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Se mobiliser contre le suicide Rencontre régionale du 2 février 2016 à Laval (1/3)

Prévention du suidide : quelle efficacité ?

La rencontre régionale du 2 février 2016 à Laval a réuni les acteurs impliqués dans la prévention du suicide dans les Pays de la Loire : professionnels, bénévoles, élus… © Anne Pichot de la Marandais

Comment mesurer l’efficacité de la prévention du suicide ? Tel était le thème d’une rencontre régionale qui s’est tenue à Laval le 2 février 2016. À l’occasion d’un temps d’échange, « se coordonner sur un territoire », la MSA de Maine-et-Loire a présenté son réseau de prévention du suicide sur les Mauges et le Segréen. Compte rendu.

En France, le suicide est la troisième cause de décès chez les agriculteurs, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Une problématique à laquelle sont confrontés les Pays de la Loire et que les crises que traverse l’agriculture risquent d’aggraver. C’est dans ce contexte que s’est tenue à Laval, le 2 février, une rencontre régionale sur l’efficacité de la prévention du suicide. Étaient invités tous les acteurs impliqués dans sa prévention : des professionnels de santé, des associations, des élus… Au total, 110 personnes ont répondu présent. Cette demi-journée était organisée par l’agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire et l’association régionale des organismes de MSA (Aromsa) Pays de la Loire.

Travailler ensemble et dans la durée

« Les mauvais résultats du suicide dans notre région – 700 décès par an – imposent que les différents acteurs croisent leur regard sur ce drame, a présenté le Dr Christophe Duvaux, directeur général adjoint de l’ARS. Les acteurs du territoire doivent travailler ensemble et agir dans la durée : il ne faut pas rester seul face à cette problématique qui concerne tout le monde. Il faut répondre à cette priorité de santé publique. Le thème choisi de la rencontre régionale invite à se pencher sur l’efficacité de nos actions. »

Pour en savoir un peu plus sur ce dernier point, est présentée une analyse de la littérature scientifique portant sur l’évaluation des interventions dans le champ de la prévention du suicide. Cette compilation d’études menées à travers le monde a été réalisée par Enguerrand du Roscoät, de l’agence santé publique France. Il ressort que certaines interventions sont plus efficaces que d’autres.

Sont cités, par ordre décroissant d’efficacité, la restriction des moyens létaux, le maintien du contact après une hospitalisation suite à une tentative de suicide, la mise en place de lignes d’appels, la formation des médecins généralistes, l’intervention en milieu scolaire, l’organisation de la prise en charge et l’information locale du public. « Cette analyse met également en avant l’efficacité des actions d’intervention communautaire, a commenté le Dr Véronique Blanchier, de l’ARS. Mener des actions de dimension locale permet de mobiliser des acteurs d’origine et de compétences différentes (les organismes sociaux, les professionnels de santé, le monde du travail, l’éducation nationale, les associations, les familles…). Les actions collectives sur un territoire sont préférables à la mise en place d’actions isolées. Et elles donnent des résultats : on constate une baisse du nombre de suicides et des tentatives. »

Mailler le territoire de sentinelles

À l’occasion d’un temps d’échange avec la salle sur le thème « se coordonner sur un territoire », la MSA de Maine-et-Loire a présenté son réseau de prévention du suicide sur deux zones géographiques, les Mauges et le Segréen, situées dans l’ouest du département.

« Depuis dix ans, a resitué Claire Cadot, responsable de l’agence MSA Loire-Segréen, les délégués de la MSA de Maine-et-Loire se mobilisent autour du mal-être des exploitants agricoles. En 2012-2014, au cours des réunions de présentation d’un dispositif d’aide aux agriculteurs en difficultés économiques, le risque suicidaire est évoqué. Des acteurs, dont les délégués MSA, souhaitent se mobiliser sur cette problématique ». Dans le même temps, la MSA de Maine-et-Loire met en œuvre le plan national contre le suicide et l’élargit à la population du milieu rural. Son but est de mailler le territoire de sentinelles capables de détecter et d’écouter les personnes à risque, et de les orienter vers les interlocuteurs et les services compétents pour les prendre en charge. « Il faut sensibiliser le plus large public possible : c’est l’affaire de tous. »

« Sur le secteur des Mauges, qui regroupe 200 000 habitants, on a constaté une recrudescence du nombre de suicides en 2010. C’est la raison pour laquelle a été mis en place, en 2012, à l’initiative de la MSA, le réseau Mauges prévention suicide. » Ce groupe est constitué de personnes d’origines diverses (retraités, délégués MSA, maire, élus, bénévoles d’associations de solidarité, professionnels de la santé, du social, du milieu scolaire, des OPA…) qui veillent sur la population rurale des Mauges et du Choletais. Afin d’être en mesure d’accomplir leur mission, 45 d’entre elles ont été formées sur deux jours au repérage et à la prise en charge de la crise suicidaire.

Parler de la dépression et du risque suicidaire

Le groupe, désirant sensibiliser la population locale à cette problématique, a organisé en 2013-2014 trois soirées-débats sur trois lieux différents autour du spectacle Parlons des pressions, de la compagnie théâtrale « Piment, langue d’oiseau ». Une conférence qui a permis d’aborder le sujet sous un angle léger. Les débats, animés par un médecin psychiatre, ont permis de parler de la dépression et du risque suicidaire. « Ces soirées ont rassemblé 334 participants : c’est un sujet qui intéresse. » Ce n’est plus tabou. Quelques-uns ont laissé leurs coordonnées pour faire partie des sentinelles.

D’autres actions sont à mettre à l’actif du réseau. Pour accompagner les individus en situation de détresse, repérés par les sentinelles, un premier groupe de parole a rassemblé neuf participants, de novembre 2014 à avril 2015. Un autre a démarré en janvier 2016. En février, toujours dans le but de sensibiliser sur le même thème, est programmée une séance de ciné-débat autour du film Le voyage d’une vie, un documentaire canadien de Maryse Chartrand sur la vie après le passage à l’acte d’un proche. Il permet d’aborder le suicide des hommes et le stress lié au travail. Le débat est animé par des associations et un médecin psychiatre. Pour faire vivre le réseau, la MSA propose à ses membres de suivre une formation à l’écoute active en avril 2016.

Prévention du suicide : quelle efficacité ?

Le réseau de prévention du suicide sur les Mauges et le Segréen a été présenté par Claire Cadot (à droite), responsable de l’agence MSA Loire-Segréen. ©  Anne Pichot de la Marandais.

Un répertoire des acteurs ressources locaux

« Sur le secteur du Segréen, qui regroupe 68 000 habitants, le constat de départ et l’approche sont les mêmes, mais la démarche est moins avancée. » Pour le moment, le réseau souffrance psychique Pays segréen s’est fixé trois objectifs : mieux comprendre la souffrance psychique ; connaître les lieux et les acteurs ressources de proximité ; mobiliser d’autres personnes. Pour cela, trois tables rondes sont organisées pour toute personne en contact avec des publics en situation de mal-être. La première, qui a eu lieu en novembre 2015, a permis de répondre aux trois objectifs. Résultats : 16 personnes ont souhaité assister à la prochaine réunion du réseau et envisagent de l’intégrer. Un répertoire des acteurs ressources locaux a été demandé. La deuxième table ronde se déroulera au printemps 2016.

« Peu à peu, le réseau s’est étoffé pour atteindre une centaine de personnes, réparties sur une vingtaine de communes. Les délégués de la MSA y tiennent une place prépondérante. » 26 personnes ont été formées au repérage et à la prise en charge de la crise suicidaire, et 18 autres se sont portées candidates pour suivre cette formation. Le réseau souhaite mettre en place un groupe de personnes en situation de mal-être : groupe de parole, d’entraide ou de convivialité ? La forme n’est pas encore définie. Une cartographie du réseau est en cours. Le répertoire des ressources locales existantes reste également à construire.

 

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Le collectif pour la prévention du mal-être et du suicide en Mayenne. Autre exemple de coordination sur un territoire, le collectif pour la prévention du mal-être et du suicide en Mayenne (Cops 53), qu’a présenté sa présidente, Béatrice Pigueller.

La prévention du suicide : quelle efficacité ? Après la présentation du réseau de prévention du suicide sur les Mauges et le Segréen, par Claire Cadot, de la MSA de Maine-et-Loire, et celle du collectif pour la prévention du mal-être et du suicide en Mayenne (Cops53), par sa présidente Béatrice Pigueller, a suivi un temps d’échange avec la salle. Trois questions ont été posées sur l’efficacité des actions menées.

Anne Pichot de la Marandais

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