées des spécificités agricoles », a précisé Michel Brault. Le fonctionnement des CPP sera développé et adapté à chaque territoire. Le rôle des élus dans la détection des situations de fragilité sera renforcé. Il faudra « poursuivre leur sensibilisation, a-t-il insisté. Aujourd’hui, la précarité est un risque fort ».

 

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Anne Pichot de la Marandais

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