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Travail et handicap, l’équation soluble

La plupart des handicaps sont peu visibles, parfois même invisibles aux yeux des autres. © Leigh-Schindler/iStock/ CCMSA Image

Le Centre des congrès de Tours accueillait, le 31 janvier, le colloque de l’Institut national de médecine agricole  (INMA) sur le thème « Handicap et travail ». Un sujet disséqué durant toute une journée par une vingtaine de professionnels, confrontés quotidiennement à ce problème.

« On a fait du chemin depuis les gueules cassées sur la reconnaissance et l’acceptation des handicapés. » En évoquant les mutilés de la guerre 14-18, Anne-Claude Crémieux, médecin national de la MSA, prouve que des efforts considérables ont été effectués durant un siècle. Pourtant, elle ajoute que « la route est encore longue pour obtenir une égalité entre les travailleurs valides et non valides ».
85 % des handicaps sont invisibles aux yeux des autres. Un constat édifiant, révélé lors de ce colloque, qui permet à Michel Gagey, médecin national adjoint de la MSA et directeur de l’INMA, de rappeler que chacun de nous peut être concerné par le sujet, mais aussi que notre perception face au handicap reste biaisée par les invalidités physiques. Pourtant, l’intégration de ces personnes en situation de handicap est loin d’être évidente et leur prise en charge souvent insuffisante. Notamment en termes d’accessibilité, de voirie, d’emploi, etc. « Il faut avant tout changer les mentalités face au handicap », affirme Marie-Dominique Boisseau, de la commission «Solidarité entre les personnes et logement » du conseil général d’Indre-et-Loire, « à commencer par le terme d’intégration que j’aimerais voir remplacer par le terme inclusion ».

 

Un argumentaire chiffré

De considérations générales, le propos se recentre ensuite vers le cœur du problème : l’emploi chez les personnes handicapées. Et pour illustrer le propos, les intervenants s’emparent de chiffres et dressent un constat détaillé. 2,5 millions de personnes possèdent une reconnaissance administrative de handicap. Une population très atteinte par le chômage, puisque 22 % d’entre eux sont à la recherche d’un emploi. À noter aussi que la moyenne d’âge à laquelle on devient travailleur handicapé est de 47 ans.

Valérie Brouillard, directrice de la maison départementale des personnes handicapées de Tours, conclut que les salariés handicapés sont la plupart du temps assez âgés, ce qui pose un problème au niveau de leur recrutement. Pourtant, l’inclusion des personnes handicapées se fait principalement par l’emploi. C’est donc pour cela que des solutions doivent être trouvées.

© Jérémy Lemière
© Jérémy Lemière
Maryse Aïo de la CCMSA lors de la table ronde
Maryse Aïo de la CCMSA lors de la table ronde
Anne-Claude Crémieux, médecin national de la MSA
Anne-Claude Crémieux, médecin national de la MSA
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Passer le cap de la reconnaissance

Les intervenants sont unanimes : chaque situation de handicap est unique, dépendant de la pathologie et de la psychologie du non-valide. Dans ce cadre, avouer son handicap peut être difficile et engendrer de nombreuses questions : est-ce que l’on va moins compter sur moi désormais ? vais-je garder mon travail ? va-t-on m’affecter à un autre poste ? Il faut avoir à l’esprit que, légalement, l’employé n’est pas dans l’obligation de révéler son handicap à l’employeur, même s’il a tout à y gagner. En effet, l’aménagement d’un poste peut soulager son handicap et, par extension, améliorer son intégration.

Étant donné que les réactions face au handicap sont diverses, la sociologue Claire Le Roy Hatala a souhaité établir les différents profils de personnes atteintes d’un handicap psychique. « C’est assez schématique mais on observe un profil dit du bon handicapé qui a parlé de son handicap et qui l’intègre dans son environnement de travail. On relève également la figure du confidentiel, qui ne parle pas de son handicap mais qui s’aménage seul son poste de travail, et, enfin, on retrouve le déviant : il n’est pas perçu comme une personne avec des troubles mais comme quelqu’un qui n’applique pas les règles attachés à son poste, volontairement. » Évidemment, les conditions de travail et les réactions des collègues jouent un rôle essentiel au niveau de l’acceptation de son handicap.

 

La MSA au combat

Travailler avec un handicap en agriculture comporte de nombreuses difficultés. C’est pour cela que la MSA s’engage dans la lutte contre la désinsertion des personnes atteintes d’un handicap. Martine Gauthier, assistante sociale à MSA Mayenne-Orne-Sarthe, évoque, lors d’une table ronde, les initiatives mises en place dans sa caisse pour leur venir en aide : « À la demande des conseillers sociaux, la MSA a créé une cellule handicap. Elle permet aux non-valides d’être dans un premier temps, écouté, pour ensuite construire un dossier de situation de handicap. C’est aussi cette cellule qui nous permet de proposer de nombreux outils aux salariés et aux employeurs, pour le maintien des handicapés. » Malgré une législation encadrée, les licenciements pour inaptitude restent fréquents dans le milieu agricole. En effet, il peut être prononcé dans une entreprise de deux ou trois salariés, où il n’est pas possible d’installer un autre poste pour le salarié. Dans ces cas-là, la MSA propose un bilan des compétences de la personne et peut, par la suite, la diriger vers une Carsat (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail) pour effectuer, lorsqu’elle perçoit des indemnités journalières, un stage professionnalisant.

Malgré ces efforts, le professeur Anne-Claude Crémieux souligne qu’il reste encore beaucoup de progrès à faire dans le domaine du handicap au travail, notamment au niveau de la perception que l’on peut en avoir, « surtout avec l’allongement de la durée de vie professionnelle qui devrait entraîner une augmentation du nombre d’handicapés professionnels ».

Jérémy Lemière

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