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Une écoute active et professionnelle

Après trois ans et demi d’existence, le dispositif Agri’écoute se renforce, avec l’arrivée d’un nouveau prestataire et un accompagnement plus expert, pour une meilleure prise en charge des personnes en difficulté.

Le mal-être en milieu agricole est une réalité sociale préoccupante pour laquelle la MSA se mobilise depuis plusieurs années. Lancé en octobre 2014, Agri’écoute permet de dialoguer anonymement et à tout moment avec des personnes formées aux situations de souffrance ou de détresse. Le dispositif, qui a traité plus de 4 000 appels en trois ans, voit sa mission de prévention renforcée avec l’arrivée, début mars, d’un nouveau prestataire : Psya, un cabinet de conseil créé en 1997, spécialisé en prévention des risques psychosociaux. Une nouvelle campagne est lancée à cette occasion. Objectif : sensibiliser l’entourage proche et les professionnels en contact direct avec les adhérents, et leur donner un rôle de sentinelles. 

« L’appelant pourra contacter quatre fois le même psychologue et créer ainsi du lien. »

INTERVIEW : Véronique Maeght-Lenormand, 

médecin conseiller technique national, chargée du risque psychosocial et pilote du plan national MSA de prévention du suicide.

© Marie Molinario / Le Bimsa

Pourquoi Agri’écoute est-il renforcé aujourd’hui ?

Ces trois dernières années nous ont permis, avec l’appui des associations SOS Amitié et SOS Suicide Phénix, de faire connaître le numéro et de nous rendre compte de l’importance des besoins. Entre 2015 et 2017, il y a eu une augmentation constante du nombre d’appels : nous sommes passés de 101 appels par mois en moyenne en 2015 à 296 en 2016, puis à 321 en 2017. Le service était de plus en plus connu et les bénévoles écoutants nous rapportaient des appels de plus en plus longs. Les appelants avaient donc besoin de parler. Fort de ce constat, la MSA a décidé de renforcer le dispositif, en proposant plus qu’une écoute empathique, une écoute avec des professionnels psychologues cliniciens, ceux de l’entreprise Psya, qui sont particulièrement formés à la gestion de la crise suicidaire. Ils interviennent déjà dans des entreprises en cas de crises (tentative de suicide, attentat, explosion ou accident grave…). 

Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour les appelants ?

Il y aura cette écoute active et professionnelle, ainsi qu’une proposition de suivi : l’appelant pourra en effet contacter jusqu’à quatre fois le même psychologue dans l’année et créer ainsi du lien. Auparavant, après le coup de fil, il ne se passait rien. Aujourd’hui, nous voulons vraiment qu’un processus s’enclenche. Le psychologue va analyser le problème et pourra désormais proposer à l’appelant de faire le lien avec nos cellules pluridisciplinaires de prévention du suicide en MSA, ce qui implique que l’assuré accepte de lever son anonymat. Ces cellules, qui prennent ensuite le relais, chaque caisse de MSA en compte une. Mises en place en 2012, elles regroupent plusieurs professionnels : principalement des médecins du travail, des médecins-conseils et des travailleurs sociaux, voire des psychologues. Là aussi, on y a constaté une forte augmentation des signalements. Plus de 3 000 personnes ont été accompagnées entre 2012 et 2015. En cas d’alerte, ils étudient la situation avec toutes les données disponibles grâce au guichet unique et alertent les services concernés, pour une meilleure prise en charge. Vingt d’entre elles travaillent déjà avec des réseaux de psychologues en local, pour pouvoir proposer un suivi de proximité. Et, pour les autres, Psya possède son propre réseau de plus de 900 praticiens, répartis dans tout la France. Cela permet d’assurer un suivi en face-à-face avec la possibilité de rendez-vous dans les trois à cinq jours. Et, en cas d’urgence, une procédure est prévue pour appeler les pompiers et rester au téléphone avec la personne jusqu’à la prise en charge par les secours. 

Quel est l’enjeu pour la MSA ?

La grande nouveauté pour nous, c’est que nous aurons des bilans quantitatifs mais surtout qualitatifs. Les psychologues ont tout un process à suivre, où ils font état, tout en gardant l’anonymat, de données sur l’appelant (tranche d’âge, raisons de l’appel, région si possible…). Cela nous donnera une cartographie plus fine, qui nous permettra, par exemple, de cibler certaines régions où un manque est détecté, et aux services santé-sécurité au travail et aux travailleurs sociaux de mettre en place des actions spécifiques, comme des ateliers qui aident à rompre l’isolement, ou de l’aide au répit, afin que les exploitants puissent souffler et partir quelques jours, tout en étant remplacés. Aujourd’hui, nous allons pouvoir faire le lien entre l’écoute et nos cellules de prévention.

La nouvelle campagne de communication cible notamment l’entourage. En quoi cela est important ?

En plus des proches, nous ciblons toutes les personnes qui interviennent ou passent dans les exploitations et qui sont à même de rencontrer l’exploitant ou le salarié agricole, y compris nos partenaires (techniciens des chambres d’agriculture, banquiers, assureurs…). D’autant plus que, souvent, par fierté ou par pudeur, ces personnes n’osent pas se plaindre ou parler de leurs difficultés. Nous voulons ainsi nous appuyer sur toute cette population pour promouvoir une action « citoyenne et solidaire ». Ils peuvent tous jouer un rôle de veilleurs, de sentinelles, en connaissant le numéro d’Agri’écoute : lorsqu’ils détectent une situation de fragilité, une personne en moindre forme morale, ils peuvent alors essayer de la convaincre de téléphoner. Il faut que ce soit la personne qui ne va pas bien qui appelle, c’est primordial. Le psychologue ne peut travailler qu’avec elle directement. Le but de ces sentinelles serait donc de montrer à la personne en souffrance qu’elle a cette possibilité de composer ce numéro pour être aidée. Et quatre échanges peuvent suffire à désamorcer une situation bloquée. Les personnes en grande difficulté peuvent être en état de sidération psychique, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent plus raisonner, réfléchir correctement et arriver à prendre le téléphone. Il suffit parfois de quelqu’un à leur côté pour les pousser à franchir le pas.

Marie Molinario

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