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Se sentir comme chez soi En Marpa, une vie comme à domicile (2/7)

Quelques résidentes entourées de Céline (à gauche) et d’Adeline Lasne, responsable de la Marpa. En toile de fond, une fresque de Jowan, artiste local © Gildas Bellet

Quelques résidentes entourées de Céline (à gauche) et d’Adeline Lasne, responsable de la Marpa. En toile de fond, une fresque de Jowan, artiste local © Gildas Bellet

Inaugurée en juin 2015, la Marpa Les Aïauts, à Feuquières-en-Vimeu dans la Somme, accueille ses premiers résidents dans ses logements privatifs, de plain-pied, au cœur de la commune. Rencontres.

« Après avoir visité la Marpa, j’ai décidé de venir m’y installer. » À 86 ans, Josette Parent a franchi le pas et intégré, fin mai, un logement flambant neuf à la Marpa Les Aïauts de Feuquières-en-Vimeu, dans la Somme. Après le déjeuner pris en commun avec les autres résidentes, Josette Parent, pleine d’allant, fait les honneurs de son logement situé à proximité d’un espace qui deviendra prochainement une salle d’initiation à l’informatique. Elle habite un T1 bis « avec une belle vue. C’est un peu comme un appartement témoin », glisse-t-elle avec humour.

Depuis le jour de l’inauguration, elle a eu plusieurs occasions de faire visiter son nouveau domicile. « Je suis originaire du Tarn mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie en Picardie. J’habitais à Chepy, à trois kilomètres d’ici. » Financièrement, sa retraite et ses économies lui ont permis d’envisager cette nouvelle étape. Même si elle dispose d’un coin cuisine, elle a choisi de prendre ses trois repas dans la salle commune. Les autres résidentes n’ont pas opté pour cette solution mais toutes se retrouvent autour de la table pour le repas du midi.

© Gildas Bellet

Josette Parent réside depuis deux mois à la Marpa Les Aïauts. © Gildas Bellet

Aux commandes de cette nouvelle structure, Adeline Lasne, recrutée fin 2014. « Depuis l’âge de douze ans, je vis avec les Marpa. J’ai trouvé ma vocation grâce à celle implantée à Tupigny, dans l’Aisne. La responsable était une amie de la famille et ma sœur y a été adjointe. C’est là qu’est née ma passion pour les personnes âgées. Elles ont tellement de choses à nous raconter, à nous apprendre ! »

 

Des animations et des sorties

Après des débuts professionnels dans un Ehpad, puis deux ans à la Marpa de Saint-Martin-Valmeroux dans le Cantal, Adeline Lasne s’est lancé un nouveau challenge avec l’ouverture de la structure : suivi de la fin des travaux, tournée dans tout le secteur pour se présenter et faire connaître la Marpa et son concept, prise de contact avec les professionnels de santé, les commerçants, les différents services, recrutement de l’équipe, entretiens avec les personnes âgées et leur famille pour l’accueil des premiers résidents… « L’ouverture d’une Marpa, c’est beaucoup d’énergie ! » Adeline n’en manque pas et cherche, avec son équipe, à la transmettre aux résidents – « La joie de vivre ici, nous essayons de la donner aux autres. » En proposant notamment des animations et des sorties : « Nous encourageons les résidents à s’ouvrir sur le monde extérieur. Mais leur participation n’est pas toujours simple car cette génération n’a pas été habituée à sortir pour des loisirs. »

Ateliers mémoire, gym douce, chant, animations lors de la fête de la musique ou à l’occasion du 14 juillet, participation au concours des terrasses fleuries organisé par le réseau des Marpa de Picardie [voir le témoignage de Catherine Milh], les occasions de s’associer à la vie collective de la maison sont nombreuses. Et des projets continuent de pousser : aménagement du coin bibliothèque, création d’un espace d’initiation à l’informatique, d’une zone pour pratiquer de la gym douce…

Adeline Lasne a aussi eu le cran de faire appel à un graffeur local – Jowan – pour une partie de la déco. Un pari réussi. Trois fresques ont été réalisées dont un arbre de vie aux couleurs éclatantes : « L’idée est de coller les photos des résidents dans les branches, celles des membres du personnel venant à la base », explique-t-elle.

© Gildas Bellet

© Gildas Bellet

Pour l’heure, une adjointe et deux agents polyvalents, habitant tous à Feuquières-en-Vimeu, participent au démarrage de la maison. « À terme, lorsque la Marpa accueillera la totalité de ses résidents, six emplois équivalents temps plein seront assurés. Sitôt recrutés, les agents ont suivi une formation à la démarche HACCP [pour la maîtrise de la sécurité sanitaire des denrées alimentaires] organisée, à Feuquières-en-Vimeu, par le réseau des Marpa de Picardie. La réglementation, le poids des normes sont très contraignants et il est important de les connaître et de prendre les bonnes habitudes de travail dès l’ouverture », souligne la responsable.

Collaboration avec les commerces locaux et les associations, partenariat avec l’ADMR, les professions médicales, le réseau gérontologique de la baie de Somme, l’hôpital local…, la Marpa s’est immédiatement inscrite dans la vie du territoire. Reste maintenant à accueillir de nouveaux résidents dans les 23 logements privatifs, de plain-pied, que chacun peut aménager avec son propre mobilier et ses objets personnels. Des voisins que Josette Parent attend elle aussi avec impatience, pour faire de nouvelles connaissances.

 

Trois questions à…

Catherine Milh, référente Marpa à la MSA de Picardie

Quel est votre rôle ?

Apporter un soutien aux responsables et aux présidents de Marpa, assurer un accompagnement pour le fonctionnement des établissements – gestion, préparations budgétaires et comptables, ressources humaines… – et pour la conduite de la vie associative – conseil de vie sociale, conseil d’administration, assemblée générale… Le référent a également pour mission de suivre de nouveaux projets : rencontre avec les élus territoriaux intéressés par le concept, guidage dans les différentes étapes, préparation d’études d’opportunité. Il assure en outre des activités transversales de veille et d’animation du réseau des Marpa de la région. Avec une volonté de fédérer, de mutualiser et de diminuer les coûts. Un exemple concret en termes de formation : un plan commun est bâti, sur deux ans, à partir des besoins exprimés. Les personnels des maisons se rencontrent lors des sessions de formation, ce qui leur donne aussi l’opportunité d’échanger sur leurs pratiques. La MSA de Picardie a fait le choix d’un temps plein pour le poste de référent, gage d’une volonté de s’impliquer fortement dans l’accompagnement et le soutien des Marpa de Picardie.

 

Comment le concept se diffuse-t-il ?

Sur la région, il y a aujourd’hui huit Marpa – sept dans la Somme, une dans l’Aisne et aucune pour l’instant dans l’Oise. La première a ouvert en 1996 et la plus récente il y a quelques mois. Les orientations prises pour l’accompagnement des personnes âgées diffèrent selon les départements. De plus, le concept n’est pas encore assez connu des acteurs gérontologiques du territoire et il est nécessaire de développer une communication auprès des conseils départementaux, pour démontrer le rôle déterminant des Marpa dans la lutte contre l’isolement de la personne âgée, dans la prévention de la perte de l’autonomie et dans la continuité et la coordination des soins. La structure n’est pas médicalisée et n’a pas vocation à accueillir une proportion importante de personnes âgées lourdement dépendantes. L’enjeu y est bien de prévenir la perte d’autonomie. En Marpa, on vieillit bien. En Marpa, on vieillit longtemps.

 

Quels sont les points forts ?

On cherche d’abord à stimuler, afin de maintenir l’autonomie des résidents. Chacun a son propre logement, des espaces collectifs favorisant la vie sociale. Les résidents participent à la vie de la maison, comme la préparation des repas. Le personnel est là pour les accompagner – et ne jamais faire à leur place. Ainsi, la perte d’autonomie est ralentie.

Les familles sont invitées à venir à la Marpa et des occasions d’échanges sont suscitées avec l’extérieur. En Picardie, notre réseau organise notamment chaque année un concours des terrasses fleuries, doté de prix individuels pour les résidents et d’un prix collectif pour les établissements. Au printemps, pour la remise des prix, tous les résidents se retrouvent dans la maison gagnante. C’est un projet qui se déroule sur l’année, autour d’un thème, avec l’organisation de journées de jardinage et de fleurissement réunissant les résidents, les familles et le personnel.

 

Lire aussi

Sommaire de ce dossier. En Marpa, une vie comme à domicile.

« Conforter les ressources de la personne ». 190 Marpa sont en fonctionnement en 2015. Créées  il y a environ vingt-cinq ans pour répondre aux enjeux du moment, elles ont progressivement évolué. Le point avec Bruno Lachesnaie, directeur du développement sanitaire et social à la CCMSA.

La vie en Marpa. La Marpa est un concept de petites unités de vie non médicalisées de moins de 25 résidents. Leitmotiv : favoriser l’autonomie.

Ne faire qu’Ain. Zoom sur le partenariat entre la MSA Ain-Rhône et le conseil départemental de l’Ain qui conduit un programme d’envergure de création de Marpa et de petites unités de vie.

Et de trois ! Les Marpa continuent de pousser à travers la France. À Torcy-le-Grand, la résidence la Varenne avec ses 22 logements vient d’ouvrir ses portes et devient le troisième établissement de Haute-Normandie.

Services innovants. Ouverture sur l’extérieur, liens intergénérationnels, services rendus au territoire, démarche de développement durable… les Marpa vont de l’avant. Exemples.

 

également sur notre site

Les Marpa se font mousser. Elles s’engagent dans la maîtrise des dépenses d’énergie et lancent l’opération « Économisons l’eau ! » Présentation officielle à la résidence des cyprès le 2 juin 2015 à Varennes-sur-Seine, en Seine-et-Marne.

 

Gildas Bellet

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