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Se soucier du bien-être au travail

Journée qualité de vie au travail, le 29 mars 2018, organisée par la MSA Loire-Atlantique - Vendée.

La journée d’information sur la qualité de vie au travail s’est déroulée le 29 mars 2018, à Vallet, à l’ouest de Nantes. © Anne Pichot de la Marandais/Le Bimsa.

Fin mars 2018, la MSA Loire-Atlantique – Vendée a organisé une journée dédiée à la qualité de vie au travail. Le but : promouvoir le bien-être dans le cadre de l’activité professionnelle, tout en préservant l’efficacité économique.

« La qualité de vie au travail (QVT) est un sujet qui occupe une place de plus en plus importante dans notre société, présente Éric Van Daele, président du comité de protection sociale des salariés agricoles de la MSA Loire-Atlantique – Vendée. En effet, malgré des conditions d’exercice globalement moins pénibles, paradoxalement, la dégradation de la qualité de vie, voire la souffrance, est un thème très souvent évoqué par des travailleurs de plus en plus touchés. « La santé de l’entreprise passe par celle des personnes qui la composent, managers et salariés. C’est un challenge pour la société tout entière. »

Résoudre des problèmes de mal-être

Ce 29 mars 2018, le service santé-sécurité au travail de la MSA a invité salariés agricoles, exploitants agricoles, employeurs de main-d’œuvre et élus MSA à participer à une journée d’information sur ce thème. Elle s’est déroulée à Vallet, dans la région nantaise. Certains sont venus pour améliorer la QVT dans l’entreprise, d’autres pour y trouver des pistes pour résoudre des problèmes de mal-être. Au programme : trois interventions, deux témoignages et six ateliers tournants (lire ci-contre), le tout ponctué d’échanges entre les intervenants et les participants.

Être au top en permanence, c’est épuisant

Combattre la précarité subjective au travail : Danièle Linhart, sociologue, chercheur émérite au CNRS, fait part de ses recherches sur la transformation du management et comment les salariés subissent et s’adaptent aux évolutions. Se basant sur des enquêtes et des interviews qualitatives qu’elle a effectuées sur le terrain, elle observe que « beaucoup d’entre eux sont perdus. Ils éprouvent des difficultés pour assimiler des transformations qui s’accélèrent. Le management moderne impose son autorité. Chacun doit se surpasser. Être efficace. La performance est le but. Il faut être au top en permanence. Dépasser les objectifs. Faire plus avec moins, tout le temps. De plus, l’organisation du travail bouge sans arrêt. Les entreprises sont restructurées en permanence. Les services sont recomposés, les logiciels changent. Ce qui brouille les repères des travailleurs et les met en situation de relative instabilité. Ils doivent réapprendre en permanence, ce qui les épuise et leur fait conserver un statut d’apprentis à vie ».

Résultats : la confiance en soi et dans les autres s’effondre. Le salarié ne peut plus compter sur ses compétences, ses savoirs, ses connaissances. Il s’ensuit fatigue, stress, épuisement, burn out, addictions, dépression… « Le travail devient délétère. Il n’est plus gratifiant. Cette façon de manager n’est ni rentable, ni performante. »

Associer les travailleurs

« Il existe deux pistes pour changer cela. Il faut modifier l’état d’esprit des managers, partir de la confiance dans les salariés pour qu’ils atteignent un état de sérénité : ils seront alors plus performants. Il faut aussi sortir de ce changement perpétuel qui n’est pas rentable et qui les déstabilise. » Autre idée : elle suggère de faire le bilan de tout changement… avant d’en entreprendre un nouveau. Et d’y associer les travailleurs. Elle affirme que, contrairement aux idées reçues, « les Français veulent bien faire et être reconnus pour la qualité de leur travail ».

S’interroger sur la qualité de notre travail

Autre intervenant : Serge Garrigues, sociologue et ergonome consultant. Il s’interroge : qualité de vie au travail ou qualité de vie tout court ? « La première option est trop réductrice. La seconde est essentielle à étudier. Il faut s’interroger sur la qualité de notre vie, le travail étant l’une de ses composantes. Celui-ci est un processus complexe. Dans les exploitations agricoles – où sphère privée et sphère professionnelle sont imbriquées – il faut faire cette démarche ».

Pour cela, il donne quelques pistes à explorer : « Optimiser l’interrelation et l’organisation de ses temps professionnel, personnel et privé ; se remobiliser autour de certaines valeurs fondamentales, comme la confiance en soi et dans les autres, l’appartenance (au monde agricole et l’ouverture au monde), la reconnaissance (être reconnu pour ce que j’apporte à la société), l’autonomie (la vivre comme une réelle plus-value) ; valoriser et sécuriser son parcours personnel. »

Réussir à s’intégrer

En matière de parcours pour acquérir une certaine qualité de vie au travail, Christelle Souchet a fait part de son vécu : « J’ai quitté avec regret mon métier d’aide-soignante en raison de conditions d’exercice difficiles. Depuis septembre 2016, je suis salariée à mi-temps dans l’entreprise de construction et de réparation d’engins de chantier et de machines agricoles de mon mari. Mon arrivée n’a pas été préparée. J’ai eu des difficultés, en tant que femme, pour prendre ma place dans un atelier uniquement masculin. J’ai même eu envie de reprendre mon ancien métier. Mais j’ai tenu bon. J’ai appris à souder et je me suis perfectionnée. J’ai progressé, acquis des compétences et un savoir-faire reconnu par mes collègues. Les relations se sont nettement améliorées. J’ai réussi à m’intégrer, en me battant pour me faire accepter en tant que femme. Maintenant, ma vie dans l’entreprise est de meilleure qualité ! »

Rendre l’activité moins pénible

Samuel Baty, exploitant agricole en productions laitière et céréalière, exerce en Gaec avec un associé et un salarié à mi-temps. En 2000, à la suite de « soucis d’épaule dus aux gestes répétés pendant la traite des vaches – et qui ont nécessité une opération – le médecin du travail de la MSA a analysé nos façons de procéder et proposé de changer l’organisation et de varier les tâches ». Résultats : des aménagements et des équipements nouveaux – dont un robot racleur financé par la MSA – ont rendu l’activité moins pénible.

Si Samuel Baty a accepté de diminuer sa participation à la traite, il s’est aussi fixé des objectifs : « Pouvoir vivre correctement de mon métier ; équilibrer vie professionnelle et vie privée ; passer du temps avec mes enfants ; préserver ma santé ; être fier de mon métier ; donner une bonne image de l’agriculture. J’aime mon métier, mais j’ai aussi des responsabilités à l’extérieur pour rencontrer des personnes ». Il s’octroie également des vacances en famille.

La journée sur la qualité de vie au travail, organisée le 29 mars 2018 par la MSA Loire-Atlantique - Vendée.

De gauche à droite : Christelle Souchet, Danièle Linhart, Serge Garrigues et Samuel Baty. © Anne Pichot de la Marandais/Le Bimsa.

Valoriser les bonnes pratiques

Alain Viard, conseiller en prévention à la MSA, a présenté la démarche d’accompagnement QVT de l’association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract). « L’une des priorités du plan régional santé au travail 2016-2020 des Pays de la Loire est la QVT. Elle se décline en trois axes : comprendre, agir et valoriser les bonnes pratiques. » Pour en savoir plus, il suffit d’aller sur le site Internet de l’Aract des Pays de la Loire, pour y découvrir la web série de 2017 à 2020, Les ¼ d’heure QVT.

« L’association régionale accompagne les entreprises de moins de cinquante salariés pour mettre en place la démarche. Elles bénéficient de quatre rendez-vous sur une période de cinq mois, pendant laquelle un suivi personnalisé est assuré. Ce dispositif est gratuit. En contrepartie, les entreprises s’engagent à témoigner sur le site. Ce qui permettra à terme de recenser les actions réussies dans ce domaine et de valoriser les bonnes pratiques. »

Anne Pichot de la Marandais

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