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Prévention du suicide : état des lieux

 

Soixante-dix membres des cellules pluridisciplinaires de prévention du suicide du réseau des caisses de MSA se sont réunis le 16 septembre, à la caisse centrale, pour faire le point sur leur activité et leur fonctionnement. Un bilan (ré)confortant.

Sous le regard d’Anne Claude Crémieux, médecin national de la MSA, le professeur Jean-Louis Terra a partagé son approche métier. © Christophe Gatschiné

Sous le regard d’Anne Claude Crémieux, médecin national de la MSA, le professeur Jean-Louis Terra a partagé son approche métier. © Christophe Gatschiné

Prévues dans le plan institutionnel d’actions contre le suicide 2011-2014 voulu par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, ces services de repérage et d’accompagnement des ressortissants en difficulté sont désormais constitués dans la quasi-totalité des MSA.

Le nombre d’heures qui leur est consacré par les personnels des caisses (travailleurs sociaux, médecins du travail, médecins- conseils, conseillers en prévention) a plus que doublé entre 2012 et 2013 (de 4 600 à 9 800 heures). Une mobilisation transverse qui s’est traduite par un doublement des détections de situations de détresse sur la période (de 428 à 838).

Salués par Anne-Claude Crémieux, médecin national de la MSA, Michel Gagey, directeur de la santé-sécurité au travail, et Bruno Lachesnaie, directeur du développement sanitaire et social, les premiers résultats de cet engagement institutionnel constituent pour ce dernier « le début d’un chemin sur lequel il faut aller encore plus loin ».

Connaissance des facteurs de dangerosité, réactivité dans le signalement et l’évaluation des risques, communication des informations entre les contributeurs internes et externes, coordination entre les métiers pour la prise en charge, définition des modalités d’orientation, de suivi et de postvention, stress lié aux lourdeurs psychologiques des dossiers… le management de ces unités de travail singulières et la réalisation de leurs missions sont sources de difficultés et requièrent des compétences spécifiques que l’auditoire a pu mettre en commun.

Jean-Louis Terra, professeur de psychiatrie à l’Université Lyon 1, chef de service au centre hospitalier le Vinatier (Psymobile et centre de prévention du suicide) et membre de l’observatoire national du suicide, confirme que « ces agences d’avenir doivent s’équiper, obtenir leur brevet de secourisme psychique, pour aller aux portes des ténèbres et faire passer la souffrance de CDI en CDD ». Un constat qui milite pour la poursuite de l’investissement local en matière de formation, de sollicitation des professionnels des troubles de la personnalité et de partenariat entre tous les acteurs pour « cultiver l’art d’être successivement ensemble dans la fabrique de la prévention du suicide. »

Des pistes d’amélioration

La bataille contre ce fléau national (plus de 10 500 décès par suicide en 2011) se gagne sur le terrain. S’il n’existe pas de cellule type, ni de solution miracle, des leviers de professionnalisation se font jour :

  • Formations collectives en Basse-Normandie : l’agence régionale de santé (ARS) a inscrit dans son plan régional de santé la prévention du suicide parmi ses priorités. Elle finance deux formations annuelles, d’une durée de deux jours, auxquelles participent les membres de la cellule et les agents d’accueil de la MSA Côtes-Normandes. Dispensées par un psychiatre et un psychologue, elles s’adressent à tous les professionnels et bénévoles des organismes ressources (1 600 dans le département de la Manche) susceptibles d’être en contact avec des personnes suicidaires : professionnels de santé, pharmaciens, pompiers, gendarmes, personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, conseillers principaux d’éducation, éducateurs, membres d’associations, prêtres…
  • Appui d’un psychologue dans les MSA Ardèche Drôme Loire et Midi-Pyrénées Nord : comme onze autres MSA en 2013, les deux caisses bénéficient respectivement du soutien d’un psychologue de l’association Loire Prévention Suicide (23 entretiens en 2013) et d’un psychologue référent en lien avec le réseau des psychologues de l’Aveyron et du Tarn-et-Garonne avec lesquels une convention de partenariat a été conclue. Objectifs : optimiser l’évaluation des situations, se déplacer auprès des adhérents en détresse, faciliter les relations avec le secteur de la santé mentale et mobiliser ses professionnels.
  • Prise en charge des urgences à la MSA Auvergne : après la réception de l’appel téléphonique, la cellule propose un second contact avec l’un des collaborateurs compétents de la caisse (travailleur social, médecin du travail) auquel est transmis un fichier de liaison. Formé à ces questions et aidé d’un psychologue, le rappelant agit le plus rapidement possible dans la journée et oriente si nécessaire vers les urgences psychiatriques, en relation avec le Samu du Puy-de-Dôme.
  • Charte de confidentialité et demande d’autorisation Cnil à la MSA Gironde : pour que leurs missions soient strictement encadrées juridiquement, tous les membres de la cellule ont signé un engagement de confidentialité et de secret (professionnel et médical) à l’égard des propos qui pourraient être recueillis sur les cas individuels. Les données collectées dans le cadre du suivi et de l’évaluation de l’activité de la cellule font l’objet d’une demande d’autorisation auprès de la Cnil (commission nationale de l’informatique et des libertés), en raison de leur nature et de leur finalité.

 

Les chiffres 2013 

34 caisses de MSA concernées :

  • 28 cellules sont activées (23 en 2012), 5 en cours de constitution et une en cours de réflexion ;
  • elles se réunissent, dans chaque caisse, 7 fois par an en moyenne ;
  • leur pilotage relève principalement de l’action sanitaire et sociale (55 % des cas) ;
  • la santé-sécurité au travail est le secteur le plus engagé (38 %). Viennent ensuite l’action sanitaire et sociale (24 %), et le contrôle médical (17 %) ;
  • la moitié des cellules collabore avec un (ou plusieurs) psychologue(s) ;
  • 28 % d’entre elles travaillent avec des associations et/ou des organismes professionnels agricoles (24 %), mais aussi en partenariat avec l’ARS (20 %) et/ou le conseil général (17 %).

838 situations détectées (428 en 2012) :

  • dans 305 cas, soit plus de 36 %, il s’agissait de situations urgentes avec risque suicidaire ;
  • 84 % d’entre elles ont fait l’objet d’un accompagnement ;
  • 63 % des signalements proviennent des caisses elles-mêmes, 20 % des intéressés ou de leur entourage familial, et 5 % de leur entourage professionnel ;
  • 75 % des personnes à risque sont des hommes ;
  • la tranche d’âge la plus représentée est celle des 45-54 ans (38 %) ; en élargissant la fourchette aux 35-64 ans, on trouve 86 % des cas ;
  • les exploitants agricoles sont les plus concernés (68 % des cas), puis les salariés (26 %).

 

AGRI’ECOUTE

La MSA lance, à compter du 13 octobre, un service d’écoute accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, pour le prix d’un appel local.

À partir de ce Numéro Cristal ®, les adhérents en situation de souffrance ou de détresse, ainsi que leurs proches, pourront dialoguer anonymement avec l’un des bénévoles des associations SOS Amitié et SOS Suicide Phénix. Des équipes d’écoutants qualifiés et formés aux entretiens empathiques à distance, qui ne se substituent pas aux professionnels de santé.

Un plan de communication est mis en place jusqu’en janvier 2015 pour faire connaître ce numéro (09 69 39 29 19) : presse agricole nationale et régionale notamment, en collaboration avec les partenaires nationaux de la MSA (ministères, FNSEA, Jeunes agriculteurs, Agrica, Mutualia…).

 

Christophe Gatschiné

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