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Solidarité transport Un réseau de chauffeurs bénévoles (1/2)

Un chauffeur bénévole avec un utilisateur du réseau Solidarité transport dans la Manche

Solidarité transport est un service né dans la Manche, à l’initiative de la MSA Côtes normandes. Il est présent sur 24 cantons du département. © Gildas Bellet

On peut vite souffrir d’isolement et cumuler les difficultés lorsqu’on n’a pas de moyen de locomotion en milieu rural, où les services se raréfient ou se concentrent sur les communes les plus importantes. Aller chez le médecin, faire des démarches administratives, rendre visite à un proche hospitalisé… des actes simples peuvent devenir un casse-tête quand on ne conduit pas ou plus. Solidarité transport, dans la Manche, met en relation des personnes de condition modeste ayant besoin de se déplacer ponctuellement avec des chauffeurs bénévoles. En voiture pour en savoir plus !

Un habitat rural dispersé

Saint-Sauveur-Lendelin, chef-lieu de canton dans le centre de la Manche, regroupe divers services et équipements : commerces de proximité, hôtel-restaurant, maison médicale, collège… Quelques villages alentour ne disposent en revanche d’aucune épicerie ni d’aucun service. Il faut se rendre à Saint-Sauveur-Lendelin pour y avoir accès. Et, si le recours à certains professionnels de santé est aisé sur la commune grâce à la présence de la maison médicale, un rendez-vous chez l’ophtalmologue peut en revanche nécessiter un trajet de 120 km aller-retour. Pas évident quand on n’a pas de moyen de locomotion ou quand on ne conduit plus.

Sans aller jusque-là, la dispersion de l’habitat rural – donc de la demande – et la convergence des services vers les principaux pôles d’attraction ne favorisent pas le développement d’une offre de transport régulier en capacité d’améliorer la mobilité. Les personnes non motorisées se retrouvent donc pénalisées.

Pour répondre à la problématique, des solutions locales se mettent en place. À Saint-Sauveur-Lendelin, on peut ainsi recourir à Solidarité transport, un service né à l’initiative de la MSA Côtes normandes. Solidarité transport est aujourd’hui présent sur 24 cantons du département (voir carte des territoires concernés).

S’il a vu le jour en 2005 sur ce territoire, sa création sur un autre canton « remonte à 1988, explique Marie-Christine Blier, travailleur social à la MSA Côtes normandes et référente départementale pour Solidarité transport, à la suite d’un Parm (programme d’activation pour la revitalisation du milieu rural) mis en œuvre par la MSA avec l’association Adame des Marais (association de développement, d’animation et d’éveil des Marais). Nous avions constaté que les services et les commerces locaux commençaient à disparaître ou à se concentrer. Les personnes de condition modeste étaient de ce fait doublement handicapées en raison, d’une part, de la raréfaction des services à proximité et, d’autre part, de leurs difficultés à se déplacer en l’absence de moyen de transport. À l’origine, un bus a été mis en place puis une réponse plus précise a été apportée grâce à Solidarité transport, qui fait appel à des chauffeurs bénévoles. Ceux-ci peuvent assurer un service occasionnel – pour un rendez-vous médical, des démarches administratives et sociales, l’achat de médicaments, une visite à un malade… –, ouvert à des personnes de tout âge, pour des transports non pris en charge par l’assurance maladie. »

Le pari de la solidarité

Pas question de venir en concurrence avec les professionnels du transport et les services existants : « On arrive en dernier lieu, pour répondre aux besoins de mobilité des personnes les plus démunies ». Ici, c’est le pari de la solidarité qui a été fait, pour amoindrir les difficultés tout en créant du lien social. Car des relations se tissent aussi entre les chauffeurs et les personnes transportées.

Peu à peu, Solidarité transport a essaimé et continue d’ailleurs de se développer (il vient de se mettre en place ce mois-ci sur le canton de Brécey). Une extension qui s’est souvent faite en lien avec les associations Familles rurales : 18 des 24 services ont été constitués en partenariat avec elles, deux avec des centres sociaux ruraux et quatre avec d’autres associations locales. « Toutes ont été mises en réseau pour un travail collectif et une harmonisation des pratiques. »

Comment fonctionne le service ? Il s’adresse aux personnes de condition modeste (un avis de non imposition est demandé) et concerne des déplacements occasionnels, dans un rayon géographique limité. Un dépliant est remis aux personnes intéressées précisant les règles en vigueur et listant les coordonnées des chauffeurs bénévoles du canton. Un coup de fil au conducteur le plus proche, au moins 48 heures avant le déplacement envisagé, est requis. En matière de coût, une cotisation à l’association de trois euros et une indemité de participation aux frais de 30 centimes par kilomètre sont demandées.

Une ouverture sur l’extérieur

Une solution à laquelle Etienne Lefol, habitant de Saint-Sauveur-Lendelin âgé de 86 ans, vient de recourir pour la première fois afin de se rendre à un rendez-vous médical (voir son témoignage). Autres exemples d’utilisation de Solidarité transport par certains résidents du manoir Georges Guénier, un foyer de vie pour adultes handicapés visuels situé dans une commune proche.

« Ce foyer a ouvert ses portes en 1983. Il est l’un des seuls en France à recevoir, dans des logements indépendants, des personnes souffrant d’un handicap visuel grave, précise Thierry Lebreton, son directeur. 31 résidents y sont actuellement accueillis, venant de 16 départements différents, auxquels de nombreuses activités – à l’intérieur ou à l’extérieur de l’établissement – sont proposées. Sur leur temps privé, il leur arrive d’utiliser le service de transport bénévole, sans intermédiaire, en téléphonant eux-mêmes aux chauffeurs. Car, tout seuls, ils ne peuvent pas se déplacer. Or, ils ont besoin de s’ouvrir sur l’extérieur, d’aller dans la société. »

Gabriel Lambert, résident au manoir Georges Guénier, est l’un d’eux. Il a eu recours à Solidarité transport pour « faire des courses à Périers, aller à la banque ou à un rendez-vous médical. J’appelle directement le service. J’ai déjà été transporté par trois chauffeurs différents ». Autre résident concerné, Dominique Le Perdu. « J’ai perdu la vue peu avant l’âge de vingt ans, à la suite d’un accident de voiture. Originaire des Côtes-d’Armor, j’habite depuis longtemps dans ce foyer. » Un endroit dans lequel il enchaîne les activités – du cuir à l’écriture, en passant par la marche, la cuisine ou la danse. « Quand je pars en vacances dans ma famille à Saint-Brieuc, j’ai besoin d’aller à la gare pour prendre le train. »

Un service apprécié quand on ne conduit pas ou plus.Il est notamment utilisé par les résidents du manoir Georges GuénierThierry Lebreton, directeur du manoir Georges Guénier.Marie-Christine Blier, travailleur social, référente Solidarité transport
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Un trajet que Claude Desaint Denis, chauffeur bénévole (voir son témoignage), a assuré pour lui à quelques reprises. Autant d’occasions pour Dominique et Claude d’apprendre à se connaître et de discuter de leurs familles respectives, dans des échanges où l’humour semble avoir la part belle.

Claude Desaint Denis est également président de l’association à Saint-Sauveur-Lendelin et coordonnateur du service sur ce territoire. Il maintient tout au long de l’année le contact avec les chauffeurs, leur apporte un soutien en cas de difficulté, les réunit deux fois par an, veille à la répartition des déplacements entre eux, recherche et accueille de nouveaux conducteurs, fait connaître le service, explique le règlement aux personnes transportées…

248 chauffeurs bénévoles en 2013

« En lien avec les bénévoles et avec le travailleur social MSA du secteur qui a aidé à la mise en place du service, le coordonnateur est aussi une personne relais auprès de l’équipe de pilotage », indique Marie-Christine Blier. Une équipe composée de deux assistantes sociales MSA, d’un représentant de Familles rurales, d’un coordonnateur de réseau, de trois chauffeurs et d’un représentant des centres sociaux. « Elle se réunit au moins une fois par an. Garante de la philosophie de la démarche, elle définit le règlement intérieur, fait vivre le réseau, fixe le montant de l’adhésion, de l’indemnité de participation aux frais, établit le bilan d’activité, accompagne la création de nouveaux services… C’est une courroie de transmission avec nos institutions – MSA et Familles rurales – auxquelles elle fait remonter les besoins. »

Cerise sur la gâteau, « l’équipe de pilotage organise une réunion annuelle pour les chauffeurs ; il s’agit d’un moment de convivialité, souvent assorti d’une visite de site, qui peut également donner lieu à des interventions sur le code de la route, le bénévolat, les gestes qui sauvent…. Environ une centaine de personnes y ont participé l’an dernier ». Soit une partie seulement de ce vaste réseau de solidarité qui s’est peu à peu constitué dans la Manche, avec 248 chauffeurs bénévoles ; en 2013, ils ont aidé 610 personnes ou familles pour un total de 4 754 transports effectués.

 

Lire aussi

Un service qui essaime. Carte des territoires concernés dans la Manche et témoignages.

Gildas Bellet

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