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Suicides: chercher à comprendre pourquoi Pour une qualité de vie au travail (3/8)

Marie-Véronique Camus, ergonome en agriculture. © Franck Rozé/ Le Bimsa

Marie-Véronique Camus, ergonome en agriculture. © Franck Rozé/ Le Bimsa

Parcours professionnel original que celui de l’agricultrice Marie-Véronique Camus, qui livre, à travers son témoignage, les raisons qui l’ont poussée à s’orienter vers l’ergonomie et à réfléchir sur le difficile statut d’agricultrice.

« Je suis viticultrice et productrice d’asperges blanches dans les Côtes de Blaye, au bord de l’estuaire de la Gironde. Je suis issue d’une famille agricole. Toute jeune, je suivais ma grand-mère dans les vignes — elle a taillé jusqu’à 80 ans — ma mère s’occupant plutôt des vaches laitières et mon père des machines. Mes premiers dangers connus ont donc été les accidents matériels et ceux dus aux animaux. Au moment de mon orientation professionnelle, j’avais déjà fait le lien entre les situations de travail et l’usure physique, notamment les troubles musculo-squelettiques, et à la première récolte prise en charge à la suite de la succession familiale, j’ai très vite assimilé le risque chimique (pesticides).

« Avec la MSA Gironde, j’ai participé à la première campagne de dépistage du cancer du sein, une période où j’ai encouragé mes voisines agricultrices à se mobiliser. Ensuite, j’ai été formée pour animer des ateliers nutrition santé seniors et j’ai contribué à organiser des ateliers du bien-vieillir pour les personnes de plus de 55 ans. Après une période d’instabilité entre 2011 et 2014, marquant aussi le début d’une succession de mauvais printemps qui se sont traduits par une baisse des récoltes, j’ai réalisé un bilan de compétences. C’est là que je me suis dirigée vers un DU [diplôme universitaire] d’ergonome.

 

« Le métier et l’environnement agricoles sont difficiles et compliqués.»

 

« En effet, le métier et l’environnement agricoles s’avèrent difficiles et compliqués. J’ai cherché à comprendre pourquoi le burnout, les suicides, etc. Je me suis décidée à m’investir dans de nouvelles compétences pour trouver une hygiène de vie adaptée, retrouver la performance, les motivations et un bon niveau de revenus. Pendant ma formation, j’ai effectué un stage auprès des producteurs de reblochon fermier avec la MSA Alpes du Nord. Le travail de recherche et d’observation en ergonomie m’a permis d’approfondir les différentes casquettes de l’agriculteur : stratégique, de directeur (le choix des productions, la gestion, les responsabilités…), technique, de cadre (organisation des équipes et des tâches de travail…) et opérationnelle (réalisation effective du travail). Il faut être bon partout !

Proposer des changements

« Le statut d’agricultrice a un impact sur notre santé, l’économie de l’exploitation et la vie familiale. Il est vrai qu’il faut des responsables formés à la tête des entreprises agricoles. Mais, parfois, on aimerait bien être salariée pour la stabilité des revenus et les avantages sociaux.

« Fin 2015, avec mon DU en poche, j’ai voulu me former encore plus en profondeur. J’ai suivi un autre cursus avec les Aract Aquitaine et Poitou-Charentes [associations régionales pour l’amélioration des conditions de travail] sur le management de la qualité de vie au travail et la prévention des risques psychosociaux. Avoir consolidé ces connaissances en matière de santé me permet aujourd’hui de sensibiliser, de prévenir et éventuellement d’aller jusqu’à proposer des changements, en réorganisant son temps entre vie professionnelle et vie privée, par exemple. »

 

Lire aussi

Pour une qualité au travail. Sommaire de notre dossier.

« Monsieur Martin pète un câble ». On ne peut envisager la qualité de vie au travail à travers les différents prismes du « bien-être au travail ». C’est une démarche à part, un nouveau modèle sur lequel le dernier symposium de l’institut national de médecine agricole, organisé en partenariat avec l’institut de médecine du travail du Val de Loire, est revenu, à Tours, le 30 septembre.

Miction accomplie. « Avoir des toilettes ne va pas faire qu’on aura de la QVT, mais pas de QVT sans toilettes » : c’est ainsi qu’Alice Marchaud, infirmière en santé au travail à la MSA Ain-Rhône, résume, avec Catherine Lopez, médecin du travail, les conclusions d’une étude menée dans la filière jardins et espaces verts sur le non-assouvissement d’un des besoins physiologiques fondamentaux, l’élimination.

Outiller le réseau. Le service santé et sécurité au travail de la caisse centrale de la MSA souhaite investir le champ de la QVT pour proposer aux entreprises une démarche de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail plus efficace.

Une orientation stratégique. La qualité de vie au travail est une orientation stratégique du plan santé-sécurité au travail 2016-2020 de la MSA.

Ne pas en faire tout un fromage. Comment, à travers l’exemple d’un projet d’accompagnement des producteurs de reblochon fermier par la MSA Alpes du Nord, les préventeurs peuvent-ils s’emparer des nouveaux enjeux de la QVT ? En privilégiant l’angle du travail, répond Franck Chabut, responsable de la prévention des risques professionnels.

La performance à tout prix ? Quelle contribution les services de santé au travail peuvent-ils apporter dans la démarche de la QVT ? Leur rôle est de faire des propositions pour améliorer la santé, selon Jean-Marc Soulat, professeur de médecine du travail au CHU de Toulouse et président de l’INMA. Sans nécessairement privilégier la performance. Tiens tiens !

Franck Rozé

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