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« Un mélange des genres nouveau pour les institutions agricoles » L'agriculture urbaine (3/7)

Portrait d'Anne-Cécile Daniel, l'une des fondatrices de l'Afaup (association française d'agriculture urbaine professionnelle)

Anne-Cécile Daniel, l’une des fondatrices de l’Afaup (association française d’agriculture urbaine professionnelle). © DR

Depuis bientôt deux ans, l’association française d’agriculture urbaine professionnelle (Afaup) s’emploie à fédérer un mouvement qui prend de l’ampleur. Elle travaille avec la MSA sur les conditions d’affiliation au régime agricole. Rencontre avec Anne-Cécile Daniel, membre fondatrice et ingénieure spécialiste en agriculture urbaine.

Pourquoi avoir créé l’Afaup ?

Nous voyions beaucoup de jeunes enthousiastes, des entrepreneurs ou des personnes en reconversion qui se lançaient sur le sujet. Nous avons voulu leur montrer qu’ils n’étaient pas seuls, et qu’à plusieurs on va plus loin. La ville est un territoire très complexe, avec de nombreuses règlementations et contraintes pour s’installer.

L’Afaup joue le rôle d’animer les relations entre les agriculteurs urbains, les organismes agricoles et le monde de l’urbanisme, car ils se connaissent encore peu. Nous organisons quatre fois par an des ateliers où l’on invite nos adhérents et des parties prenantes (institutions, collectivités, financeurs, etc.) à se rencontrer pour créer des relations de confiance.

Comment travaillez-vous avec la MSA ?

Les agriculteurs urbains relèvent de la MSA pour leur protection sociale, même s’ils ne font pas que de la production alimentaire. Nous sensibilisons et essayons de répondre à leurs interrogations vis-à-vis de la MSA concernant leurs droits et obligations. Nos problématiques se retrouvent parfois dans le milieu rural, où l’on s’aperçoit que de nombreuses personnes s’installent avec des activités très diverses et ne sont pas propriétaires de leurs terres.

Ainsi, nous souhaitons lancer, en partenariat avec la MSA, une enquête nationale sur les projets rencontrant des difficultés à trouver un statut ou à s’installer en agriculture diversifiée, en milieu urbain ou rural. L’objectif est de construire des propositions concrètes pour adapter la réglementation aux changements actuels.

Que retrouve-t-on dans ces activités diverses en ville ?

Nous comptons parmi nos adhérents à la fois des associations remplissant des fonctions d’éducation populaire, organisant des festivals, etc., et des entreprises cherchant des modèles économiques pérennes. Ce mélange des genres est nouveau pour les institutions agricoles. Les systèmes vont du simple bac potager pour les particuliers à la micro-ferme en passant par le poulailler collectif du quartier ou encore l’installation de serres sur les toits et sur des friches industrielles.

Le volet social est une valeur très importante dans tous les projets, notamment pour sensibiliser les citoyens sur l’agriculture et le bien-manger, mais aussi pour créer du lien. Ce sont des lieux très dynamiques qui animent les quartiers, notamment dans les zones de renouvellement urbain.

Cela leur donne une image bien différente de l’agriculture classique…

On entend souvent des réflexions comme : « C’est du jardinage, l’agriculture c’est pour nourrir la France… », mais aujourd’hui, beaucoup se rendent compte qu’il y a un problème de confiance des consommateurs envers leur alimentation.

L’agriculture urbaine permet d’en parler et de rassurer. Elle est un formidable outil pour communiquer sur l’agriculture française ! On parle beaucoup de son côté high-tech ; il faut savoir que l’hydroponie, par exemple, est une technique utilisée depuis plus de 50 ans. Elle permet d’avoir des kilos de tomates sous serres en hors saison à des prix très compétitifs. En ville, les porteurs de projets expérimentent sur des techniques de production durables, et sont ainsi source d’innovation. Nous sommes en revanche très vigilants sur le fait que cette agriculture en milieu intra-urbain ne soit pas un prétexte pour urbaniser.

Quels sont les enjeux aujourd’hui pour ce nouveau modèle agricole ?

Nous vivons une vraie transition, et l’agriculture urbaine apporte des outils, des solutions, parmi d’autres. Elle pose entre autres des questions sociales, environnementales, et essaye de trouver de nouveaux modèles, encore difficiles à stabiliser aujourd’hui. Elle répond aussi à un enjeu de végétalisation des villes, qui étouffent sous le béton. C’est une façon de nourrir tout en réduisant l’îlot de chaleur urbain, un phénomène qui s’aggrave avec le réchauffement climatique. C’est pourquoi nous souhaitons une rémunération des services écosystémiques rendus par l’agriculture urbaine aux villes.

Aujourd’hui, nous voulons instaurer le dialogue, fédérer et accompagner le mouvement. Nous misons sur la pédagogie, la communication constructive, et essayons d’édifier de vrais partenariats de travail. Nous sommes souvent sollicités par différents ministères, des institutions, les chambres d’agriculture, des collectivités… Les choses sont amenées à évoluer !

 

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