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Santé et sécurité au travail : parlons-en

Le colloque de l'INMA le 3 février 2017 à Tours.

Onze interventions entrecoupées d’échanges avec la salle pour répondre aux questions et approfondir certains points. © Anne Pichot de la Marandais.

Des thèmes variés et nombreux, sans lien direct entre eux, mais toujours en rapport avec la santé et la sécurité des travailleurs : le colloque de médecine agricole et de médecine du travail s’est déroulé le 3 février 2017, à Tours. Retour sur cette journée.

« Méli-mélo de questions en santé et sécurité au travail » : tel était l’intitulé du thème du colloque organisé par l’Institut national de médecine agricole (INMA) et l’Institut de médecine du travail du Val de Loire (IMTVL). Un contenu nouveau qui fait suite à la demande de médecins du travail et d’infirmiers en santé au travail. Il s’est tenu le 3 février 2017 au centre des congrès Vinci, de Tours. Pas de tables rondes, mais onze interventions entrecoupées d’échanges avec la salle pour répondre aux questions et approfondir certains points. Parmi la large palette de sujets traités, quatre ont retenu notre attention : la médiation en entreprise (lire encadré ci-contre), le risque auditif pour les téléconseillers, la vaccination contre la leptospirose et le danger des hyménoptères.

Le risque auditif pour les téléconseillers

Les centres de contact téléphonique induisent-ils un risque pour l’audition des téléconseillers ? Ce risque n’en dissimule-t-il pas un autre, le risque psychosocial ? Analyse et éléments de réponse apportés par le Dr François Alfonsi, médecin du travail à la MSA de Bourgogne.

Celle-ci a mis en place une plate-forme téléphonique en 2012. La direction et le service santé-sécurité au travail (SST) ont demandé à un prestataire extérieur de mesurer le bruit. Il s’avère que l’ambiance sonore du plateau technique, bien qu’élevée, est en-dessous des valeurs réglementaires fixées par le code du travail. Mais, étant donné que le travail des opérateurs exige de la concentration, une amélioration est nécessaire (isolation acoustique, organisation des locaux…), afin de diminuer leur gêne.

Il a aussi fallu faire face à la survenue d’une série d’accidents du travail imprévisibles : les chocs acoustiques reçus via les casques, et qui surviennent « après une exposition à un bruit fort, inattendu et soudain », provoquant des douleurs à l’oreille, des maux de tête, des vertiges, des sifflements, des acouphènes…, voire de l’anxiété, des troubles du sommeil… Ce choc acoustique agit comme un révélateur des facteurs de risques psychosociaux engendrés par l’organisation du travail sur ce type de plateau (intensité du travail, exigence émotionnelle, manque d’autonomie, conflit de valeur, insécurité…), confirmés lors des entretiens individuels et de la mesure du stress professionnel (1).

« Pour réduire le risque de choc acoustique, le service SST doit signifier à l’employeur la nécessité du paramétrage des casques en mode limité à 80 dB(A). » Il faut également écouter les salariés, leur expliquer, les rassurer, prescrire du repos auditif et leur recommander éventuellement une consultation spécialisée. À la MSA de Bourgogne, le choc acoustique subi par des salariés a engendré des prescriptions de repos auditif relatif, suivi soit d’une reprise progressive, soit d’une inaptitude au poste avec reclassement.

Les limites de la vaccination contre la leptospirose

Le Dr Gaëtan Deffontaines, médecin-conseiller technique national à la CCMSA, quant à lui, s’est penché sur les indications, les intérêts et les limites de la vaccination contre la leptospirose.

Maladie bactérienne, elle est transmise par les rongeurs, surtout les rats, qui excrètent la bactérie dans leur urine. « C’est une maladie qui se transmet par la peau et les muqueuses. Elle est de faible incidence en métropole. Elle peut être grave, mais elle se soigne. L’antibiothérapie est efficace, à condition d’être prise précocement. » Pour rompre la chaîne de transmission de l’animal à l’homme, il faut suivre les principes généraux de prévention : dératiser, ranger, gérer les détritus et isoler les aliments ; repérer l’environnement et les tâches à risque, et organiser le chantier en fonction du risque ; prévoir les équipements de protection et la trousse de secours adaptée ; informer sur la maladie, les risques et la conduite à tenir.

En cas d’activité professionnelle à risque, il faut utiliser les équipements de protection individuelle (gants, bottes, cuissardes, vêtements protecteurs, lunettes), désinfecter à l’eau potable et au savon ou à l’aide d’une solution antiseptique toute plaie ou égratignure, et les protéger par un pansement imperméable. « Quant au vaccin, il est disponible dans très peu de pays, sauf en France malgré la faible incidence en métropole. Il ne protège pas contre toutes les formes de leptospirose. Le protocole vaccinal est lourd (trois injections, puis rappel tous les deux ans tant que persiste l’exposition). Le vaccin peut avoir des effets secondaires (douleur, œdème, fièvre, céphalées, urticaires…), mais ils sont rares. » C’est pourquoi, « en cas d’activité à risque, il faut informer sur l’efficacité relative du vaccin » et préciser « qu’en aucun cas le vaccin ne doit être pris comme une ‘‘garantie’’ permettant de se passer des autres moyens de prévention ».

La vaccination peut être recommandée au cas par cas par le médecin du travail, en fonction d’une évaluation individuelle du risque. Cette indication sera notamment envisagée dans les situations suivantes : cas antérieur de leptospirose au même poste, protections collectives et mesures de lutte contre les rongeurs insuffisantes, lieux infestés par les rongeurs, prédisposition individuelle (sensibilité à l’infection), activités exposantes (entretien et/ou curage d’étangs, de rivière, activités liées à la pisciculture…).

Le danger des hyménoptères chez les personnes travaillant en extérieur

Le Dr Ramsès Massoudi, médecin du travail à la MSA Midi-Pyrénées Sud, a étudié le danger des hyménoptères (abeilles, bourdons, guêpes et frelons) chez les personnes travaillant en extérieur et apporté des recommandations.

« Ce danger est largement sous-estimé, voire ignoré. Pourtant, il est potentiellement mortel. 1 à 3 % des individus seraient en danger après une seule piqûre au cours de leur vie. En France, elle serait responsable d’une trentaine de décès par an. C’est parce qu’ils construisent leurs essaims dans les arbres ou sous terre que les guêpes et les frelons représentent un danger réel pour le monde agricole » (salariés et exploitants travaillant le sol, ouvriers des espaces verts et des paysages, jardiniers, viticulteurs et ouvriers viticoles, ouvriers forestiers…). Le danger chez les apiculteurs est plus contenu, car ils développent au fil du temps une désensibilisation naturelle.

« Le plus souvent, une piqûre d’hyménoptère ne nécessite pas l’intervention des secours. L’évolution est en général bénigne. Des réactions toxiques ou allergiques, quoique rares, peuvent survenir et être graves. Les premières se manifestent après des piqûres multiples (de 50 à 100 en même temps). C’est un véritable empoisonnement, d’issue fatale, parfois très rapide. Les secondes se produisent à la suite d’une seule piqûre, avec une réaction à distance de la zone de piqûre. Dans les cas graves, elle peut entraîner le décès rapidement si aucun geste thérapeutique n’est entrepris en urgence. » En cas de signes prémonitoires d’un choc anaphylactique, il faut s’auto-administrer de l’adrénaline prescrite par un allergologue après un bilan, et appeler les secours.

Le Dr Massoudi conseille, entre autres, aux employeurs de travailleurs agricoles isolés d’« organiser des formations de SSTA enseignant l’injection sous-cutanée d’adrénaline avec auto-injecteur et, éventuellement, de recueillir auprès des salariés allergiques leur autorisation d’injection d’adrénaline par un tiers salarié en cas d’impossibilité de le faire eux-mêmes ».

(1) Le questionnaire de Karasek.

Anne Pichot de la Marandais

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